Carte blanche, 007 – Jeffery Deaver

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2011 (Ian Fleming Publications)
Date de publication française : 2011 (Flammarion)
Genres : Aventures, thriller
Personnages principaux : James Bond

Rendez-vous plutôt manqué entre deux légendes : James Bond et l’écrivain Jeffery Deaver, qui en est devenu une après le succès du film Le Désosseur, grâce surtout à Denzel Washington et Angelina Jolie. Non pas que le roman de Deaver soit dépourvu de qualités mais, au total, si cette commande de Ian Fleming Publications m’a quelques fois fait sourire, le plus souvent elle m’a ennuyé.

Jeffery Deaver s’est fait surtout connaître et apprécier par les enquêtes du détective tétraplégique Lincoln Rhyme et de sa jolie assistante, la policière Amelia Sachs. Ses romans sont caractérisés par des rebondissements inattendus. Il en a publié une trentaine et ce n’est pas surprenant que Ian Fleming Publications s’adresse à lui à cause de sa réputation et parce que lui-même partage avec Bond la passion des automobiles de luxe, des bons restaurants, des voyages (le lancement de Carte Blanche a eu lieu à Dubaï où une partie de l’action se passe), du ski et de la plongée sous-marine, des jolies femmes aussi probablement, mais son CV est plutôt discret sur cet aspect. Né en 1950, il a grandi avec les romans de Ian Fleming (le premier, Casino Royale, est publié en 53) et les films de Broccoli et Saltzmann, de Dr No (1962) au Man with the Golden gun (74).

Plusieurs écrivains ont essayé de poursuivre la lignée des Bond avec plus ou moins de succès. De Ian Fleming, je n’ai lu que Casino Royale après avoir vu les premiers films joués par Sean Connery. Puis, j’ai vu tous les films (deux fois plutôt qu’une) et lu aucun autre Fleming. Je n’avais pas été impressionné par le roman (dont je ne me souviens vraiment pas), mais c’est sûrement injuste de comparer le premier roman d’un auteur avec les premiers films de Bond brillamment réalisés. Je ne peux pas juger dans quelle mesure Deaver a voulu imiter l’écriture de Fleming, dont il reprend les principaux personnages et le goût des paysages exotiques. Je suis plutôt dans la position d’un amateur des films de James Bond, qui connaît assez Deaver pour se dire que ce serait intéressant de voir ce qu’il a fait de notre héros, mis à jour dans la mesure où son Bond est entré au service très secret de Sa Majesté après le 11 septembre 2001 (effondrement des Tours du World Trade Center).

L’action de Carte Blanche se situe une dizaine d’années après; Bond est dans la jeune trentaine. Il est chargé, en Serbie, de suivre de près un Irlandais impliqué dans on ne sait quoi qui semble avoir un rapport avec la mort de milliers de personnes et des pertes sérieuses infligées aux intérêts britanniques. En poursuivant ce Niall Dunne, Bond rencontre le riche industriel Severan Hydt, nécrophile convaincu et escroc sophistiqué, qui semble être à la tête d’un réseau dont l’objectif est mal défini. Puis, il se retrouvera en Afrique du Sud, se disputera avec la policière Bheka Jordann, et fréquentera de très près Felicity Willing, superbe et énergique responsable de l’importation et de la distribution des vivres parmi les pauvres des pays africains. Toujours sur la piste de Dunne, en contact avec le reste du monde (les services techniques londoniens, Felix Leiter de la Cia, les services secrets français et son chef Mathis), Bond passe son temps à manger et à pitonner, ignorant toujours ce qu’il cherche. Jusqu’à ce que, enfin, un piège naïf entraînera sa victime à tout expliquer, ce qu’aucun lecteur scrupuleux n’aurait pu déduire, tant l’emboîtement des histoires primaires et secondaires est aléatoire.

Un roman qui se lit avec une certaine reconnaissance mais sans enthousiasme, pour deux raisons : d’abord, la composition d’ensemble et le développement de l’intrigue principale; on a l’impression de regarder un opéra à numéros : chaque personnage vient faire son petit numéro, et on passe rapidement au suivant. Juxtaposition des scènes plutôt que progression. Avec des cachettes imposées au lecteur par l’auteur, dont on se lasse après l’abus du processus. Donc, écriture automatique qui suscite peu d’émotions ni tellement d’intérêt. Puis, James Bond semble contaminé par le terroir des polars américains : peu d’humour, encore moins de cynisme, sentiment de culpabilité, humaniste anti-utilitariste qui préfère sauver une famille de cinq personnes inconnues quitte à faire échouer sa mission visant à sauver des milliers de personnes. On sait bien que Bond, même celui de Connery, est plus sensible qu’il ne le montre mais, de là à en faire un grand garçon prude et sentimental, dont l’arme principale est devenue le téléphone intelligent…
Décevant!

Extrait :
Bond savait que leur nuit d’amour se révélerait torride (…) Néanmoins, il savait aussi que cela ne serait pas bien. Pas maintenant. En ôtant sa bague, elle avait également renoncé à une partie d’elle-même (…) Mieux valait attendre.
 

Ma note :  (3,5 / 5)

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