La colline aux disparus – Tana French

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2020
(The Searcher)
Date de publication française : 2022 – Calmann-Lévy
Traduction anglais (Irlande) :

Éric Moreau
Genres :
Enquête, roman noir
Personnages principaux :
Cal Hooper, ancien policier de Chicago retiré en Irlande – Trey Reddy, jeune qui veut retrouver son frère disparu

Cal Hooper, ancien policier de Chicago, a pris une retraite anticipée dans l’ouest de l’Irlande. Il a acheté une vieille ferme à l’abandon depuis des années qu’il retape. Il cherche la tranquillité et il pense l’avoir trouvée au milieu des champs et des collines. Cependant depuis quelques jours, il est inquiet, il se sent observé. Cal réussit à établir le contact avec celui qui l’espionne : c’est Trey, un jeune de treize ans qui est intéressé par sa qualité d’ancien flic. Il voudrait que Cal retrouve son frère aîné disparu, il pense qu’il a été enlevé. Cal essaie de persuader le jeune que son frère a probablement choisi de partir de son plein gré vers une vie meilleure. Mais Trey insiste tant que finalement l’ancien policier décide de mener une enquête discrète sans s’engager sur un quelconque résultat. Mais c’est difficile de rester discret dans un petit village où tout le monde se connaît et s’observe.

L’intrigue tourne autour de la disparition d’un jeune du village et de l’enquête menée par l’ancien flic, finalement pas si discrète que ça puisque tout le monde dans le village est au courant de ses investigations et qu’on lui conseille unanimement de laisser tomber, qu’il n’y a rien à découvrir. Le seul à penser autrement est le jeune frère et comme Cal s’est pris d’affection pour lui, il continue à enquêter à contrecœur, mais il persévère. Son enquête est lente, car il n’a pas les moyens qu’aurait un policier en exercice et il ne veut pas montrer qu’il investigue : ses interrogatoires prennent la tournure d’une simple conversation. Naïvement il espère ainsi mener son enquête en douce, sans que les autres s’en aperçoivent. Mais il est à Ardnakelty, petit bled irlandais, pas à Chicago, ici les gens n’évoluent pas dans l’indifférence générale. Mais c’est ainsi qu’il va progressivement découvrir que même au milieu de la cambrousse, la vie n’est pas si paisible que ça.

Le rythme du récit est lent : l’autrice prend le temps de décrire les paysages, les animaux et les oiseaux qui vivent autour de la maison de Cal, l’ambiance chaleureuse des pubs rustiques, la musique irlandaise et les rapports humains faits d’un étrange mélange de camaraderie, de gouaille, de sarcasmes, mais aussi de menace latente quand on heurte les mœurs locales. Et justement dans ce coin de la campagne irlandaise, les gens ont l’habitude de traiter leurs problèmes entre eux, sans intervention extérieure, pas même celle de la police quand ce serait nécessaire.

Une belle ambiance, une enquête méticuleuse, une vérité grinçante, sont les ingrédients de ce bon roman.

Extrait :
— Le monde a tellement changé qu’ils n’ont plus de repères. Quand j’étais jeune, on savait à quoi on pouvait aspirer et comment l’obtenir, et qu’à la fin on se retrouvait avec du concret. Une récolte, un troupeau, une maison ou une famille. C’est une force qui te construit un homme. Maintenant, on te fait miroiter tellement de machins que c’est impossible de tout avoir, et quand t’en as marre d’essayer, qu’est-ce qui te reste ? Quand tu as fini ta journée, tu as passé des coups de bigo pour fourguer des contrats d’électricité, ou tu as brassé du vent pendant quelques réunions, tu es maqué avec une pépée que tu as rencontrée sur Internet, et tu as récolté quelques likes sur leur YouTube, là. Rien qui vaille tripette. Les femmes, elles, elles s’en sortiront : elles s’adaptent. Mais les jeunes mecs sont complètement paumés. Il y en a quelques-uns, comme Fergal O’Connor, que tu connais, qui gardent les pieds sur terre. Les autres se pendent, ou bien ils picolent et ils se plantent dans un fossé, ils crèvent d’une overdose d’héroïne, ou ils se barrent. Je n’ai pas envie que ce coin finisse à l’abandon, que toutes les fermes ressemblent à ta baraque avant que t’arrives : condamnée à tomber en ruine à moins de taper dans l’œil d’un Ricain qui s’en fera un passe-temps.

Campagne irlandaise

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

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