Des croix sur la route – Jeffery Deaver

Par Michel Dufour

descroixsurlarouteDate de publication originale : 2009 (Roadside Crosses) deaver-150x150
Date de publication française : 2012 (Édition des Deux Terres)
Genres : Enquête, thriller
Personnage principal : Kathryn Dance, synergologue

 J’ai commencé à lire Deaver après le succès du film Le Désosseur, avec Denzel Washington et Angelina Jolie. Je cherchais, j’imagine, à retrouver l’ambiance et l’intelligence du film. L’an passé, j’ai été déçu par Carte Blanche 007, un pastiche des James Bond et une commande des Ian Fleming Publications. Un peu moins que je l’avais été par Clair de Lune. Pourtant, ce Deaver est un personnage original et apparemment brillant, assez cultivé pour apprécier le Conundrum californien ou le Chardonnay de Mondavi. Je crois qu’il écrit rapidement pour le plaisir de nous divertir et qu’il ne cherche pas à construire des romans rigoureux et sagaces comme ceux de Katzenbach ou de Ablow.

J’ai lu plusieurs commentaires sur Des Croix sur la route; ils répètent la même chose : ça commence comme une banale télésérie où tout semble régler en 100 pages (sur plus de 600!); puis, de spectaculaires rebondissements nous désarçonnent et nous sortons du roman ébahis.

Voyons cela de plus près. Des croix sur le bord d’une route rappellent habituellement un accident mortel. Or, sur la Route #1, au sud de Monterey (Californie), on découvre une croix de ce genre, sauf qu’elle annonce une mort plutôt que d’en rappeler une. Et on en trouve plusieurs autres, les jours suivants, toujours suivies d’un meurtre (ou d’une tentative). Branle-bas de combat au CBI (California Bureau of Investigation) où l’équipe de l’enquêtrice et synergologue (spécialiste de la communication corporelle non verbale) Kathryn Dance et le shérif adjoint du comté de Monterey, Michael O’Neil, entreprennent de découvrir les mobiles et l’identité du mystérieux assassin. La première victime les met sur la piste d’un suspect avide de vengeance : suite à un accident d’automobile qui a fait deux jeunes victimes, le Rapport Chilton, un blogue administré par James Chilton, a publié plusieurs commentaires qui s’en prenaient au conducteur de l’automobile, un étudiant bizarre du nom de Travis Brigham. Sur le net, l’agressivité contre Brigham a grimpé en flèche. Or, les premières victimes ont justement publié des commentaires défavorables au jeune homme. Le professeur Jonathan Boling, expert en informatique et amateur de jeux vidéos, donne un coup de main à Kathryn et Michael, pour tenter d’identifier tous ceux qui ont malmené Travis Brigham sur le blogue de Chilton et qui sont devenus des victimes éventuelles. Quant à Travis lui-même, il semble être disparu. Et, toujours sur le même mode, on s’en prend maintenant à des individus qui ont écrit sur le blogue mais pas à-propos de Travis. Et on attaque Chilton lui-même. Une fois de plus, on croit avoir trouvé le tueur de l’autoroute, et pourtant…

Parallèlement à cette intrigue, la mère de Kathryn est accusée d’euthanasie, ce qui bouleverse la vie de notre enquêtrice et semble altérer ses pouvoirs de synergologue.

Le rythme est souvent rapide, mais Deaver ralentit l’action avec un cours que Kathryn donne à Boling sur les principes de la synergologie, et un autre que Boling donne à Kathryn sur l’importance qu’ont les réseaux sociaux sur le net et sur les avantages et les inconvénients que ça implique. Anonymes, nous pouvons dire n’importe quoi. Pire : de même que bien des jeunes ont tendance à prendre pour argent comptant ce qu’on y écrit, d’autres, intoxiqués à des jeux vidéos, finissent par confondre le réel et le virtuel. Les policiers auront tendance à conclure que Travis Brigham, adepte forcené de DimensionQuest, a fini par se prendre pour un guerrier sacré voué au nettoyage de son environnement.

A vrai dire, ces hypothèses alimentent peut-être des fausses pistes et Kathryn apparaît plus comme  une intuitive, presque un devin, que comme une sorte de scientifique qui utiliserait des méthodes d’observation et de déduction. Elle me semble aussi plutôt naïve, mais très heureusement favorisée par la chance. Sa mère est disculpée par quelques beaux hasards et, telle mère telle fille, Kathryn intervient à temps deux fois guidée par ce qui ressemble à la main de Dieu. C’est ici, pour moi, la faiblesse de Deaver : peu importe comment on s’en sort pourvu que les bons gagnent et que les lecteurs soient contents. Certains lecteurs, cependant, n’aiment pas trop avaler des couleuvres, et apprécient, en plus de la distraction, les démarches intelligentes et perspicaces de l’enquêteur.

Extrait :
Les Sanglots avaient commencé tout de suite après que l’agresseur l’avait saisie par derrière dans la pénombre du parking du club pour lui coller du ruban adhésif sur la bouche , lui lier les mains dans le dos et la jeter dans le coffre. Il lui avait aussi attaché les pieds.
Pétrifiée par la panique, Tammy Foster, dix-sept ans, se dit tout de même : Il ne veut pas que le je le voie. C’est une bonne chose. Il n’a pas l’intention de me tuer.
Il veut seulement me faire peur (…)
La portière claqua, violemment.
Et Tammy perdit tout contrôle d’elle-même. Elle se mit à sangloter, en luttant pour respirer dans l’air nauséabond. « Non, pitié, pitié! » cria-t-elle, mais les mots, à travers le bâillon qui l’étouffait, n’était qu’un gémissement (…)
Oh, mon Dieu, non! Il l’avait laissée sur la plage, alors que la marée montait!
La voiture ne bougeait plus, l’eau devait affluer autour des roues qui s’enfonçaient dans le sable. Bon! Mourir noyée… rien ne lui faisait aussi peur. Et coincée dans un petit espace comme celui-ci…c’était impensable! Elle se mit à donner des coups de pied contre le couvercle (…)
L’eau battait maintenant les flancs de la Toyota (…)
Au secours, quelqu’un! supplia Tammy. Elle en appela à Dieu, à un passant, et même à son ravisseur pour qu’il la prenne en pitié. Avec, pour toute réponse, le clapotis indifférent de l’eau qui s’insinuait dans le coffre.

 Kathryn augmenta le volume de son iPod pour écouter Badi Assad, le formidable chanteur et guitariste brésilien (…) Elle avait grand besoin de ce genre de musique qui vous met du baume à l’âme.

Badi Assad – Ai que Saudade Docê

Ma note : (3,5 / 5) descroix-amb

 

 

 

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