Mort d’une femme seule – Eric Wright

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 1986
(A Single Death)

Date de publication française : 2005 (Alire)
Traduction (canadien anglais) : Isabelle Collombat
Genre : Enquête
Personnages principaux : Charlie Salter, inspecteur de police à Toronto

Eric Wright a eu beaucoup de succès avec la série des Charlie Salter publiée en anglais dans les années 80, et traduite en français au début du siècle. En 2009, j’avais commenté les trois premiers de la série. La distribution ne m’a pas gâté par la suite, mais je viens d’en retrouver un, comme par hasard le quatrième. Je l’ai déjà mentionné : il est préférable de les lire dans l’ordre car, si les intrigues sont autonomes, les personnages vieillissent avec nous. Wright est un auteur réaliste et les références aux épisodes antérieurs sont nombreuses.

Début décembre, Salter est concentré sur les cadeaux de Noël. Soudain, l’atmosphère est violemment perturbée par la visite au poste de son ex-femme Gerry1, qu’il n’a pas vue depuis 25 ans, et qui le met un peu sur la défensive. Elle accuse la police de Toronto de se traîner les pieds dans le cas de la mort d’une de ses amies, Nancy Cowell, étranglée dans son appartement il y a trois mois. Charlie ne travaille pas aux Homicides mais, comme Gerry menace de faire beaucoup de bruit qui risquerait d’éclabousser la police de Toronto, le patron de Salter le charge de réviser l’enquête. Ce qui le conduira jusqu’à Winnipeg où vit l’ancien mari de Nancy. Plusieurs témoins à interroger pour se faire une idée de Nancy puis, comme chacun semble lui avoir menti, à réinterroger pour déterminer quelques suspects.

L’enquête est difficile parce que Nancy travaillait comme agente de réinsertion sociale auprès de délinquants, qu’elle vivait seule, fréquentait les bars de rencontres et avait même publié une annonce dans les journaux à la recherche d’une âme sœur.

On reconnaît la structure classique d’un polar d’enquête, populaire depuis les romans d’Agatha Christie. Wright ne compose pas des intrigues aussi subtiles que certains de ses prédécesseurs; il insiste plutôt sur l’aspect sociologique de la société et des personnages qu’il reproduit. Dans son premier roman, La nuit de toutes les chances, le parallèle qu’il établissait entre les milieux torontois et montréalais était parfaitement réussi. Ce souci de décrire la vie quotidienne (ici, le temps des Fêtes, la course aux cadeaux, la joie des enfants, le froid et la neige de décembre, les tensions dans le couple et la réconciliation…) caractérise les romans de Wright.

Charlie Salter n’a ni la subtilité de Poirot ni le génie de Nero Wolfe; les intrigues de Wright ne sont pas ébranlées par des rebondissements comme chez Colin Dexter; et les personnages rencontrés ne sont pas extravagants. On dirait plutôt : la vie quotidienne d’un inspecteur de police dans une grande ville canadienne à la fin du XIXe siècle.

C’est pourquoi les amateurs d’émotions fortes trouvent probablement assez pépères les œuvres de Wright, mais c’est certain qu’elles tombent à point quand on éprouve le besoin de respirer un brin.

1 Ce Gerry est ambigu en français, s’appliquant plus à un homme qu’à une femme. C’est ici le diminutif de Geraldine.

Extrait :
J’ai envie de dire quelque chose sans que ça finisse en dispute.
Annie se tut. Elle attendait.
Je suis Charlie Salter, commença-t-il. Ton mari. Pas un des ces « vous autres, les hommes ». Nous sommes mariés depuis dix-huit ans et tout a bien été entre nous. Très bien, même. Et c’est toujours le cas. Mais ça ne durera pas si on commence à s’engueuler à propos des hommes et des femmes. Pour moi, tu n’es pas « une femme », pas quelqu’un qui est là pour faire la cuisine et le ménage et que je peux sauter quand j’en ai envie. Tu es Annie.

Restaurant de la tour du CN à Toronto

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

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