On a perdu le MH 370 – Jean-Louis Baroux

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2020 – L’Archipel
Genres : Thriller, suspense
Personnages principaux : Abdul Ahmid Rahman, commandant de bord du MH 370 – Gilbert Drincourt, enquêteur indépendant

Gilbert Drincourt, ancien de la DGSE et patron de sa propre société : la GDI (Gilbert Drincourt Investigations) est sollicité par les dirigeants de Marsh & McLennan Companies, la plus grande compagnie d’assurance du monde. Cette compagnie assurait le MH 370 qui a disparu le 8 mars 2014 et avec lui ses 227 passagers et 12 membres d’équipage. Les indemnités à verser seront considérables. Elles pourraient être réduites si la preuve d’une faute de la part de la compagnie ou des pouvoirs publics de Malaisie pouvait être présentée. La mission de Drincourt sera donc de tirer au clair les circonstances de la disparition du MH 370.
Avant cela, d
ans les Émirats arabes unis, une grande rivalité opposait deux compagnies aériennes : l’ADA (Abu Dhabi Airways), et Orient Airways de Dubaï. La stratégie de l’ADA pour rattraper sa rivale est de racheter d’autres transporteurs, dont l’East Malaysian Airlines (EMA), propriétaire du Boeing 777 qui réalisera le vol MH 370 entre Kuala Lumpur et Pékin. Mais le patron de l’Orient Airways ne voit pas d’un bon œil ce rachat. Il profite de la situation délicate dans laquelle s’est mis Abdul Ahmid Rahman, le président du syndicat des pilotes de l’EMA, pour tenter de faire capoter la transaction. Abdul Ahmid Rahman, futur commandant de bord du MH 370, est un pilote expérimenté, mais il souffre d’une faiblesse qu’il cache soigneusement : son addiction au jeu de poker. Tous ces éléments vont se combiner pour former la tragédie du MH 370.

Cette affaire a fait couler beaucoup d’encre et a donné lieu aux supputations les plus folles. En effet, comment expliquer en ces temps où la technologie permet une surveillance permanente du ciel et de la terre qu’un engin de plus de près de 200 tonnes et de 65 mètres de long se soit purement et simplement évaporé dans le ciel une nuit de mars 2014? Dans ce roman Jean-Louis Baroux, spécialiste de l’aviation, imagine une explication. Plus précisément il développe l’hypothèse selon laquelle tout tournerait autour du commandant de bord et de sa dépendance au jeu. Il met aussi en scène un enquêteur français très efficace que ce soit dans les investigations, les négociations et même le combat. Dommage que dans la vie réelle on n’ait pas trouvé ce genre de super-enquêteur pour sortir cette affaire de l’opacité dans laquelle elle reste engluée.

Le livre se lit comme un roman d’espionnage : il y a des intérêts colossaux en jeu, beaucoup d’argent, du suspense, de l’action. Si on considère ce livre comme une œuvre purement imaginaire, c’est un bon roman dans son genre. Mais si on n’oublie pas que ce n’est pas totalement une fiction, qu’une bonne partie de l’histoire est bâtie sur des événements réels, alors l’appréciation change complètement.

Dans ce genre d’exercice consistant à imaginer un autre dénouement à des faits s’étant réellement passés, c’est la solidité du scénario proposé et la richesse de l’imagination de l’auteur qui comptent, plus que la qualité littéraire. Dans ce sens, je trouve que l’intrigue manque singulièrement d’audace. Faire du commandant de bord le seul et unique responsable de la disparition de l’avion, c’est quand même jouer petits bras. Puisqu’il s’agit d’une fiction, l’auteur aurait pu travailler sur une hypothèse plus ambitieuse que celle mise toujours en avant dans les cas douteux : l’erreur, la défaillance ou la malveillance d’un seul homme. Lui coller tout sur le dos permet de dédouaner à bon compte les autorités civiles et militaires. C’est commode, surtout quand l’homme est mort ou disparu. Cela évite d’aller fouiller d’autres endroits protégés de la curiosité publique. Des hypothèses telles que : – le détournement – la bavure militaire – l’action des services secrets … auraient donné au roman l’ampleur qui lui manque. N’invoquer que la responsabilité du pilote est la solution de facilité. L’homme était en vérité un professionnel irréprochable, un homme passionné par son métier et un éducateur apprécié. Il ne méritait probablement pas d’être présenté comme il l’est dans ce livre. Par ailleurs, les familles des victimes ne se satisfont pas, pour la plupart, des versions officielles qu’on leur a servies. À ce sujet, je signale l’enquête de la journaliste Florence de Changy qui met l’accent sur les incohérences des versions officielles : Le vol MH370 n’a pas disparu. Quelles que soient les différentes hypothèses, la disparition du MH 370 reste à ce jour le plus grand mystère de l’histoire de l’aviation.

À mon humble avis, ce n’est pas ce roman qui offre une réponse crédible, contrairement à ce qu’affirme la vidéo de présentation du livre (voir ci-dessous). Pour qu’on puisse dire « pourquoi pas » il faudrait que la partie imaginée soit solide et étayée sur des faits réels. Ce qui n’est absolument pas le cas ici, si le pilote avait été addict au jeu cela ce serait su et je trouve même gênant de le présenter ainsi. Je conseille à ceux qui seraient curieux d’en savoir un peu plus, de voir cette vidéo intéressante qui fait le point : Vol MH 370 – Fin des recherches, le mystère demeure.

Extrait :
— C’est insupportable ! protesta Tunku Razak. On n’a vraiment aucune idée de ce qui est arrivé à ce vol ?
— Nous ne savons absolument pas où l’avion peut bien être, répondit Omar Mueheim, le responsable du contrôle aérien malaisien.
— Et on explique ça comment ?
— Notre couverture radar est incomplète. La position des appareils est déterminée par calcul en fonction de la vitesse programmée et du niveau de vol. Nous manquons de radars. Nous sommes très loin du maillage européen ou américain.
— Alors toutes les hypothèses sont permises, soupira Tunku Razak.
— La disparition volontaire est possible. L’attentat aussi. Ou le gros incident technique qui fait que l’appareil s’abîme en mer. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas tombé au sol.
— Et s’il était allé se poser quelque part ? Dans un aéroport éloigné…
— Tout est possible, évidemment. Mais un Boeing 777, ça ne se pose pas n’importe où. Il faut une piste longue et en bon état. Donc un aéroport identifié. On aurait été informés…
— Alors nous sommes en plein brouillard, conclut Tunku Razak. Et les gens qui attendent leurs familles ? Qu’est-ce qu’on va leur dire ?

Présentation du livre

Niveau de satisfaction :
3 out of 5 stars (3 / 5)

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