L’Infortune des bien nantis – Maxime Houde

Par Michel Dufour

LinfortunedesbiennantisDate de publication originale : 2011 (Alire) houde
Genres : Enquête, historique
Personnage principal : Stan Coveleski, détective privé

C’est le sixième roman de Maxime Houde; il s’est mérité le Prix du roman policier de Saint-Pacôme, l’an passé, un prix sérieux et prestigieux. Né à Montréal en 1973, Houde a étudié l’histoire et la philosophie, puis s’est spécialisé en traduction. Il consacre son temps à l’écriture, à un travail d’aide bibliothécaire, à sa famille et à ses deux chats.

J’avais bien aimé son premier roman, La Voix sur la montagne (Alire, 2000) et, en 2008, j’avais rendu compte de Le Poids des illusions, son cinquième. J’avais été plutôt déçu, parce que c’est dans ce roman que Coveleski tente de se remettre de la mort de sa femme et qu’il subit une véritable descente aux enfers. La déchéance éthylique de notre héros (?) absorbait beaucoup plus notre attention que l’intrigue policière proprement dite. Et je retrouvais ce genre de détective délabré de la série noire américaine, alcoolique, désabusé, loser, déprimé-déprimant : un genre que je supporte difficilement.

Dans L’Infortune des bien nantis, Stan Coveleski a remonté la pente. Il ne boit plus, il ne baise plus tellement non plus, mais il fume furieusement. Et, cette fois-ci, il fait face à un véritable problème policier : un médecin tiré à bout portant dans son salon et on se doute bien que le premier motif (et le premier suspect) évoqué ne sera pas le bon (le roman a presque 400 pages). Un peu plus tard, un policier vient mourir dans l’entrée du logement de Coveleski. Ce qui n’améliore pas les relations entre Stan et la police. Le lecteur attentif se doute bien que, quelque part, les enquêtes liées aux deux assassinats finiront par se recouper.

Dans le Montréal de la fin des années 40, nous suivons les démarches détaillées de Coveleski qui, d’ailleurs, raconte l’histoire avec un certain cynisme. Le rythme est lent; le détective semble un gars assez ordinaire, ex-flic qui ne gagne pas toutes ses batailles; les principaux personnages sont bien tracés; et ça se lit bien dans l’ensemble, sans soulever des émotions trop fortes et sans stimuler des palpitations incongrues. La description du Montréal d’il y a soixante-dix ans est une valeur ajoutée; je pense aussi que ceux qui suivent Houde de près et sont attachés à ce bon vieux Stan doivent éprouver un plaisir supplémentaire, comme quand on fréquente le Brunetti de Donna Leon, le Pitt d’Anne Perry, la Graham de Brouillet, et j’en passe.

Pour ma part, tout en trouvant que c’est bien fait, j’avoue que ce n’est pas le type de romans qui m’emballent. Mais je comprends qu’on puisse s’en régaler. Les aspects historique et dramatiques sont bien équilibrés; je n’en ai pas moins lu le roman plus comme une chronique sociologique que comme un thriller, un suspense, ou un roman à énigme qui nous titille les neurones. J’en sors donc plus admiratif qu’excité…

Extrait :
Marjorie Côté habitait quelques rues à l’ouest de Saint-Laurent, non loin des boutiques tenues par les immigrants d’Europe de l’Est. La façade du duplex, implanté directement sur le bord du trottoir, était sobre, pour employer une expression polie. Une porte cochère permettait d’accéder à la cour arrière, comme un tunnel qui traverse une montagne. J’enfonçai la sonnette. Comme rien ne se produisit, je franchis la porte cochère et aboutis dans une petite cour qui faisait bien pitié, comparée aux deux autres que j’avais visitées plus tôt. Un escalier étroit et rouillé menait à l’étage en tournoyant sur lui-même. Je gravis les marches et accédai à un balcon qui aurait eu besoin d’une couche de peinture fraîche, comme tout le reste. Un gros chat blanc, assis sur le cadre de la fenêtre montait la garde. Il avait un œil bleu, l’autre jaune. Il bondit subitement de son perchoir et me fila entre les jambes.

 Ma note : (3,5 / 5) Linfortunedesbiennantis-amb
Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Ce contenu a été publié dans Enquête, Historique, Québécois, Remarquable, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à L’Infortune des bien nantis – Maxime Houde

  1. Fabe dit :

    Merci pour cette chronique.
    L’auteur m’étant totalement inconnu je ne peux me prononcer sur ton ressenti.
    Pour Michaud nous sommes en accord … alors je te ferai confiance pour celui-ci.

    • michel dufour dit :

      C’est quand même un roman bien fait dans son genre. Question de sensibilité: ça me fait penser aux vieux polars américains de la série noire, qui me lassent un peu, mais qui intéressent bien du monde. Merci de ton intérêt.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*