Saccages – Christine Brouillet

Par Michel Dufour

saccagesDate de publication originale : 2013 (La courte échelle) Brouillet
Genre : Procédure policière
Personnage principal : Maud Graham (SPVQ)

Je ne lis pas systématiquement tous les romans de Chrystine Brouillet; elle publie beaucoup, du bon et du moins bon. C’est sans doute l’auteure de polars la plus connue chez nous comme à l’étranger. Depuis trente ans, elle s’est méritée nombre de prix et, dernièrement encore, elle se méritait le Prix Tenebris 2013 du meilleur vendeur avec La Chasse est ouverte. Très médiatisée, on la connaît aussi par ses chroniques littéraires et gastronomiques : les meilleurs restaurants de la ville de Québec et de Montréal ont peu de secrets pour elle. Québec sert d’ailleurs de décor à la plupart de ses romans. Comme Londres pour Anne Perry ou Venise pour Donna Leon. Sympathique et énergique, elle a pavé la voie à bien des auteurs québécois. Dans Saccages, Brouillet montre une grande maîtrise dans l’art de la composition : chaque retour en arrière est justifié et la progression dramatique est menée d’une main de maître. Pour ma part, c’est le meilleur de ses romans que j’ai lu.

Dans une rue tranquille de Québec où il ne se passe rien, un paisible comptable est sauvagement poignardé. L’équipe de la détective Maud Graham (Service de police de la ville de Québec) se met en branle : analyse des lieux et autopsie du cadavre, enquête auprès des voisins, examen électronique de la situation financière, caucus de l’équipe où les maigres informations sont mises en commun, élaboration d’un nouveau plan de match. Graham connaît son métier : c’est sa quinzième enquête. Cet aspect d’un polar est souvent fastidieux ou expédié cavalièrement. Pas chez Brouillet, qui parvient même à en faire un point fort de son roman. Des incursions dans sa vie privée, ses relations plus personnelles qu’officielles avec ses collègues (Noël approche), ses réflexions d’une femme de cinquante ans, _ tous ces éléments empêchent la monotonie de s’installer et rendent le récit encore plus réaliste, crédible. Et Maud est moins anxieuse que souvent et nous dispense d’un cours de psycho 101.

Bref, on apprend que la jeune Rebecca, plus ou moins diagnostiquée schizophrène à l’époque, avait déjà incendié le domicile de ce brave comptable quelques années auparavant, qui avait échappé au brasier grâce au retour imprévu de son fils. Et on finit par apprendre que quelques voisins, malgré les apparences, avaient peut-être raison d’en vouloir à ce Jean-Louis Carmichaël. Le cercle des suspects se rétrécit, mais alors une vieille connaissance de Carmichaël est massacrée à son tour. Et ce n’est pas fini.

Bon rythme, rebondissements bien placés, personnages définis avec habileté, et histoire plausible sur un sujet d’actualité. Ou encore : comment une petit mensonge, une petite lâcheté, une petite omission peuvent entraîner des conséquences effroyables. Par bout, j’ai pensé à Boileau-Narcejac, ce qui est un très bon signe.

Extrait :
Caroline baissa la tête; se pouvait-il qu’ils en soient arrivés à s’en prendre l’un à l’autre alors qu’ils ne se disputaient jamais? Entendre crier son mari était tellement étrange. Ce n’était pas Éric qui se trouvait devant elle. Ce n’était pas sa fille qui s’était soûlée. Ce n’était pas elle qui avait envie de boire. Ce n’était pas Sybelle qui s’était enfermée dans sa chambre. Ce n’était pas leur famille. Ils n’étaient pas comme ça, silencieux et pâles comme la mort. Qu’allaient-ils devenir?

Ma note : (4 / 5)  saccages-amb

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2 réponses à Saccages – Christine Brouillet

  1. Fabe dit :

    Merci beaucoup pour cet avis plus que positif qui me poussera certainement à commencer la série des « Maud Graham ».

    • michel dufour dit :

      Brouillet est probablement l’auteure de polars la plus connue chez nous comme à l’étranger. Elle publie beaucoup et est bien sympathique. Parfois trop maternaliste ou psycho 101. Mais Saccages est un de ses meilleurs. Pour un aperçu plus étoffé, faut mettre la main sur le livre très précieux de Norbert Spehner: Le roman policier en Amérique française II, 2000-2010 (Ed. Alire, 2011).

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