Les joyaux du paradis – Donna Leon

Par Michel Dufour

lesjoyauxduparadisDate de publication originale : 2012 (W Heinemann, Londres) leon
Date de publication française : 2012 (Calmann-Lévy)
Genre : enquête historique (XVIIe, XVIIIe siècles)
Personnage principal : Caterina Pellegrini, musicologue italienne

Au cours des dix dernières années, les polars vénitiens de Donna Leon m’ont donné beaucoup de plaisir. Depuis quelques romans, cependant, les problèmes sociaux liés aux crimes et le charme de la vie quotidienne à Venise ont pris beaucoup de place au détriment de l’intrigue comme telle. Cette fois-ci, avec Les joyaux du paradis, Leon a carrément décidé de se payer la traite. On la sait amateure passionnée de musique baroque (qu’on se souvienne du Bestiaire de Haendel, déjà commenté, et du fait qu’elle subventionne l’ensemble Il Complesso Barocco, fondé en 1979 par Alan Curtis). Aussi, quand la spectaculaire mezzo-soprano Cecilia Bartoli lui a parlé des mystères entourant la vie tumultueuse du compositeur Agostino Steffani qu’elle venait de tirer des limbes et s’apprêtait à endisquer, observant, mine de rien, que ses aventures pourraient servir de base à un excellent polar, le sang de Donna Leon n’a fait qu’un tour : enfin, se reposer du commissaire Brunetti et s’immerger dans une partie de l’histoire musicale et diplomatique du XVIIIe siècle qui tourne autour de la disparition et de l’assassinat du comte Philippe-Christophe de Königsmarck, malencontreusement épris de la princesse héritière Sophie-Dorothée de Brunswicg-Lunebourg, qui est alors l’épouse de son cousin Georges-Louis (futur roi de Grande Bretagne en 1714).

Passionnée également de musique baroque, la musicologue italienne Caterina Pellegrini, qui se morfond à Manchester, accepte rapidement un poste de documentaliste à la Fondazione Musicale Italo-Tedesca de Venise. Son travail consiste à examiner le contenu de deux malles de documents, d’archives historiques et, peut-être, d’objets de valeur ayant appartenu à Agostino Steffani, prêtre, compositeur et diplomate italien, qui a vécu de 1654 à 1728 principalement en Italie, en Belgique et en Allemagne. Le but est de trancher entre deux cousins héritiers qui se disputent les faveurs de leur ancêtre, c’est-à-dire le contenu des deux malles, et qui espèrent trouver des indications qui justifieraient que le contenu des malles appartiendrait à l’un plutôt qu’à l’autre.

Caterina Pellegrini, tout en fréquentant presque quotidiennement la bibliothèque Marciana, entreprend donc de nous dévoiler, lettre par lettre, une partie de la vie du compositeur Agostino Steffani, de sa personnalité et du contexte politique agité où il a servi l’Église et son Prince. Sans oublier l’objectif officiel de sa recherche, Caterina cherche à en apprendre davantage sur l’assassinat  du comte de Königsmarck et dans quelle mesure Steffani y aurait été mêlé. Par ailleurs, plusieurs personnes semblent s’intéresser à ces papiers, la demoiselle est suivie dans les rues de Venise, le bâtiment où elle travaille est vulnérable la nuit, le rôle de l’avocat qui sert d’arbitre et de conciliateur n’est pas très clair et les cousins ne sont pas au-dessus de tout soupçon.

C’est bien écrit, les personnages peu nombreux ont un certain relief, et le roman développe les informations esquissées dans le petit livre où est inséré le disque Mission de Bartoli, qui chante 25 airs de Steffani. Il s’agit donc surtout d’une approche biographique du musicien et Donna Leon s’efforce de transformer cette recherche en roman en nous initiant aux détails du processus de recherche et en nous offrant par le menu les gestes quotidiens de Caterina. Mais les détails du processus de recherche ou de la vie de Caterina n’ont rien de très excitant. Les critiques ont parlé de longueurs. C’est plutôt une fantaisie de Donna Leon, une sorte d’improvisation sur une musique baroque, un beau geste de complicité créatrice entre elle et Bartoli. Le cd de Bartoli (Mission, Decca 2012) est d’ailleurs excellent.

Donc, un roman sympathique mais un peu ennuyeux et, si on tient à le classer dans la catégorie polar, pas très fort.

Extrait :
La reine de Prusse, Sophie-Charlotte, essaie de remonter le moral de Steffani :
« Toutes les choses étrangères qui arrivent à présent aux personnes estimables, toutes les vicissitudes de ce siècle, l’égarement où sont ceux qui ont tant de mérite ne me font plus tant de peine et je m’en sens consolée, puisque cela vous fait reprendre la musique à la main. Jetez-vous-y à corps perdu, je vous prie. C’est une amie fidèle qui ne vous abandonnera pas, qui ne vous trompera pas, qui n’est pas traîtresse et qui ne vous a jamais été cruelle, car vous en avez tiré tous les charmes et les ravissements des cieux, au lieu que les amis sont tièdes ou fourbes et les maîtresses ingrates ».
 

Le disque de Cecilia Bartoli commence par un air énergique d’Agostino Steffani, Schiere invitte non tardate, Armées invaincues, ne tardez pas … (Alarico il Baltha) :

Cecilia Bartoli-Agostino Steffani - Schiere Invitte

Ma note : (3 / 5) lesjoyauxduparadis-amb

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2 réponses à Les joyaux du paradis – Donna Leon

  1. Valérie dit :

    « roman sympathique mais un peu ennuyeux » vous dites.Pas qu’un peu!Il est totalement ennuyeux comme tous les romans de Donna Leon le sont devenus.Brunetti est aussi assommant que Pellegrini!Moi, j’ai abandonné la lecture avant la moitié du livre.Je ne comprends pas sa place dans un site de polars.Pour les autres livres le site est plutôt bien et sympa.

    • michel dit :

      Si vous aviez lu mon compte rendu avant de lire le bouquin, vous ne l’auriez probablement pas acheté: c’est cela sa place sur un site de polars.

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