La vérité sur l’affaire Harry Quebert – Joël Dicker

Par Raymond Pédoussaut

la-verite-sur-l-affaire-harry-quebertDate de publication originale : 2012 (Éditions de Fallois/L’Âge d’Homme) Dicker
Genres : Enquête, roman d’amour, roman sociétal
Personnages principaux : Marcus Goldman, écrivain à succès – Harry Quebert, son Maître – Nola Kellergan, jeune fille de 15 ans
Prix :
Grand Prix de L’Académie Française 2012 et Prix Goncourt des Lycéens 2012

On a beaucoup parlé de ce livre en France. Il a obtenu le Grand Prix de l’Académie Française et le Prix Goncourt des Lycéens. Fin 2012, son auteur un jeune homme de 28 ans, était reçu par tous les médias, apparaissait sur tous les plateaux, faisait le buzz sur Internet. Un roman couronné à la fois par les vieux membres de l’Académie Française et les petits jeunots des lycées, c’est étonnant. Maintenant que l’effervescence médiatique est retombée, la curiosité m’a poussé à me pencher sur ce phénomène.

Marcus Goldman est un jeune écrivain qui vient de connaître le succès. Mais pour son deuxième livre, l’inspiration n’est plus là, il subit le syndrome de la page blanche. Désespéré, il appelle son vieux maître Harry Quebert pour avoir ses conseils. Harry invite le jeune homme chez lui, dans le New Hampshire, pour lui procurer un cadre propice à la création. Après avoir passé quelques semaines chez Harry, Goldman rentre chez lui à New York. Là, il apprend qu’il vient de se passer un évènement grave à la demeure de Harry Quebert : en creusant dans le jardin pour planter des hortensias, les jardiniers ont mis au jour des ossements humains. Ce sont ceux de Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, disparue 33 ans plus tôt, sans que l’on sache où elle était passée. Quebert est accusé d’assassinat. Marcus ne peut croire à sa culpabilité, il part au secours de son maître et il va mener son enquête pour comprendre ce qu’il s’est passé. Il va reconstituer les évènements de l’année 1975 et déterrer par la même occasion quelques secrets que certains auraient aimé continuer à cacher.

C’est un roman 3 en 1 ! 3 histoires dans un même roman. Nous avons une première histoire sur la difficulté de l’écriture et la versatilité de l’inspiration, une autre sur un amour fou mais interdit et enfin la troisième est une enquête sur les évènements de 1975 à Aurora (New Hampshire). Dans la première moitié du livre les trois histoires sont juxtaposées plus qu’intégrées dans un seul récit. Bien sûr elles sont liées mais les mettre toutes les trois sur le même plan donne l’impression que l’auteur a voulu ratisser large tel un politicien en campagne électorale. Et ça a marché puisque les honorables académiciens et les jeunes lycéens ont plébiscité le livre, peut être pour des motifs différents. Dans cette première partie du livre, j’ai trouvé agaçantes les roucoulades interminables de l’écrivain et de sa muse. J’ai trouvé fatigante la description des douleurs de l’accouchement de l’œuvre qui tenaillent le romancier. Un peu trop dégoulinant de guimauve à mon goût ! S’il est beaucoup question d’amour, ne pensez pas trouver dans ce bouquin des scènes de sexe torrides. Non ! C’est assez chaste dans l’ensemble. Pourtant il y a des filles qui sont tellement en adoration devant l’Immense Écrivain que le don de leur corps serait un honneur pour elles. Mais non, le Grand Homme ne pense qu’à écrire son Grand Roman ! Dans la deuxième partie, l’enquête devient prépondérante. Nous entrons dans le domaine du polar. Cette deuxième moitié du roman est plus enlevée et haletante avec une cascade de rebondissements dans le plus pur style thriller. Il y a également une critique assez réussie des travers de la société mercantile et des médias. A noter aussi quelques bons passages humoristiques.

De mon point de vue, les personnages ne sont ni attachants ni sympathiques. Marcus Goldman est un écrivain à succès qui nous la joue grand artiste tourmenté façon Arthur Rimbaud. Il ne parle pas de roman mais de Grand Roman ! Un peu prétentieux le mec ! Harry Queber, le Maître, est souvent sentencieux et pleurnichard et on de mal à comprendre la fascination qu’il exerce sur les jeunes filles d’Aurora. Quant à la jeune Nola son adoration pour le Grand Homme, a quelque chose de puéril dans sa complète dévotion, corps et âme, pour l’Immense Écrivain.

Pas grand chose à dire sur l’écriture : c’est clair, simple, on lit facilement mais rien de particulièrement remarquable sur le style. Le Problème est plutôt que l’écriture n’arrive pas à faire passer les sentiments que sont sensés éprouver les personnages : il est question d’amour fou mais les mots ne provoquent pas le moindre frémissement chez le lecteur. C’est plat, ça manque de profondeur, de sang et de tripes. D’autre part un certain nombre de redites alourdit ce pavé qui finit par atteindre 660 pages.

Je comprends parfaitement que le livre ait plu aux lycéens, il a un côté roman pour la jeunesse qui a tout pour plaire à des jeunes gens. Par contre qu’il ait séduit les vieux académiciens me rend perplexe. Je pense que la description de la femme idéale pour un écrivain y est pour quelque chose : « Comment elle s’était donnée, compromise, pour qu’il puisse garder la maison, écrire, pour qu’il ne soit pas inquiété… elle était parvenue à créer une bulle autour de lui pour le laisser se concentrer sur son écriture et lui permettre d’accoucher de l’œuvre de sa vie …». Et une petite gâterie de temps en temps pour détendre le grand homme, non ? Ce n’est pas beau ça ? Aux petits soins, disponible et soumise, la nana ! De quoi faire fantasmer les académiciens mâles (majoritaires) ! Eux aussi auraient pu devenir des grands auteurs à succès avec une telle femme à leur côté, je devrais plutôt dire à leur service. On ne peut pas en vouloir à Dicker d’avoir obtenu un tel succès, tant mieux pour lui, mais les raisons de cette gloire soudaine m’étonnent un peu. Espérons pour lui qu’il pourra confirmer cette réussite éclatante. Le livre n’est pas dénué de qualités, ni de défauts. L’auteur m’a paru assez habile et malin, il semble maîtriser les recettes du best seller, il connaît les ficelles du roman à succès, mais peut être qu’il manque encore un peu d’émotion et d’âme. Pour un auteur de cet âge (28 ans) c’est un bon début prometteur mais l’accueil triomphal de ce roman me paraît exagéré. Je me demande encore quel grand cru a arrosé en abondance le repas précédant les délibérations de nos braves Immortels quand ils lui ont attribué le Grand Prix de l’Académie Française.

Extrait :
Depuis le jour de sa sortie, L’Affaire Harry Quebert était numéro un des ventes à travers tout le pays ; il promettait d’être la meilleure vente de l’année sur le continent américain. On en parlait partout : à la télévision, à la radio, dans les journaux. Les critiques, qui m’avaient attendu au tournant, ne tarissaient pas d’éloges à mon sujet. On disait que mon nouveau roman était un grand roman. 
 
 

Ma note : 3.5 out of 5 stars (3,5 / 5) laveritesurlaffaire-amb

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