L’Ankou – Monique Le Maner

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2021 (Éditions du Tullinois)
Genres :
Enquête, régional
Personnage principal :
Onésime Gagnon, détective

Monique Le Maner, d’origine bretonne, arrivée au Québec en 1979, vit maintenant à Montréal. Depuis 40 ans, elle a écrit une douzaine de romans, dont quelques polars qui mettent en scène Onésime Gagnon, « le plus grand détective du Québec », selon son jeune ami le sergent-détective Valédas Ignace Turgeon de Rouyn-Noranda.

Les enquêtes d’Onésime Gagnon se passent dans des régions différentes : en Abitibi (La dernière enquête), en Gaspésie (Meurtres et marées) et celui d’aujourd’hui en Bretagne. On pourrait les qualifier de polars régionaux dans la mesure où la description du lieu, de ses habitants, de leur mode de vie, est aussi importante que l’enquête elle-même.

À sa grande surprise, Onésime hérite d’un manoir en Bretagne, à Plobanec, petit village près de Pont-Aven. Il n’a aucune idée de qui peut lui léguer un tel bâtiment et, d’ailleurs, ça ne l’intéresse pas vraiment, pas plus que le voyage en Bretagne. Passé soixante-dix ans, Onésime n’est pas sorteux, déteste les voyages, n’a aucun goût pour ce qu’on appelle les attractions touristiques. Il n’aime pas tellement le monde non plus, parle peu et donne l’impression de vivre dans sa bulle. Il semble parfois faire une exception pour « son bon ami » le sergent-détective Turgeon qu’on pourrait prendre pour son souffre-douleur, mais qui n’hésite pas à le brasser un peu. C’est lui qui le persuade de se rendre en Bretagne pour, au moins, voir le manoir et rencontrer le notaire responsable de la succession.

Paysages lugubres, pluies incessantes, manoir humide et délabré; et, autant le notaire que les habitués du café Chez Yvon lui conseillent de renoncer au manoir parce qu’il est hanté. Turgeon vient briser la solitude d’Onésime, mais voilà qu’on retrouve le cadavre du jardinier près du manoir et que les spectres issus des légendes bretonnes ébranlent l’indifférence d’Onésime. Un jeune comédien est alors assassiné et on apprend que, depuis quelques mois, des jeunes filles ont été trouvées étranglées dans les bois.

Turgeon espère que ces meurtres mystérieux sortiront Onésime de sa torpeur mais le vieux détective est victime du chouchen, cet alcool à base de miel apparenté à l’hydromel, alors qu’habituellement Onésime ne prend pas d’alcool.

Choqué, cependant, par l’incompétence de la police officielle, Onésime fouille la cabane où logeait le jardinier, se rapproche lentement du mendiant Le Foll et de la vieille Bretonne à la pipe, fréquente de plus près le directeur d’école, et parle longuement avec les jeunes filles qui jouaient dans la pièce de Labiche et qui étaient amies avec le jeune étudiant assassiné. Enfin, comme dans les meilleurs Poirot, Onésime invite tout ce beau monde chez lui pour faire la lumière sur tous ces meurtres.

Certains romans nous accrochent par le génie de leur détective, d’autres par la complexité de l’intrigue, d’autres par la description rigoureuse du travail policier. Pas de ça ici : l’intrigue est relativement simple, Onésime est bien servi par la chance, une bonne partie du travail d’élucidation se passe dans sa tête. Mais l’ambiance du village est bien rendue, les personnages bien typés, comme dans un roman du terroir. Ça m’a rappelé plusieurs films de la Collection Meurtre à … (Toulouse, Étretat, Saint-Malo…) dans lesquels les atmosphères et les lieux sont aussi importants que les faits (http://www.citeartistes.com/collection-meurtres-a-france3.htm).

Bref, un roman plaisant.

Extrait :
« On va faire un tour au café. À cette heure-ci, ils prennent tous l’apéro. Parce que l’apéro, pour les Français, c’est sacré, encore plus pour les Bretons » ! (…)
Il y avait là le patron, l’œil gouailleur comme il se devait, tablier bleu et grosses moustaches, la patronne rondouillette qui servait au comptoir et s’était interrompue, la bouteille de blanc suspendue en l’air, pour lui envoyer un regard semi-curieux semi-méfiant. Plus une vieille femme assise au fond, seule à une table, fumant la pipe, qui avait levé vers lui un visage fripé surmonté d’une sorte de carré blanc à dentelles retenu par un cordon sous le menton – une des coiffes traditionnelles du coin lui apprendrait plus tard le jardinier  Mahé Guivarch (…;) à une autre table, un homme encore jeune, abondants cheveux noirs gominés, costume sombre, chemise blanche, cravate noire, qui n’avait quitté que quelques secondes la lecture de son journal et qu’on allait lui présenter comme étant Daniel Perrec, le directeur de l’école du village; et puis, debout au bar ou assis en jouant aux cartes en groupes de trois ou de quatre, des figurants.

Pont-Aven

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

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