Newton la science du complot – Matthew Farnsworth

Par Michel Dufour

newton-lascienceDate de publication originale : 2012 (Québec Amérique) farnsworth
Genres : Historique, aventures
Personnage principal : Isaac Newton, savant

Derrière ce pseudonyme anglicisant se cache un ingénieur québécois, qui a fait ses études à Polytechnique et à l’Université McGill, et qui travaille aujourd’hui dans l’industrie papetière canadienne. L’idée du pseudonyme vient de l’éditeur qui croit qu’un roman anglais a plus de chance de se vendre. On voit aussi, parfois, des écrivains canadiens anglais qui laissent croire qu’ils sont américains. Question de marketing!

 J’ai dit un mot sur Farnsworth quand j’ai mentionné les cinq lauréats du Prix Tenebris. Son Newton est d’abord un roman historique dont l’action se situe dans le dernier quart du XVIIe siècle. Charles II d’Angleterre défend mollement les catholiques tout en s’opposant aux purges protestantes. Le roi de France (Louis XIV), qui a besoin des Anglais contre les Pays-Bas, compte sur le fait que si Charles se convertissait au catholicisme, ou s’il mourait et que lui succédait son frère très catholique, James, l’Angleterre favoriserait le catholicisme et se rapprocherait donc de la France et s’écartant des Pays-Bas. Les stratèges français décident de donner un coup de main à l’histoire en déstabilisant l’économie de l’Angleterre pour l’affaiblir en cas de guerre. Isaac Newton apparaît comme un jeune prof (jeune trentaine) de Cambridge, qui vit surtout dans ses calculs mathématiques, et n’apprécie pas tellement la société en général, et la Société royale en particulier. Il se lie d’amitié, toutefois, avec un élève, l’astronome Edmond Halley. Tous les deux se retrouvent, malgré eux, mêlés à la conspiration contre Charles II, en obtenant des informations qui laissent deviner la menace contre la couronne britannique. Mais, quand on ignore qui fait partie du complot et qui est vraiment contre, à qui confier ces renseignements, dangereux pour qui les possèdent?

Le dépaysement est réussi, et c’est avec plaisir qu’on entre dans le monde de la Cour de Versailles, de L’Angleterre post-Cromwell qui recommence à respirer, et du monde universitaire de Cambridge et d’Oxford. Monde traversé par une belle aventurière, quelques mercenaires professionnels, des magouilles religieuses. Mais où les querelles d’universitaires prennent beaucoup de place et déconcertent nos jeunes héros. Farnsworth suit Newton de près dans son quotidien. Pas besoin d’avoir un doctorat en Sciences pour comprendre. Il ne s’agit pas de comprendre les théories mathématiques qu’élabore tranquillement Newton, ni ses recherches alchimiques. Farnsworth ne nous assomme pas de son savoir spécialisé; il vise un public plus populaire : la petite biographie de Newton est insérée dans une trame de complots et d’enquêtes. C’est tout ce qu’il faut comprendre. Et tout cela est finalement assez simple.

Comme dans un roman d’aventures, la succession bien rythmée des scènes d’action est plus importante que la subtilité de l’énigme à déchiffrer. A tel point que j’attends toujours le dénouement ultime! L’histoire s’arrête et je viens juste de m’apercevoir qu’il n’y a plus rien à savoir. Tout est pourtant revenu à sa place, mine de rien. Newton a mûri et Charles II ne lâche pas. L’important, c’était donc bien la tranche de vie de Newton, la reconstitution de l’époque; Newton en son temps, pourrait-on dire. Conséquence : la dimension policière passe au second plan. Que les méchants aient été arrêtés ou autrement châtiés, que le complot contre le roi ait échoué, on s’en fout un peu. L’image persistante est plutôt celle du savant, dans la cour du Trinity College, sans perruque, contemplant les flocons de neige, ce flux sans fin de flocons chutant ainsi du ciel vers la terre…

Pour ma part, et même si je me sentais bien en parcourant ce roman, je préfère le type de roman où l’aspect intrigue/enquête est un peu plus important que l’historique. Les romans de Lenormand ou de J-F Perrot, par exemple. Ou, au Québec, Jacques Côté (Dans le quartier des agités, Alire, 2012). Et j’espère que c’est dans cette voie que Farnsworth poursuivra son œuvre.

 Extrait :

Le soleil était sur le point de se coucher lorsqu’ils arrivèrent à destination. Il était fort heureux que la journée fût encore suffisamment éclairée sinon Halley n’aurait jamais pu reconnaître l’endroit. Du quai qui avait dû servir pour la dernière fois il y avait plus d’un siècle, il ne restait que quelques blocs de pierre équarris, maladroitement retenus par des pièces de bois vermoulues abîmées par l’usure du temps. Halley ayant baissé la voile, Sullivan et O’Connor pagayaient vigoureusement pour diriger la lourde barge vers ce point d’ancrage de fortune (…) Isaac poursuivait sa plongée dans son enfance quand il fut ramené à la réalité. « Isaac, que pensez-vous de la largeur du fleuve à cet endroit?… »

Ma note : (4 / 5) newton-lascience-amb

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