Le prix de mon père – Willy Uribe

Par Raymond Pédoussaut

leprixdemonpereDate de publication originale : 2007 (Titre original : Sé que mi padre decía) uribe
Date de publication française : 2012 (Payot & Rivages – Rivages/Noir)
Genre : Roman noir
Personnage principal : Ismael Ochoa Cuevas ex-légionnaire espagnol et baroudeur

Ismael Ochoa est un looser qui pense que cette fois il peut gagner. C’est un basque espagnol de Bilbao qui, en quittant avec fracas la maison paternelle, s’est engagé pendant 6 ans dans la légion, puis a exercé plusieurs boulots temporaires : ouvrier en Andalousie, camionneur au Mexique et dealer au Maroc. Il revient dans ses terres natales avec un plan pour se procurer du fric : faire chanter un ami d’enfance qui a réussi grâce à une falsification : il s’est attribué des diplômes qu’il n’a pas. Ce coup là va lui rapporter 300 000 euros pense-t-il, c’est ce qu’il réclame à son ex-ami en échange de son silence. Cependant il doit partager cette somme avec son ex-épouse, Irene, car c’est elle qui a découvert la falsification. Les choses ne se passent pas comme prévu et Ismael va se retrouver nu comme un vers pour demander de l’aide à un certain Jon Persona, un type décidé, complètement dénué de tout scrupule. Avec Jon les évènements vont se précipiter et les cadavres se multiplier.

L’intrigue est bien construite avec des retournements inattendus et le dénouement surprenant.

Les relations entre les personnages sont complexes, elles sont différentes de ce qu’elles paraissent être. Aucun personnage n’est sympathique, ils sont tous tordus et aucun n’est digne de confiance. Ils sont manipulateurs et retors. Le personnage principal lui-même suit une pente qui l’amène inexorablement vers le bas. On ne le plaint même pas, on n’a pas de compassion pour ce type qui enfile les ennuis comme des perles, tant il paraît peu combatif. Il subit les évènements avec fatalité, dans un renoncement complètement passif. Il a la vocation d’un perdant.

L’auteur place cette histoire dans le Pays Basque espagnol, à Bilbao et dans sa région. Ce n’est pas le Pays Basque des cartes postales : les rues sont sombres, il pleut souvent, les villages sont tristes. Le cadre est comme l’histoire : déprimant.

C’est un roman noir, court (180 pages), austère qui montre la trajectoire d’un homme qui très tôt n’a pas eu de chance et qui continue à tout rater, comme si un mauvais sort s’acharnait sur lui.

J’aurais aimé mieux apprécier ce livre d’un auteur sympathique qui a obtenu à la fois le prix du meilleur premier roman noir à la Semana Negra de Gijon en 2012 et le prix Violeta Negra de Toulouse en 2013, preuve que les vrais amateurs de roman noir ont su, mieux que moi, apprécier ce roman très sombre. Je n’ai pas réussi à accrocher sur cette histoire et surtout sur le personnage d’Ismael Ochoa qui accepte toutes les défaites avec une résignation qui ne le fait que s’enfoncer davantage. Le livre est à recommander aux amateurs de romans noirs, réalistes, sans concession et à déconseiller à ceux qui n’ont pas le moral nécessaire pour s’engager à suivre les péripéties déprimantes de la vie d’Ismael Ochoa, un perpétuel perdant.

Extrait :
Je vais te donner deux jeux de photocopies des faux. Avec le premier jeu, tu vas flanquer la trouille à Julen, et tu vas envoyer l’autre par la poste à ton père, que je passerai voir demain, comme à l’improviste. Il m’en parlera, et je le convaincrai d’essayer d’extorquer un maximum à Julen. Contrairement à ce que tu peux penser, je sais qu’au fond il déteste les Jáuregui. Je lui dirai que j’emporte les documents pour plus de sûreté, et ensuite on s’arrangera pour que Julen passe les prendre chez ton père en croyant qu’ils sont encore là.
C’est étonnant cette facilité qu’ont les humains de réinventer n’importe quel événement. En quelques secondes, nos cerveaux sont capables d’imaginer qui, dans un an, viendra à votre enterrement. Que cela cadre avec la réalité, c’est moins sûr.

Ma note : (3 / 5) leprixdemonpere-amb

 

 

 

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6 réponses à Le prix de mon père – Willy Uribe

  1. Fabe dit :

    Bien que je ne fasse aucune confiance aux « Prix de ceci ou cela » ta critique, bien que mitigée, me donne quand même envie de lire ce livre.
    Je ne vais pas me précipiter pour l’acheter mais s’il se présente dans mon univers visuel je tenterais bien le coup. 😉
    Les histoires noires et déprimante ne me déplaisent pas toujours.

    • Ray dit :

      Moi, je n’ai pas trop aimé le personnage principal. Les loosers peuvent être attachants quand ils ont un côté sympathique ou déjanté, ce qui n’est pas le cas ici. Mais, je ne veux pas te dissuader de lire ce roman, peut être que tu l’apprécieras mieux que moi.

  2. Sandrine dit :

    Dans mon exploration du polar espagnol, je n’ai pas encore rencontré Willy Uribe : il va falloir que je remédie à ça…

    • Ray dit :

      Oui car c’est un auteur qui commence à être reconnu. Il a obtenu le prix du meilleur premier roman noir à la Semana Negra de Gijon en 2012 et le prix Violeta Negra de Toulouse en 2013. Moi, je n’ai pas été emballé par ce roman mais d’autres amateurs de roman noir peuvent apprécier cette sombre histoire.

  3. Salut !

    Je n’achète pas un livre en raison de ses prix, d’ailleurs, je suis souvent la première surprise lorsque je découvre dans ma PAL des livres primés ! Ta critique mitigée me fait hésiter… vu qu’il est court, si je le trouve, je le prendrai et me ferai mon avis perso…

    En tout cas, la chronique est bien ! C’est déjà ça 😉

  4. Ray dit :

    Tu as bien raison de te faire ton avis perso. Comme tu aimes le roman noir, peut être que tu sauras apprécier cette histoire mieux que moi. Bien que j’aime aussi le roman noir, je n’ai pas accroché avec les personnages.

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