La muraille de lave – Arnaldur Indridason

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2009
Date de publication française : 2012 (Métailié)
Genre : Enquête policière
Personnage principal : Sigurdur Oli, inspecteur de police à Reykjavik

C’est le huitième roman d’Indridason traduit en français. Les deux premiers (La Cité des jarres et La Femme en vert) m’avaient intéressé parce qu’on ne sait pas grand chose de l’Islande, qui nous apparaît comme une sorte de pays exotique menacé par les volcans, bordé par les glaces et qui vit une bonne partie de son temps dans l’obscurité. Mais le commissaire Erlendur, au centre des histoires, m’a rapidement lassé. Quand j’ai appris qu’il prenait des vacances et que son assistante Elinborg le remplaçait (La Rivière noire), j’ai voulu voir ce que ça donnerait : pour moi, ce fut la catastrophe : je concluais : « On peut raconter brillamment une histoire plate, comme on peut peindre  remarquablement un sujet banal en soi. Ici, on dirait que la banalité du sujet contamine l’écriture sans éclat d’une histoire prévisible. » Puis, devant l’accueil bienveillant de la critique non spécialisée, et sachant que c’était maintenant Sigurdur Oli qui menait l’enquête, je me suis réessayé : en vain.

Un critique de polars est objectif dans la mesure où il lit bien le roman, s’informe sur les intentions de l’auteur, consulte d’autres critiques, tente de s’exprimer de façon nuancée en produisant des arguments qui ont pour but d’expliquer, idéalement de justifier, son point de vue. Il reste subjectif, cependant, parce qu’il existe plusieurs types de romans policiers, et qu’il ne les apprécie pas tous également. Je peux aimer le roman historique (Parot, Lenormand, Ellis Peter, Anne Perry) et détester le roman d’espionnage, par exemple. Or, quand on juge un roman, il n’est pas facile de séparer le roman en soi du type auquel il appartient. C’est pourquoi notre description et notre évaluation qualitative ont plus de sens que la note attribuée.

Cette Muraille de lave[1] m’a laissé de glace. On a dit que l’auteur créait au départ plusieurs intrigues qui finissaient par se recouper : c’est faux. On s’inquiète un peu sur le fait qu’Erlendur ne donne pas de nouvelles. En effet, il n’en donnera pas. On mentionne qu’Elinborg enquête sur la mort d’un jeune homme égorgé à Thingholt : on n’en saura pas davantage. L’ancienne victime d’un pédophile trouve son vieil agresseur, cherche Erlendur, rencontre Oli, qui s’intéresse à d’autre chose, et cette histoire connaîtra son propre dénouement. Puis, le père d’Oli se fait opérer pour un cancer de la prostate, et ça va bien; la conjointe d’Oli, Bergthora, se trouve un autre homme, et ça va mal pour Oli, même si sa mère est bien contente.

L’histoire policière là-dedans? Ah oui! Oli s’efforce d’aider un ami dont les amis semblent être victimes de chantage après que des activités échangistes aient été filmées en secret, ce qui est déplaisant quand une des participantes envisagent de se lancer en politique. Enquêtant non officiellement, Oli tombe sur le cadavre de la supposée maître-chanteur. Apparemment, un petit collecteur envoyé par un gros collecteur sur l’ordre de quelqu’un d’autre lui aurait démoli le crâne. Question de chantage? Ou d’un secret qu’elle aurait entendu au cours d’une excursion de banquiers, organisée par son mari, qui semblaient sur le point de frapper un grand coup pour s’enrichir au détriment des petits investisseurs? (Le roman publié en 2009 suivait la crise financière que l’Islande a connue en 2008 après un boum économique purement artificiel; Indridason a confié que la crise financière et la cupidité humaine étaient les sujets principaux de son roman). Ou le meurtre aurait-il une autre origine?

L’auteur se préoccupe peu, en réalité, du meurtre et de son dénouement. Il s’inscrit dans la mouvance du néo-réalisme nordique : une vie plate, des inspecteurs peu futés et peu sympathiques (Sigurdur Oli est un modèle d’individu étroit d’esprit qui se soucie plus de ses vêtements que des gens qui l’entourent, béotien et prude), une enquête bâclée servie par de beaux hasards, des malfrats qui ont plus de gueule que de tête, des bandits à cravate qui craquent aisément pour le bonheur de l’inspecteur.

Indridason n’est pas maladroit. C’est pour ça que plusieurs l’admirent : il veut décrire avec minutie comment se déroule une enquête plate, avec des gens mornes, dans un pays morose. Et il y parvient parfaitement. Ai-je un parti pris contre le roman réaliste? Peut-être. Mais j’aime bien l’univers assez réaliste de Donna Leon qui décrit souvent des enquêtes captivantes, avec des gens attachants ou ambigus, dans une ville superbe et secrète. C’est stimulant. Autre exemple : les romans de Mankell sont assez réalistes également, mais commencent par une énigme intrigante, se poursuivent avec des rebondissements inattendus et se terminent souvent avec panache. Alors que le misanthrope Indridason, le tourmenté Erlendur, et les très ordinaires Elinborg et Sigurdur Oli ont le don de désenchanter tout ce qu’ils touchent. Une réalité peinte en gris. Déprimant!

[1] – falaise de basalte qui plonge dans des remous meurtriers où se risquent randonneurs et alpinistes
 

Ma note : (3 / 5)  

 

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4 réponses à La muraille de lave – Arnaldur Indridason

  1. Athalie dit :

    Après avoir vraiment aimé "La femme en vert", et pratiquement avoir toujours trouvé un intérêt aux romans de cet auteur, là, je lâche l'éponge : insipide, sans saveur, le Oli, l'intrigue (?) carrément bancale, et la fin, sans aucun panache, se mord la queue. De glace, oui, suis-je aussi restée.

    • michel dit :

      Merci Athalie: je supporte la contradiction, mais une opinion qui recoupe la mienne de temps en temps, surtout à-propos d'un auteur si loué, ça encourage à maintenir le cap.

  2. Amadeo dit :

    Je retrouve mon impression initiale sur « LES RIVIERES NOIRES » qui est pour moi une injure au genre. J’ai perdu mon temps et je n’ai pas trouvé une once d’intérêt dans ce roman qui m’a profondément ennuyé, de la première à la dernière page. Tout comme vous, j’ai été courageux et je me dis que l’écrivain ne devrait pas répondre au diktat de sa maison d’édition et pondre de la médiocrité sous prétexte qu’il faut sortir un roman par an. L’art n’est pas un procédé industriel et un livre n’est pas un objet manufacturé identique à un autre. L’artiste doit gardé son cap et refuser de se prostituer.
    Ce livre est à bannir de toutes les bibliothèques. C’est un affront aux lecteurs et je pèse mes mots.

    • michel dufour dit :

      Je croyais avoir été sévère pour ce roman mais vous me dépassez sur la gauche (ou la droite, on ne sait plus). Au mieux, dans quelques années, les écrits d’Indridason feront partie de la catégorie « sociologie noire ».

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