Jusqu’au dernier cri – Martin Michaud

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2021 (Libre Expression)
Genre :
Thriller
Personnages principaux :
Victor Lessard et Jacinthe Taillon

Un thriller dans lequel les rebondissements se bousculent : trafiquant de drogues, prise d’otages, policiers corrompus, valise d’argent disparue, recherchée par les policiers, la mafia polonaise, Jacinthe et Victor.

En pleine tempête de neige, Jacinthe et Victor doivent se rendre à Matagami, parce qu’un preneur d’otages ne veut parler qu’à Victor. Victor le rencontre et le voilà entraîné dans la poursuite de l’auteur d’un triple meurtre et du vol d’une mallette bien remplie, mais lui-même est talonné par les hommes de main du cartel qui ne reculent devant rien pour récupérer l’argent contenu dans la mallette.

Jacinthe, gravement malade et fuyant les résultats de ses examens médicaux, ne lâche pas Victor d’une semelle. Lui-même se sent responsable d’elle, mais passe  personnellement plusieurs mauvais quarts d’heure : mitraillé, tailladé, éclaboussé par les dégâts d’une grenade, coincé dans son auto renversée, Victor en a plein les bras. On finit par le considérer un peu comme Tintin, car on se doute bien qu’il va toujours finir par s’en sortir malgré tout, ce qui atténue un peu la force du suspense.

Le couple Jacinthe/Victor, très solidaire et mal assorti en principe, est placé dans une position originale : poursuivant-poursuivi. On retrouve une Jacinthe frondeuse et vulgaire, même à ses dépens, ce qui affaiblit parfois le caractère dramatique de l’aventure. On n’est pas encore sorti de la pandémie et Victor réfléchit beaucoup sur ses conséquences, notamment sur la jeunesse qui, selon lui, a durement encaissé le confinement, s’est repliée sur elle-même (le cas du jeune tueur est un bel exemple), mais sur qui il faut compter pour espérer un avenir meilleur. Michaud s’est toujours intéressé au contexte social de ses récits mais, dans ce cas-ci, le temps consacré à son espoir en la jeunesse et à son amitié pour Jacinthe est considérable. On trouve souvent ces parenthèses à saveur sociale chez des auteurs vieillissants (je pense à Donna Leon); Michaud est pourtant encore jeune, mais la pandémie l’a probablement rapproché de ses enfants et de ses amis. D’une part, ça rend le roman plus humaniste, oserais-je dire; d’autre part, ça risquerait de briser un peu le rythme sauf que ses réflexions interviennent plutôt vers la fin comme pour donner un sens plus global à cette aventure particulière.

Extrait :
Victor ne pouvait s’enlever de la tête cette idée que le manque d’espoir divisait et guettait une partie significative de la planète. La jeunesse portait sans doute en son sein les plus grands stigmates de l’après-COVID, mais elle charriait aussi un puissant vent de changement : elle était mal à l’aise avec le monde ancien, celui du colonialisme, du racisme sous toutes ses formes, de la culture du viol,  des discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, et elle entretenait de la frustration de voir les adultes se conduire de façon irresponsable à un moment où il fallait coûte que coûte se serrer les coudes, et plus particulièrement face aux défis climatiques et environnementaux.
Mais combien de temps encore avant que ces nobles intentions se dissolvent comme les vaines promesses des politiciens, usés par la bêtise et la résistance au changement ? Combien de déceptions avant que même les plus humanistes et les plus irréprochables deviennent, à leur tour, corrompus ?

Matagami sous la neige

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

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