Arrière-pays – Daniel Rondeau

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale :
2021 – Grasset
Genres :
Roman social, littérature blanche
Personnages principaux :
Alicja, Gassien, Smyrn, Ingeborg, Jean, Caronpaul, Domitilla, Amandine, Baïonnette et les autres

 À Bar-sur-Aube, département de l’Aube, après la fermeture des usines de métallurgie et des verreries, une bonne partie de la population se retrouve au chômage. Pendant ce temps les Chinois rachètent les marques prestigieuses et s’approprient les forêts. Dans ce contexte troublé, chacun essaie de vivre le mieux possible. Parmi eux  :
– Alicja, jeune journaliste, préfère exercer son métier en toute liberté dans un trou de province que péteuse branchée et esclavagisée dans une rédac parisienne
Caronpaul, chef d’Alicja au journal la Dépêche de l’Est, homme en apparence bourru, gagne à être mieux connu
– Gassien, ancien légionnaire, vit comme un sauvage et sait soigner les animaux
– Smyrn, producteur de musique, a acheté une maison de campagne pour s’évader des contraintes parisiennes
– Ingeborg, une Allemande documentaliste, prépare un film sur le monastère de Clairvaux
– Jean Desmereaux, médecin, est le dernier praticien de la circonscription à se déplacer au chevet de ses malades
Les Italiens, de la communauté Cosa Nostra, réunis autour de Domitilla, vivent en autarcie en dehors du système
– Amandine, jeune caissière de centre commercial à la beauté de madone va connaître une notoriété pas vraiment avantageuse
– Baïonnette, ancien ouvrier, est la mémoire vivante des verreries
– et quelques autres dont un député fraîchement parachuté dans la région.
Ces gens vont se rencontrer, sympathiser, parfois s’aimer et parcourir ensemble un bout du chemin de la vie.

L’auteur en dépeignant toute une série de personnages, met aussi en place le décor d’un coin de France oublié, sinistré par la fermeture des usines où même la prison, bâtie sur l’emplacement de l’ancien monastère de Clairvaux, va fermer. Malgré cet environnement social déprimant, ces gens vivent totalement et éprouvent des sentiments forts. Les liens entre eux évoluent, atteignant même une certaine sérénité. Mais un fait-divers va être le début d’un bouleversement : le meurtre d’un chauffeur routier polonais sur un parking de la commune. Cet homicide ne fait pas pour autant basculer le roman dans le genre polar. L’enquête reste secondaire, sauf pour la journaliste Alicja, la petite Fouineuse, qui veut rendre justice à l’homme assassiné. Les membres de l’Académie française n’écrivent pas de polars, voyons ! Pas un polar donc, mais un bon roman social dans lequel l’auteur nous montre la misère sociale et morale résultant des changements économiques, politiques, spirituels et la montée des revendications des gilets jaunes. Il y a même une scène mémorable de la manifestation des gilets jaunes sur les Champs-Élysées où une modeste caissière devient l’égérie très photogénique de la révolte et où un ancien ouvrier verrier se transforme en porte-parole crédible du mouvement. Ils deviennent des stars médiatiques éphémères.

Outre les personnages nombreux et bien dessinés, ce roman se distingue par l’atmosphère de déclin de société parfaitement rendue. Une société dans laquelle les gens ont perdu leurs racines sans avoir acquis les clés du nouveau monde mondialisé. Dans l’Arrière-pays abandonné, ignoré par les autorités parisiennes, des hommes et des femmes veulent vivre.

Daniel Rondeau est membre de l’Académie française. Les livres des académiciens ne sont pas en général ma tasse de thé, mais celui-ci m’a attiré par son sujet. C’était un bon choix.

Extrait :
La désertification des campagnes, l’agonie des villes moyennes, la déconfiture des forges, la fermeture des petites usines de métallurgie et des verreries et l’arrivée d’immigrés ont bouleversé le paysage et la mémoire des hommes dans une région qui, comme beaucoup d’autres, a perdu ses points fixes. Plus personne ne se sent attaché à personne. Je crois que nous n’assisterons pas à la lente et pénible restauration des choses qui a toujours suivi les périodes de bouleversement dans notre histoire. D’ailleurs presque tous ces gens que je ne pouvais pas supporter quand j’avais vingt ans, avocats insignifiants, médecins pressés de s’enrichir, hobereaux qui vivaient sur leur bien sans payer leur personnel et touchant les primes de la PAC, ont disparu du paysage et leurs enfants se sont tirés.

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

 

 

Ce contenu a été publié dans Français, Littérature blanche, Remarquable, Social. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.