Brooklyn Express – Bruno Jobin

Par Michel Dufour

brooklynexpressDate de publication originale : 2012 (Vents d’ouest, Azimuts) Jobin-B
Genre : Thriller
Personnage principal : Jean-Marc Morel, un loser

Dès le départ, j’ai été accroché par l’écriture : des phrases courtes, des expressions précises, et des idées simples (de Morel) mais significatives, du genre : « Le couple traditionnel : l’amour au début, l’horreur à la fin ». Puis, en fait en même temps, par une très bonne description de son personnage principal qu’on saisit à travers sa vision des choses et de lui-même. La plus grande partie du roman consistera d’ailleurs à faire voir l’évolution inéluctable de ce Jean-Marc Morel, l’histoire d’un loser.

Au départ, Morel, a 32 ans; il a perdu son travail (l’usine a fermé), sa femme (infidélité démasquée), son fils (par voie de conséquence), sa maîtresse (a trouvé mieux ailleurs), son père (décédé). Pas ses amis, parce qu’il n’en avait pas vraiment. Jean-Marc ne se morfond toutefois pas, il garde le moral et décide de jouer gros, inscrivant dans les petites annonces : « Vous cherchez quelqu’un qui a tout vu et qui est prêt à témoigner en votre faveur? Je suis votre homme ».

Et c’est parti! Une grosse magouille le mène en prison pour 25 ans. Son compagnon de cellule, Alain, l’encourage à devenir écrivain et devient son ami qui, libéré avant lui, promet de l’attendre et de l’aider à reprendre pied. Toujours optimiste, Jean-Marc projette de se venger. Ayant purgé sa peine, il retrouve son ancienne maîtresse et s’efforce de retrouver son fils. Comment l’avenir pourrait-il sourire à celui qui a toujours été malchanceux?

L’histoire est assez simple, écrite clairement; les quelques personnages, pour la plupart décrits avec sympathie, sont crédibles même si on a l’impression d’être pris dans un engrenage surréaliste tellement il semble irrésistible. Et, malgré les milieux mal famés où l’action de déroule, aucune atmosphère misérabiliste, au contraire : plutôt une très soutenable légèreté de l’être.

Bruno Jobin n’est pas un débutant; il publie depuis plus de 15 ans et Brooklyn Express est son sixième roman. C’est le premier que je lis, mais certes pas le dernier. Jobin réunit ici des qualités appréciables : c’est bien imaginé, bien pensé et bien senti.

Extrait :
Le samedi de sa libération arriva sans tambour ni trompette. C’était la première fois qu’il quittait le périmètre sans les fichues menottes. En passant pour la dernière fois devant les cellules des collègues avec qui il avait sympathisé tout en leur pompant des histoires de virginité à dormir debout, il les salua, l’index et le majeur en V, lançant à la ronde comme un vrai dur : « À plus! » Depuis sa rencontre éprouvante avec le Big Boss, l’opinion de celui-ci avait fait son chemin : Jean-Marc espérait au fond ne plus jamais en revoir aucun. Il les avait tous mis dans le même panier de crabes. De parfaits losers. Ce que lui n’était pas ou n’était plus, il en faisait le pari, prêt à miser gros, même s’il devait emprunter à un usurier pour défier son karma.

 Ma Note :  (4 / 5) brooklynexpress-amb

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