Tortuga’s bank – André Blanc

Par Raymond Pédoussaut

tortugasbankDate de publication originale : 2013 (Éditions Jigal) Blanc-Andre
Genres : Enquête, roman sociétal
Personnage principal : Guillaume Farel, commandant de police à Lyon

À peine rentré de vacances le commandant Guillaume Farel est appelé sur le meurtre d’un ancien préfet. La disposition du corps et une mystérieuse croix tracée sur un mur montrent que ce n’est pas un crime crapuleux, c’est une exécution. On a également volé un ordinateur, une bible ancienne, une collection de méreaux (jeton de plomb ou d’étain que possédaient les protestants). L’enquête va amener l’équipe de Farel à s’intéresser aux cercles de pouvoir de la région et particulièrement à Stéphane Vauclin, vieux parrain d’un système mafieux qui organise des magouilles politico-financières. Farel peut compter sur le soutien du juge Fournier, une femme aussi déterminée que lui pour faire appliquer la loi de façon stricte. Tous les deux forment le redouté tandem F2 (Fournier-Farel) à qui il vaut mieux ne pas avoir affaire. Les actions du commandant Farel vont devenir si gênantes, pour certains milieux affairistes, qu’un attentat va provoquer la mort d’un des ses collaborateurs et la grave blessure de sa compagne. Il se trouve que sa compagne, Maud, travaille à Interpol, qu’elle aussi mène une enquête sensible sur les liens entre établissements financiers et criminalité organisée. Les deux enquêtes de Farel et de Maud vont converger.

L’intrigue est touffue : il y a de la corruption et de la magouille partout, à tous les étages de la république ! J’ai eu du mal à trouver les fils qui relient l’assassin du préfet (Clauss) au mafieux lyonnais (Vauclin) et à l’homme puissant dont l’ombre plane comme une menace permanente (Lupus). Côté personnages, il n’y a pas description psychologique fine, on est dans l’action. Le commandant Farel est un homme décidé qui n’hésite pas à franchir les frontières de la légalité quand il juge que c’est nécessaire. Il bénéficie en plus du soutien d’un réseau parallèle d’anciens bérets verts, des types qui ont des ressources. Si on est à cheval sur la vraisemblance, on relèvera quelques accrocs : Maud, la compagne de Farel qui travaille pour Interpol, boucle en douce et en 15 jours une grande enquête sur un système international de blanchiment d’argent, pendant que son copain, Farel, crapahute en montagne sans se douter de rien. En plus elle fait ça de chez elle, toute seule sur son petit PC car c’est plus facile de pénétrer les bases de données protégées d’Interpol de chez elle que dans les locaux d’Interpol ! Les amis de Farel, des ex-militaires, font aussi dans la barbouzerie. Ils sont compétents dans tous les systèmes d’écoute et de détection tels les espions les plus aguerris.

Ce qui me gêne le plus, dans ce bouquin, c’est le message imprimé en filigrane : la république est faible et corrompue, c’est un système à bout de souffle. Le salut viendrait d’un groupuscule de para-militaires se préparant dans l’ombre à rétablir l’ordre et les valeurs de la nation. Ça ne vous fait pas frémir ? Je suis de ceux qui n’aiment pas le bruit des bottes. Nous avons même droit à l’image du vrai chef charismatique : « L’homme était grand, mince et musclé, à la démarche facile. Un séducteur, il sait qu’il ne charme pas mais s’impose et il en joue. Un homme dangereux. » Un homme, un vrai ! Le mâle alpha ! La racaille politique peut trembler ! On l’imagine blond aux yeux bleus. Un vrai Aryen !

André Blanc a fait partie du milieu politique. Il n’en garde pas une bonne image : il le décrit comme corrompu, tricheur, se livrant à de nombreux tripatouillages. Ce constat est malheureusement conforté par l’actualité. Mais le ton martial et l’idéologie implicite véhiculée m’a assez déplu. Ce roman m’a laissé sur beaucoup de doutes et de questions. Un auteur a parfaitement le droit d’avoir ses idées politiques et de dénoncer les abus des élus de la république. Par contre que cette dénonciation s’accompagne d’un éloge implicite d’un système de purification piloté par des militaires m’indispose. Je me trompe peut être? Je me fais des idées? Suis-je paranoïaque? À vous de juger en lisant le livre.

Extrait :
— Parlons-en de cette république qui cache mal ses turpitudes… Elle est corrompue, gaspilleuse, complaisante et veule… Oui, madame le juge, j’ai utilisé certains réseaux de fidèles serviteurs de la république pour vous apporter tout ça… Si je devais le refaire, je le referais. Je ne veux pas plus de crimes ou de guerre que vous. Mais pour éviter la guerre, il faut parfois aussi ne pas avoir peur de la faire…

Ma note : (2,5 / 5)tortugasbank-amb

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4 réponses à Tortuga’s bank – André Blanc

  1. Guillaume LEVITTE dit :

    « ..un éloge implicite d’un système de purification piloté par des militaires  » ????
    Là mon cher Ray, je tombe les bras à la renverse. Soit nous n’avons pas lu le même livre, soit vous avez trop fumé la moquette, soit je n’ai rien compris. Dans tous les cas je trouve votre jugement et votre vision, que je respecte, parfaitement inapproprié. Que vous n’aimiez pas le bruit des bottes est tout à votre honneur, mais de grâce ne soyez pas parano. Votre jugement en souffre gravement. Nous avons lu ce livre en groupe ce dimanche, nous étions quatre. Votre jugement nous avait interpelé. le résultat est sans appel. Nous n’avons toujours pas compris votre jugement.
    Cordialement

    • Ray dit :

      Décidément André Blanc a des amis qui veillent à ses intérêts : le 18 mars un certain Eric m’avait conseillé de lire Tortuga’s bank. Aujourd’hui vous m’écrivez pour me dire que je n’étais pas dans mon état normal quand j’ai écrit ma chronique. Mais si, je vous assure, je suis comme ça à l’état normal, sans avoir fumé, ni bu, ni pris une quelconque substance 🙂 : j’aime pas les groupes para-militaires garants d’un certain ordre moral qui aurait disparu de notre république « corrompue, gaspilleuse, complaisante et veule ». Les amis d’André Blanc semblent aussi beaucoup aimer les groupes puisque même pour la lecture d’un même livre, vous avez formé un groupe qui a émis un jugement « sans appel » sur mon compte. 🙂
      Il est effectivement possible que je me sois trompé, que j’ai quelque peu exagéré le danger que représente un groupuscule de bérets verts, prêts à tous les coups de main, amis du commandant Farel. Je l’ai écrit : ce roman m’a laissé sur beaucoup de doutes et de questions. Peut être vaut-il mieux avoir quelques doutes que trop de certitudes car « Qui ne doute pas acquiert peu » (Léonard de Vinci).
      Cordialement.

      • Guillaume LEVITTE dit :

        Nous ne sommes pas des amis de l’auteur, ni un groupe formé ( sans botte, ni cheveux blond, yeux bleu, :-))… juste un club de lecture ( de Picardie) du 3 voir 4ème age ( moyenne 70 ans environ, tous issus de l’Education Nationale). Quand un livre amène des opinions aussi dissemblables, nous aimons bien en discuter, pour comprendre quels déclics socio-culturels déclenchent tel ou tel opinion tranchée… A nos ages il nous reste encore cela, c’est aussi simple que ça. Et puis , de grâce, ce n’est qu’un roman. Il y a dans la littérature actuelle bien plus subversif…
        Notre dialogue se termine là.
        Très cordialement

        • Ray dit :

          Je n’ai pas ressenti votre premier message comme étant une ouverture de dialogue. Des expressions telle que « soit vous avez trop fumé la moquette » ou « Votre jugement en souffre gravement » ou encore « le résultat est sans appel » ne favorisent guère un dialogue constructif.
          Oui nos échanges s’arrêtent là.
          Cordialement.

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