Sur un lit de fleurs blanches – Patricia Parry

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2012 (Le Masque)
Genres : Aventures – Polar médical – Historique
Personnages principaux : Clara Saint-James, ancienne prostituée – Victor Dupuy Jeune médecin.

Nous sommes en 1885. La belle Clara Saint-james, une horizontale, prostituée de luxe, courtisane à la mode, connue du Tout-Paris, vient de perdre son riche protecteur, le compte de La Paillerie, qui lui a quand même laissé un hôtel particulier en héritage. En se rendant sur sa tombe au Père Lachaise, elle découvre le cadavre d’un garçon abandonné sur un lit de fleurs de lilas. Le jeune homme a deux grosses blessures à la gorge et il est complètement exsangue. Par la suite d’autres cadavres de jeunes seront découverts dans les cimetières parisiens. À ce moment de ma lecture j’ai pris peur : me serais-je fourvoyé dans de ces bouquins pour ados qui racontent des histoires de séduisants vampires, genre Twilight ? Mais non, la suite m’a rassuré. Donc Clara Saint-James, après sa macabre découverte, doit honorer le testament de son protecteur qui la charge de remettre une somme rondelette à un jeune médecin, Victor Dupuy. C’est avec lui qu’elle va mener une enquête concernant ces dépouilles vidées de leur sang.

À cette époque (1885), le vieux professeur de médecine Chavignac, en précurseur, cherche des solutions pour transfuser le sang d’un individu à l’autre. Il fait des expériences en choisissant les donneurs et receveurs par appariement : le sexe, une ressemblance physique, une couleur de peau, de cheveux, une limpidité de sang, lui permettait de former les couples donneurs receveurs. Parfois ça fonctionne … parfois pas. On n’a pas encore découvert les groupes sanguins. Tout un trafic de sang se développe dans Paris. La maladie royale (hémophilie) touche des personnes qui ont besoin d’un apport de sang après une blessure. Les vieux messieurs déclinants ont besoin d’un stimulant pour pouvoir continuer à être sexuellement actifs. Une bonne dose de sang est sensée leur redonner de la vigueur. Le viagra n’était pas encore inventé ! Par contre le dopage existait déjà ! Pas pour la performance, juste pour y arriver.

Après une première partie un peu longue et lente qui permet à l’auteure de mettre en place le contexte de l’époque, l’action s’accélère et les péripéties deviennent nombreuses. L’enquête permet de remonter des liens familiaux complexes. Il ne faut pas perdre le fil car l’intrigue part dans plusieurs sens et devient dense. Le suspense se fait de plus en plus intense au fil des pages.

L’ambiance de Paris au 19ème siècle est très bien rendue. L’auteure décrit aussi le petit monde des auteurs de feuilleton de l’époque avec son auteur célèbre, incapable de pondre une ligne, soutenu par des nègres qui attendent leur heure de gloire. Les personnages sont originaux et typés. Celui de Clara Saint-James permet à Patricia Parry de développer, au passage, quelques réflexions sur la condition féminine. Le procédé narratif utilise alternativement un observateur extérieur et la vision intérieure à l’histoire du médecin Victor Dupuy. C’est bien réalisé.

En résumé, c’est un roman historique de belle facture, original, dense et instructif. Il a reçu le Prix du Roman d’Aventures 2012.

Extrait :
Ils arrivaient en catimini, enveloppés dans leur cape de soirée. La Volanges était la seule à voir leur visage. Dès l’entrée dans le vestibule, elle leur tendait un loup de satin noir qu’ils attachaient prestement, rassurés de cet incognito si plaisamment offert. Elle savait déjà que nombre d’entre eux tomberaient le masque avant la fin de la soirée. L’orgie serait banale, elle en avait vu des dizaines. Mais, durant les premières minutes, ils se grisaient toujours de l’idée qu’ils ne seraient pas reconnus.
Les filles arrivaient plus tard. Elle les faisait entrer pendant que les hommes assistaient à la cérémonie. Ce soir elle était très excitée à l’idée du cadeau somptueux qu’elle ferait à ses clients. Elle savait que sous le satin noir se dissimulaient un évêque, un ou deux industriels très en fonds, un comédien richissime qui continuait à jouer les jeunes premiers malgré son âge canonique.
 

Ma note : (4 / 5)

 
Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Ce contenu a été publié dans Aventure, Français, Historique, Remarquable, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

7 réponses à Sur un lit de fleurs blanches – Patricia Parry

  1. Yspaddaden dit :

    Si j’ai bonne mémoire, j’ai déjà lu un roman de cette auteur, dans un cadre plus contemporain. Le contexte historique me plait bien, à voir…

  2. Athalie dit :

    Voilà qui me plait bien, une intrigue, une atmosphère, une lecture qui a l’air « cocoon », tout ce je cherche en ce moment … Merci du conseil !

    • Ray dit :

      Oui, ambiance 19e siècle assez reposante. C’est pas un thriller haletant. C’est à la fois instructif sur la médecine de l’époque et amusant étant donné les connaissances actuelles sur les sujets abordés.

  3. Athalie dit :

    Merci de ce bon conseil de lecture, je me suis régalée, et même si parfois, je me suis un peu perdue dans les méandres de l’intrigue, cela a fait partie de « l’aventure ».

    • Ray dit :

      Je comprends que tu aies eu du mal à suivre des liens familiaux complexes, ça a été aussi mon cas. Heureux que tu aies aimé le bouquin.
      Amitiés.

  4. M dit :

    Patricia Parry nous a quittés hier, le premier juin 2013. Ses proches, ses amis, ses lecteurs sont bouleversés.

  5. Ray dit :

    Quelle tristesse !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*