Le jeu de l’assassin – Ngaio Marsh

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 1934
(A Man Lay Dead)
Date de publication française : 2021 (Archipoche)
Traduction (langue) :
Roxane Azimi
Genre :
Enquête
Personnage principal :
Roderick Alleyn, inspecteur à Scotland Yard

Ngaio Marsh (1895-1982) fut la grande rivale d’Agatha Christie (1890-1976). Elle est née à Christchurch en Nouvelle-Zélande (Ngaio en maori signifie lumière dans les arbres). Arrivée en Angleterre en 1928, elle publie son premier polar en 1932. Elle écrit trente-deux romans policiers dont les principaux personnages sont l’inspecteur Roderick Alleyn de Scotland Yard et le journaliste Nigel Bathgate. Elle est la première romancière à voir l’un de ses titres tiré à plus d’un million d’exemplaires.

Le jeu de l’assassin est son premier roman. Dans un riche manoir des environs de Londres, quelques personnes sont invitées pour un murder party, c’est-à-dire pour jouer au meurtre : un meurtrier est désigné par hasard, secrètement, et il a un certain temps pour dire à quelqu’un : « Tu es mort ». La personne s’écroule, immobile, on la découvre et on lance une enquête pour savoir qui a pu l’assassiner. Or, comme on le devine bien, on découvre une véritable victime, un couteau planté entre les deux épaules : il s’agit de Charles Rankin, un bon ami de leur hôte, Hubert Handesley, et cousin du journaliste Nigel Bathgate, invité pour la première fois à participer à ce jeu. Sont aussi présents Angela North, la nièce de Handesley, Marjorie et Arthur Wilde, la jolie Rosamund Grant, le docteur Foma Tokareff, et le majordome Vassily, un autre Russe recruté par Handesley quand il occupait un poste à St-Pétersbourg.

L’inspecteur Roderick Alleyn de Scotland Yard mène l’enquête. Élégant et cultivé, il peut être diplomate mais il sait aussi quand il doit brasser les suspects. Au cours de leur premier témoignage, chaque témoin dissimule quelque chose à l’inspecteur. Et Alleyn observe que chacun aurait un motif pour tuer Charles : Handesley, grand collectionneur d’armes, qui convoitait le couteau rare obtenu par Rankin pour avoir secouru un touriste russe prisonnier d’une crevasse en Suisse. Arthur Wilde parce que Rankin était l’amant de sa femme. Marjorie, qui craignait les infidélités de Charles et parce qu’elle est un peu hystérique. Rosamund Grant qui devait épouser Charles avant sa liaison avec Marjorie. Le docteur Tokareff qui accuse Charles d’impiété s’il garde ce couteau sacré. Peut-être aussi Nigel Bathgate, principal héritier de son cousin.  Les motifs d’Angela North et du majordome Vassily seraient moins évidents.

Les invités doivent rester dans le manoir tant que l’enquête ne sera pas terminée. On fouille chaque pièce de la maison. Les entrevues se succèdent. Comme dans les romans d’enquête de l’époque classique, il n’y a pas beaucoup d’action. Tout dépend de la rigueur et de l’intelligence de l’enquêteur. Et le lecteur doit compter sur l’humour de certains personnages et sur la subtile intuition d’Alleyn pour démêler l’impossibilité apparente de la situation.

C’est vrai qu’on retrouve un peu ce qui faisait le plaisir des Agatha Christie : le lecteur est invité à faire fonctionner ses petites cellules grises. L’atmosphère est propice aux relations complexes entre les personnages. Chacun a des raisons différentes pour ne pas se livrer à l’enquêteur, et ce dernier doit s’adapter aux témoins pour les amener à se mettre à nu.

Ce petit côté vieillot ne manque pas de charme.

Extrait :
– Vous imaginez donc… commença Nigel.
Je n’imagine rien du tout; les détectives n’ont pas le droit de recourir à l’imagination. Ils notent les probabilités. Je suis fermement convaincu que, tout comme vous-même, Miss Grant a entendu la scène entre Rankin et Mme Wilde. C’est elle qui a éteint la lumière avant de se glisser dehors, au moment où vous sortiez dans le salon.
Je nage complètement, se plaignit Angela.
Nigel lui rapporta brièvement la conversation qu’il avait surprise de l’armurerie. Après un long silence, Angela se tourna vers Alleyn.
Il y a un détail dans cette affaire, déclara-t-elle d’une manière quelque peu pédante, qui m’intrigue au-delà de tous les autres.
Si ma savante amie veut bien nous en faire part, répliqua Alleyn solennellement.
J’en avais l’intention. Pourquoi, pourquoi le meurtrier a-t-il donné un coup de gong ? Je comprends qu’il ait éteint les lumières. Les deux minutes fixées par les règles du jeu lui laissaient le temps de s’échapper. Mais pourquoi le gong ?
Pour entretenir l’illusion du jeu ? suggéra Nigel
Ce… geste me paraît si incroyable ! L’obscurité, c’est normal, mais cette clameur… je trouve ça… psychologiquement malsain.
L’observation de ma savante amie est fort pertinente, acquiesça Alleyn. Je lui signale, toutefois, que ce n’est pas le meurtrier qui a donné le coup de gong.
Qui alors ? s’exclamèrent Nigel et Angela en chœur.

L’inspecteur Roderick Alleyn de Scotland Yard

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

Ce contenu a été publié dans Britannique, Enquête, Remarquable. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.