L’heure des loups – Shane Stevens

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 1985
Date de publication française : 2011 (Sonatine)
Genres : Policier, espionnage, thriller
Personnage principal : Inspecteur Dreyfus, Quai des Orfèvres

Bien des facteurs nous disposaient favorablement à la lecture de ce livre. D’abord, le succès de son premier roman, traduit en 2009, Au-delà du mal, dont le collègue Jacques Henry avait rendu compte avec bienveillance en août 2011 dans Le Club des Polarophiles québécois. Puis, le mystère qui entoure cet auteur, né à New York en 1941, disparu de la circulation en 80 et, apparemment, décédé en 2007. Pas même de photo sur le net (pas confondre avec le chanteur pop, l’acteur et le directeur). Il n’aurait écrit que 5 romans et se serait volatilisé.

Pourtant, ce n’est pas donné à n’importe qui de connaître aussi bien les ramifications de la politique américaine (et l’affaire Chessman) ou, dans ce roman-ci, la ville de Paris, le fonctionnement des institutions policières et des services d’espionnage et de contre-espionnage, le jeu de la Grande Bretagne, des Palestiniens et des Israéliens en 1945, le sort des nazis après la guerre, les cultures française et allemandes (une métaphore filée avec adresse dans la deuxième partie du roman est celle de la tétralogie wagnérienne, particulièrement L’Or du Rhin et Siegfried) … Tous ses personnages évoluent dans ces décors multiples et les digressions ne manquent pas, de même que les clins d’œil aux plus cultivés. On a l’impression que le roman policier côtoie les grandes œuvres littéraires. Peu d’Américains sont aussi pétris de culture française.

Dans Au-delà du mal, Shane Stevens entrait dans la peau d’un tueur en série et le lecteur y était presque absorbé. Dans L’Heure des Loups, il s’investit plutôt dans la peau d’un inspecteur parisien d’origine juive et alsacienne. Tout commence par une sorte de mystère de chambre close où un ancien nazi se serait suicidé. Sauf que la chambre n’est pas si close, l’homme n’est pas un nazi et le suicide est un meurtre. A la bonne heure! Je ne révèle ici rien d’important parce que tout ça se passe très vite en réalité. La recherche de l’identité du faux Dieter Bock et de son assassin nous entraîne alors dans des méandres inextricables en France, en Allemagne et en Autriche (de fait, Dreyfus y envoie ses hommes chercher des informations), mais surtout chez les anciens nazis et les nouveaux millionnaires de l’industrie allemande, auprès des forces policières est et ouest-allemandes, chez les vieux juifs revanchards (Dreyfus finira lui-même par se définir comme un chasseur de nazis) et les jeunes agents fringants du Mossad. A tous les niveaux, la compétition entre les différents services de protection du territoire brouillent les cartes, d’anciens collabos et d’ex-nazis sont devenus des agents doubles ou triples, et bien souvent Dreyfus ignore qui le manipule mais reste obsédé par sa cible.

Même si ce résumé peut  donner l’impression qu’on se déplace beaucoup dans l’espace et dans le temps, le lecteur a plutôt l’impression de faire du sur place, parce que les informations parviennent à Dreyfus, qui ne bouge pas beaucoup, sauf vers la fin. Les personnages se multiplient et, malgré les notes prises par le lecteur, on perd le fil assez rapidement. Et ça n’en finit plus de placoter. Les complots se multiplient, ou s’agit-il de la paranoïa de l’inspecteur? On finit par s’en ficher pas mal tellement la nage dans le brouillard est devenue épuisante. L’auteur fait exprès pour ne pas nous rendre son policier trop sympathique, ce qui a pour effet que ses problèmes avec les femmes, sa quête des nazis, ses blessures et ses triomphes nous laissent assez indifférents.

Ça se passe en 1975; ce n’est donc pas vraiment un roman historique. Mais, dans un domaine comme celui de l’espionnage et des communications, l’évolution technologique a tellement évolué que le roman a un petit côté vieillot, pour ne pas dire périmé, accentué par la situation politique démodée qui précédait la chute du mur de Berlin et suivait de trois ans la catastrophe des Jeux Olympiques de Munich.

Comme j’aurais voulu aimer ce roman! Le désir d’en faire trop ou l’incapacité de mieux intégrer cette masse d’informations intéressantes dans le développement d’une intrigue plus fluide et plus rigoureuse est venu à bout de ma patience.

Extrait :
Dupin lui annonça qu’il avait été relevé de ses fonctions et assigné au travail de bureau à la Préfecture.
– Seulement jusqu’à ce que cette affaire soit bouclée (…) Vous ne pouvez rien y faire maintenant.
– Je peux démissionner.
– Vous ne pouvez pas démissionner (Dupin prix une profonde inspiration), puisque vous avez déjà été relevé de vos fonctions.

– Et si je refuse d’être relevé?

– Dans ce cas, vous pourriez être renvoyé.
– Dans ce cas, je démissionne.
– Démissionner est en soi un motif suffisant de renvoi.

– Mais je n’ai pas encore démissionné.

– Alors vous êtres relevé.
 

Ma note :  (3 / 5)

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