Derrière la haine – Barbara Abel

Par Raymond Pédoussaut

derriere-la-haineDate de publication originale : 2012 (Fleuve Noir) – 2013 (pocket) abel
Genres : roman noir, thriller psychologique
Personnages principaux : Laetitia et David Brunelle – Tiphiane et Sylvain Geniot, jeunes couples

Les Brunelle, Laetitia et David, sont voisins et amis avec les Geniot, Tiphaine et Sylvain. Un mur mitoyen sépare leurs maisons et une haie mitoyenne aussi sépare leurs jardins. En dehors de ça rien ne les sépare : ils ont le même âge, des passions communes, ils s’apprécient beaucoup, ils se reçoivent souvent … Ils sont très amis, leurs liens sont plus forts que les liens de sang. Cette amitié va encore être renforcée par la naissance simultanée de leur premier enfant : des garçons, Milo et Maxime, qui vont être comme des frères en grandissant ensemble. Mais un jour c’est le drame : le petit garçon des Geniot, Maxime, tombe de la fenêtre de sa chambre et se tue sous les yeux de la voisine Laetitia. À partir de ce moment la belle amitié va s’étioler, la méfiance puis la paranoïa vont s’installer. Cette évolution va atteindre un paroxysme final qui laisse le lecteur pantois.

derriere-la-haine-ambL’intrigue est relativement simple : des liens d’amitié qui se transforment en haine. Mais c’est la façon très habile dont Barbara Abel traite cette évolution qui fait l’intérêt du livre. Au début, tout baigne dans le rose du bonheur … un peu trop ! Les maris traînent quand même quelques casseroles derrière eux, mais c’est du passé. Aujourd’hui chacun semble avoir trouvé le partenaire parfait et des amis voisins idéaux. Tout est paix et harmonie ! Mais on sait que ça ne va pas durer avec un titre comme Derrière la haine. Arrive ensuite l’accident qui engendre la suspicion et la méfiance. L’auteure nous fait alors passer alternativement d’un camp à l’autre. Les réactions des deux couples sont très crédibles, ce sont celles de gens normaux qui sont affectés par la mort d’un enfant. On comprend leurs doutes, leurs inquiétudes. On compatit, on souffre avec eux …jusqu’à un certain point où tout bascule dans l’horreur absolue. Derrière la haine, c’est la folie meurtrière. L’auteure installe un crescendo très bien mené jusqu’à la conclusion finale, très noire, qui coupe le souffle. Une belle maîtrise !

L’écriture sert parfaitement le sujet, elle est efficace et aisée. La lecture est facile. Cette histoire de voisinage tient le lecteur en haleine mieux qu’un thriller sanglant où l’action est intense et les rebondissements incessants. On a du mal à lâcher le livre !

Une belle découverte, pour moi, cette auteure belge talentueuse.

Extrait :
Leur nom même était devenu synonyme de drame, comme ces faits divers que les gens racontent le soir autour de la table, enchaînant les anecdotes terribles qui n’arrivent qu’aux autres, que l’on évoque en frissonnant avant de conclure : « Quelle horreur, les pauvres, leur vie est fichue ! » Alors tout le monde hoche la tête en réalisant que, malgré la varicelle du petit dernier et le récent courrier des impôts, on n’a pas à se plaindre, n’est-ce pas, il y a tellement pire que notre sort. Et en parlant de ça, justement, quelqu’un a une autre histoire à raconter, encore plus terrible : vite, vite, on chasse le malheur des uns pour écouter ce qui – paraît-il – aurait pu nous arriver, mais qui – fort heureusement – n’arrive qu’aux autres.

La colchique contient de la colchicine, connue pour ses propriétés diurétiques, analgésiques et anti-inflammatoires, mais elle est également un poison violent qui, même absorbé en faible quantité, produit des troubles le plus souvent très graves, voire mortels. Bien que le petit garçon n’en eût avalé qu’une dose infime, la toxicité de la plante avait suffi à lui provoquer un malaise virulent.
« Colchiques dans les prés, fleurissent, fleurissent,
Colchiques dans les prés, c ‘est la fin de l’été. »

Francis Cabrel - Automne-Colchique dans les près

Ma note : (4,5 / 5)derriere-la-haine-amb2

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4 réponses à Derrière la haine – Barbara Abel

  1. Fabe dit :

    Des avis très mitigés sur l’écriture de ma compatriote … mais ta chronique et ta note me redonnent envie de le lire.
    Merci 🙂

    • Ray dit :

      Je ne sais pas s’il y a eu des avis négatifs, j’ai surtout lu des commentaires positifs. Pour ma part j’ai admiré la maîtrise de l’auteure pour faire un polar haletant avec une simple histoire de voisinage. Étonnants les belges ! 😉

  2. Sandrine dit :

    J’ai bien aimé aussi, juste regretté que les personnages soient un peu monolithiques, pas assez nuancés.

    • Ray dit :

      Peut être que les personnages ne sont pas finement analysés mais j’ai trouvé qu’ils étaient crédibles et proches de nous dans leurs angoisses et leurs incertitudes. L’habileté de l’auteure est de montrer comment ces « gens normaux » se transforment en monstres.

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