Bryanston Mews – Anne Perry

Par Michel Dufour

bryanstonmewsDate de publication originale : 2013Pery
Date de publication française : 2013 (10/18)
Genres : Enquête, procès, historique
Personnages principaux : Commandant Pitt (Special Branch), V. Narraway, enquêteur malgré lui

Le mois dernier, j’ai commenté le dernier roman de la série des Monk; aujourd’hui, c’est le dernier de la série des Pitt. Anne Perry produit beaucoup et ses polars sont de plus en plus gros, et semblent de plus en plus longs. Dans Bryanston Mews, on retrouve l’ambiance victorienne fin XIXe siècle, la vie familiale feutrée  des Pitt, des personnages qu’on dirait sortis de Jane Austen, rajeunis (1896), des idéals à la Kipling. Passer un moment dans l’univers des Pitt, c’est comme fréquenter la famille Brunetti : le plaisir de retrouver de vieilles connaissances dans un contexte historique et géographique familier. Et l’intrigue policière proprement dite n’est pas pour autant négligée.

Dans une soirée fréquentée par la grande et moyenne bourgeoisie britannique, un policier vient informer le financier Rawdon Quixwood qu’il doit rentrer immédiatement chez lui : sa femme Catherine a été retrouvée morte. Le policier confie à Narraway et à Pitt que Charlotte a été violée et torturée, et que Quixwood devrait être accompagné, mission dont se charge Narraway. Au cours d’une soirée semblable, quelque temps après, la jeune fille de l’ambassadeur du Portugal, paniquée, se jette à travers une fenêtre et s’écrase deux étages plus bas. On apprend qu’elle a rompu avec son fiancé et on soupçonne qu’elle est peut-être enceinte d’un autre, ou qu’elle a été victime de viol. Et la série des viols n’est pas terminée.

Pitt et Charlotte, son épouse débrouillarde et sans gêne, cherchent à éclaircir les circonstances qui ont mené à la mort de la jeune portugaise, tandis que Narraway et la police officielle enquêtent sur la mort de Catherine Quixwood. On se doute bien que ces deux démarches finiront par se recouper, l’événement médiateur se révélant être la malheureuse expédition du Dr Jameson au Transvaal, militairement écrasée par les Boers et moralement condamnée; et dont les conséquences risquent d’être désastreuses pour les investisseurs britanniques, attirés par les mines d’or d’argent et de diamants : origine de la guerre des Boers!

Ceux qui ont du plaisir à fréquenter les Pitt, tante Vespasia, et leur entourage, retrouveront avec plaisir le courage de Pitt, la fougue de Charlotte, la finesse de Vespasia et … comment au juste qualifier Narraway? Depuis la tentative de rajeunir cette série en nommant Pitt à la tête de la Special Branch, dont Narraway fut évacué, Perry a de la misère à définir Narraway. Dans ce roman-ci, il perd beaucoup de son aspect mystérieux, glisse imperceptiblement dans une relation sentimentale avec Vespasia, est émotivement ébranlé par les blessures sadiques qui ont meurtri le corps de Catherine (dont la morsure d’un sein), et manifeste très peu d’intelligence dans son enquête comme dans sa réflexion.

C’est une des raisons pour lesquelles l’enquête tourne en rond (ou alors c’est parce que l’auteure ne sait plus comment créer des rebondissements, ou forger des complications qui seront dénouées avec subtilité, que Narraway doit apparaître comme un peu niais, et Pitt comme ayant plus de cœur que de tête, puisque le lecteur imagine, 300 pages avant eux, l’hypothèse la plus pertinente). Beaucoup de gens qui aiment Perry lui reprochent depuis quelques livres de manquer souvent d’imagination, de multiplier les répétitions, d’insister lourdement sur le désir de bien faire de nos héros et sur le drame intérieur qui les consume (on finit par se dire qu’ils devraient changer de métier, parce qu’ils risquent de ne pas se rendre à la fin de l’histoire!); frustrant aussi : après une enquête peu convaincante menée par des policiers qui n’interrogent pas les bonnes personnes ou ne posent pas les bonnes questions, survient un deus ex machina (ici, c’est l’étonnant Elmo Crask, dont on ne sait rien et qui, partant on ne sait d’où, revient avec des informations fondamentales). Enfin, la finale est rapidement expédiée. Le mécanisme dramatique qui fonctionne le mieux dans Bryanston Mews est l’activité complémentaire de l’enquêteur et de l’avocat, emprunté au couple Monk/Rathbone dans la série des Monk.

Contrairement à des auteurs de polars qui deviennent sérieux en vieillissant et relèguent l’intrigue-puzzle à l’arrière-plan, Perry ne tient pas à laisser tomber l’essentiel d’un roman policier, et ne se prend pas pour une philosophe ou une psychologue, même si ses observations sur l’être humain ne manquent ni de finesse ni d’originalité. Il suffirait peut-être simplement de corser la sauce au lieu de l’allonger.

Extrait :
Prise de panique, la jeune fille courait droit vers la grande fenêtre qui donnait sur la terrasse pavée, deux étages plus bas. Forsbrook s’élança derrière elle, le visage déformé par l’émotion, les mains tendues.
Emportée par son élan, le corps basculant d’un côté, de l’autre, Angeles battit follement des bras, et, dans un hurlement inintelligible, percuta le haut panneau vitré qui céda dans un fracas de verre brisé. Un instant, elle fut devant, ombre en soie blanche et aux cheveux bruns, et, à la seconde d’après, il n’y eut plus qu’un vide béant et quelques éclats de bois sur le sol.

 

Ma note :  (3,5 / 5) bryanstonmews-amb

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