Or, encens et poussière – Valerio Varesi

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2018 (Oro, incenso e polvere)
Date de publication française : 2020 – Agullo Éditions
Traduction : Florence Rigollet
Genres : Enquête policière, roman noir
Personnage principal : Commissaire Soneri

Parme dans le brouillard.
Un gros carambolage sur l’autoroute. Dans la confusion des animaux s’échappent d’un camion accidenté, des vaches et des taureaux errent, désorientés. Des tsiganes rôdent près des voitures. Le brouillard est tellement dense que les forces de l’ordre tournent en rond sans atteindre l’endroit. Un seul policier connaît suffisamment le coin pour se repérer, c’est le commissaire Soneri. C’est donc lui qu’on prie de se rendre sur le site. Arrivés sur les lieux, le policier et son adjoint découvrent un corps calciné. Il ne vient pas de l’accident, il a été jeté là. Après autopsie on découvre qu’il s’agit d’une jeune femme d’origine roumaine, d’une grande beauté qui a eu une flopée d’amants appartenant au milieu riche de la ville. Le commissaire est très touché par le triste sort qui s’est acharné sur la pauvre fille qui ne demandait qu’à fonder une famille et vivre tranquillement, pense-t-il. Il va s’investir personnellement dans une enquête qui dépasse les limites du simple devoir de flic. Cela va lui réserver quelques belles surprises.

Les ambiances sont un des éléments importants de ce roman. Le livre débute dans une atmosphère étrange : dans un brouillard à couper au couteau, des voitures sont enchevêtrées sur l’autoroute, des taureaux, des vaches et des cochons gambadent, des feux de camps percent le rideau de brume et de la musique se fait entendre au loin. Le commissaire Soneri reste parfaitement serein dans ce décor quasi surnaturel. Autre ambiance : celle de la ville de Parme. L’auteur nous fait découvrir ses rues, ses bistrots, ses restaurants et sa gastronomie. Il observe les transformations modernes avec nostalgie, symboles du temps qui passe.

Le commissaire Soneri est un homme attachant. Ce n’est ni le gros dur, le hard boiled américain, ni l’intellectuel qui résout toutes les énigmes par son intelligence supérieure. Ni Marlowe, ni sherlock Holmes. Il piétine longtemps dans ses investigations. Il doute, de lui et des résultats qu’il peut obtenir. Mais il croit aux coïncidences, celles qui font avancer les choses d’un seul coup. Il attend de tirer la bonne carte qui lui ouvrira la voie vers la solution. C’est un type normal, humain, proche de nous. Cet homme d’âge mûr est complètement largué par la technologie moderne. Il ne comprend rien à l’informatique, ne s’y intéresse pas malgré les conseils de son adjoint. Il souffre aussi, à cause d’une femme qui tarde à se décider. Il regarde le monde avec réalisme mais ne renonce pas à penser en rêveur. C’est ce qui plaît à sa compagne Angela. Il ressent une grande empathie envers la jeune victime. Sa beauté, sa volonté de mener une vie de famille normale le fascinent. Un peu trop, au point qu’il imagine un scénario qui se révélera bien éloigné de la vérité. Soneri est un type aussi sympathique à cause de ses faiblesses qu’à cause de ses qualités.

Concernant les personnages secondaires, plus qu’Angela, la compagne de Soneri, énervante à force de faire mariner son amoureux dans l’indécision, c’est Sbarazza, qui retient l’attention. C’est un marquis déchu et ruiné qui joue les pique-assiettes dans les restaurants en finissant les restes de belles clientes. C’est un clodo plein de sagesse, un aristo excentrique, un philosophe au regard acéré qui finit par jouer un rôle de confident-conseiller auprès du commissaire.

Une atmosphère crépusculaire et des personnages aussi crédibles que touchants font de ce roman une œuvre sensible et pleine de finesse, chose assez rare dans l’univers du polar.

Extrait :
Parme était sous un brouillard ouaté. On ne distinguait même plus la géométrie des tours des Paolotti, ni celle des campaniles de San Giovanni et du duomo. Une soirée d’autres temps, d’avant que les saisons ne se ressemblent toutes. Lorsque la ville s’enveloppe d’une coquille de vapeur et retrouve soudainement toute son intimité. Que son excitation, ses grondements, sa frénésie s’apaisent. Sous son épais brouillard, Parme arrêtait de crier. Elle susurrait comme les vieilles à l’église.
En marchant dans les rues, Soneri sentit monter une nostalgie réconfortante. Son pas battait au rythme du refrain des souvenirs : l’université, son impatience de retourner via Saffi, Ada, perdue trop tôt… Il s’arrêta piazzale della Pace, sans toujours entrevoir l’austère silhouette de la Pilotta, ni les immeubles de la via Garibaldi. On ne voyait que du brouillard. Au-dessus, et tout autour. Rien qu’un bout de pavé sur lequel avancer, c’était, pour le moment, son unique certitude. Ensuite, son téléphone sonna. La vie, tangible et illusoire, le rappelait à elle.

… le brouillard jaunâtre, les taureaux et les bêtes qui surgissent, les feux dans la nuit …

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

 

 

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