La dame de Reykjavík – Ragnar Jónasson

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2015 (Dimma)
Date de publication française : 2018 (Penguin; La Martinière/Points)
Traduction de la version anglaise, (revue et améliorée par l’auteur): Philippe Reilly
Genres : Enquête, thriller, géographique
Personnages principaux : Hulda Hermannsdóttir, inspectrice principale de la police de Reykjavík  

Après l’épuisant roman de Sveistrup, j’avais besoin de me reposer un peu. Les librairies fermées et les maisons d’édition en veilleuse, le choix était limité. J’ai vu que Jónasson avait commencé à écrire une nouvelle série de romans (Hidden Iceland, après Dark Iceland), une trilogie se passant autour de Reykjavík, donc beaucoup plus au sud qu’à Siglufjördur où se déroulaient les premiers romans. Ari Thór Arason n’est plus dans le coup (mais il reviendra). Au centre de l’histoire, l’inspectrice principale de la police de Reykjavík, Hulda Hermannsdottir, intelligente et tourmentée, 64 ans, sur le bord de la retraite. Les deuxième et troisième romans de la trilogie ont lieu plus loin dans le passé.

Pour Hulda, veuve et sans enfant depuis que sa fille de 13 ans s’est suicidée, son travail est la chose la plus importante dans sa vie. Il ne lui reste plus que six mois à fréquenter des collègues qu’elle apprécie peu, et un chef, Magnus, qu’elle ne respecte pas plus qu’il ne faut, mais c’est mieux que de se retrouver seule devant rien. Or, quand Magnus lui propose-impose une retraite anticipée, parce qu’un jeune et brillant agent arrive dans deux semaines pour la remplacer, elle tombe de haut. Ses affaires ont déjà été confiées à d’autres et, si elle tient malgré tout à travailler encore un peu plutôt qu’à prendre des vacances bien méritées, elle peut toujours regarder du côté des cold cases.

Après avoir été victime du machisme des autres policiers, elle se sent maintenant victime de l’âgisme. La dernière proposition de Magnus est une façon de se débarrasser d’elle, mais c’est mal connaître Hulda, qui saute sur l’occasion. Il y a un an, une jeune immigrante russe, Elena, demandeuse d’asile, avait été retrouvée morte, apparemment noyée au bord de la mer, portant des plaies à la tête qui n’avaient intéressé ni le légiste ni le policier chargé de l’enquête. Hulda se rend à la maison d’hébergement où vivait Elena, où la responsable de l’établissement, Dora, ne lui apprend pas grand-chose d’utile. Elle revient à Reykjavík et rencontre l’avocat d’Elena, Albert Albertsson, qui lui dit que la demande d’asile d’Elena allait être acceptée, ce qu’il avait confié au policier Alexander, qui n’avait pas inscrit cette information dans son rapport, pour ne pas affaiblir son hypothèse d’un suicide. Puis, l’interprète Bjartur, qu’Alexander n’avait pas pris la peine de rencontrer, apprend à Hulda qu’Elena lui avait révélé qu’elle s’était mise sur le marché de la prostitution et que c’est d’ailleurs dans ce but qu’on l’avait emmenée en Islande. L’organisateur aurait été un Islandais qu’elle craignait.

S’efforçant de terminer sa carrière sur un grand coup, mais limitée par le temps et toujours anxieuse, toujours aussi secrète et solitaire, Hulda précipite ses décisions et ses actions. Elle ne révèle pas à son chef que, dans sa dernière enquête, une femme lui avait avoué qu’elle avait frappé intentionnellement, avec sa voiture, un pédophile qui risquait de s’en prendre à son fils; et quand cette femme lui téléphone quelques jours après, passé minuit, elle ne prend pas la peine de lui répondre. Puis, sa collègue Karen lui ayant appris, sous le sceau de la confidence, qu’un dénommé Aki Akason, qu’on essaie de coincer sans succès depuis longtemps, pourrait être impliqué dans un trafic d’êtres humains, Hulda lui rend visite, l’interroge, éveille ses soupçons, et risque de ruiner une stratégie mise en place par une équipe de policiers spécialisés dans ce genre de trafic. Enfin, elle se lance tête baissée sur une fausse piste qui ne lui apportera rien de bon.

Un point positif : le paysage islandais, la mer, les champs de lave, les montagnes, les falaises, les grottes de glace, le soleil de minuit et le jour qui n’en finit plus : tout cela est bien intégré aux déplacements que Hulda opère autour de Reykjavík . La policière Hulda est décrite de fond en comble : une héroïne tragique admirée par les uns mais peu sociable et rongée par la culpabilité pour les autres. L’enquête est classique et réserve peu de surprises. Le processus d’alternance de récits utilisé par l’auteur pour rompre la monotonie d’une histoire continue fonctionne bien. Mais c’est vraiment le personnage de Hulda qui est au centre de cette histoire.

Ne nous attendons pas, cependant, à une finale classique.

Extrait :
Et si Elena était la clé de tout ? Une façon pour elle de trouver l’absolution, de laver son honneur ? Résoudre cette affaire permettrait-il de sauver quelque chose dans le naufrage de son existence ? Ou, au moins, de la réconcilier avec elle-même ?
À défaut de lui apporter une réponse, les eaux agitées de la baie de Faxafloi lui laissaient entrevoir une mince lueur d’espoir. Elle avait promis à Magnus d’abandonner l’enquête, mais si elle s’y consacrait encore un peu. juste pour le reste de la journée, quelle chance y avait-il pour qu’il le découvre ? Elle allait tirer profit de ses dernières heures avant la retraite. Il lui restait deux pistes à suivre, ça ne gênerait personne qu’elle les reprenne. Elle serait amenée à mentir, à prétendre qu’elle était toujours dans la police, mais il était peu probable qu’on lui pose la question.
Oui, elle allait faire ça. Juste pour aujourd’hui. C’était sa dernière chance. Et cela l’aiderait à passer le temps jusqu’à ce qu’elle ait rassemblé le courage nécessaire pour retrouver Pétur dans la soirée.

Reykjavík

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

 

 

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