Va, brûle et me venge – Philippe Bouin

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2012 (L’archipel)
Genres : Policier – Roman noir
Personnages principaux : Antonia Arsanc, patronne de la BRI de Lyon – Un justicier déguisé en rabbin
Site de l’auteur : Philippe Bouin

Imaginez qu’on applique aux mafieux, pourris et assassins les mêmes méthodes qu’eux-mêmes ont utilisé pour bâtir illégalement une fortune considérable et profiter d’une totale impunité. C’est ce qu’a décidé un mystérieux rabbin. Il espionne, guette, observe minutieusement certains pontifes de la région lyonnaise, qui doivent leur position de notable au sang qu’ils ont sur les mains. Ensuite il les exécute froidement et cruellement. Pour Antonia Arsanc, la patronne de la BRI (Brigade de Recherche et d’Intervention) de Lyon, c’est l’occasion de nettoyer la région des gangs qui prospèrent. Elle va mener une campagne d’intoxication et de fuites savamment orchestrées dans le but de déclencher une guerre des gangs sanglante qui réalisera ce que la police et la justice n’ont pas pu faire : une grande lessive. Mais étant chef de police, elle doit aussi trouver et arrêter le rabbin justicier.

L’intrigue est assez originale : il n’est pas courant de voir un rabbin occire sauvagement des truands, ni une patronne de police mettre de l’huile sur le feu pour déclencher une guerre de gangs. L’identité du vengeur et ses motivations n’apparaissent qu’à la fin de l’histoire. Elles sont tout à fait crédibles. L’auteur a mis en place plusieurs fausses pistes : il amene le lecteur à croire qu’il a identifié le rabbin tueur pour préserver l’effet de surprise final. C’est horrible mais aussi réjouissant de découvrir la punition réservée aux malfrats qui avaient jusque là réussi à échapper à la justice et qui se croyaient à l’abri grâce à leur argent et à leurs relations. L’auteur n’est pas dans le politiquement correct. Certains personnages considèrent les méthodes expéditives comme les seules capables de rendre justice quand on a affaire à des assassins qui utilisent le crime et la corruption pour amasser une fortune qui les rend intouchables. D’autres sont contre la peine de mort et pour le respect des lois. Les deux conceptions sont présentées mais les protagonistes principaux sont partisans de la méthode forte.

Les personnages aussi sont hors des standards du polar classique. La patronne de police, Antonia Arsanc, est une grande femme qui arbore ostensiblement une bouffarde. Elle est manipulatrice, rusée et redoutable. C’est une femme de caractère qui est favorable à la peine de mort. Elle cache soigneusement une maladie grave. Elle est assistée d’un petit jeune, Milos Machek, à la vue basse mais à l’ambition grande. Leur collaboration n’est pas basée sur la confiance mais sur l’équilibre des petits secrets que chacun a découvert sur l’autre. Les personnages principaux tout comme les secondaires, ne sont pas particulièrement sympathiques. Ils ne sont pas constitués d’un seul bloc, selon les circonstances, plusieurs facettes de leur personnalité apparaissent.

L’écriture est simple, spontanée sans recherche de style et pas particulièrement élaborée. Les dialogues sont souvent incisifs. L’humour, noir bien entendu, est souvent présent. Autre particularité du livre : le titre de chaque chapitre porte le nom d’un insecte : la tique, la mouche, les araignées … c’est aussi la manie qu’a Antonia d’illustrer ses propos en comparant les hommes à des insectes nuisibles.
Le titre pastiche Corneille dans le Cid : « Va, cours, vole et nous venge ».

C’est un roman intéressant, atypique et grinçant avec une bonne dose d’humour noir, qui se lit facilement et avec plaisir. Il peut aussi faire réfléchir sur la peine de mort et l’impuissance de la police et de la justice.

Extrait :
La République est morte, les salauds tuent et pillent en toute impunité. Au nom des idées neuves – prétendues humanistes -, les flics sont fustigés, les juges bâillonnés, les médias surveillés. Il n’y a plus que les fous qui osent s’insurger. Alors, foutre de la morale, de l’éthique, des lois faites pour les assassins, les escrocs, les parjures! Retour à l’état de nature, je ne fais plus confiance qu’à ma propre justice.
Œil pour œil, dent pour dent. Dans quelques minutes j’exécuterai deux hommes.
 

Ma note : (4 / 5)

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