Dans la rue j’entends les sirènes – Adrian McKinty

Par Raymond Pédoussaut

danslaruejentendslessirenesDate de publication originale : 2013 (I Hear the Sirens in the Street) McKinty
Date de publication française : 2013 (Stock)
Genres : Enquête, roman noir
Personnage principal : Sean Duffy, inspecteur à Carrickfergus (Irlande du Nord)

Irlande du Nord, Carrickfergus, en 1982. L’inspecteur Sean Duffy et l’agent McCrabban viennent examiner une trainée de sang suspecte dans une ancienne usine textile. Dans une des bennes d’ordures proches ils découvrent une valise contenant un torse humain décapité, sectionné au niveau des genoux et des épaules. Après quelques recherches Sean Duffy et son équipe réussissent à identifier le corps, grâce à un tatouage : il s’agit d’un américain du Massachussetts. La valise contenant le corps a appartenu à un membre de l’UDR (Ulster Defense Regiment) qui aurait été assassiné par l’IRA. Sean Duffy va remonter les pistes jusqu’au Massachussetts où il va continuer son enquête, sur ses jours de congés et contre les ordres de sa hiérarchie. Il n’est pas le bien venu en Amérique.

McKinty nous dépeint une Irlande, terre de pauvreté et de chômage en proie à une guerre civile où différentes organisations paramilitaires s’affrontent. L’IRA (Irish Republican Army) mène des campagnes d’attentats sanglants pour lutter contre la présence anglaise en Irlande du Nord. L’UDR (Ulster Defense Regiment) est un régiment de l’armée britannique dont les membres sont recrutés en Irlande du Nord, qui appuie les forces de police et lutte contre l’IRA. Au milieu, se trouve le RUC (Royal Ulster Constabulary), la force de police d’Irlande du Nord, auquel appartient l’inspecteur Sean Duffy. Ce n’est pas facile dans ce contexte d’être policier. On redoute les explosions, les embuscades, les attentats et les émeutes. Mais Sean Duffy est né là, il connaît tout le monde. Malgré les passe-montagnes et les cagoules qui couvrent les visages, il reconnaît tous les membres d’un groupe extrémiste raciste venu intimider une étudiante africaine pour qu’elle s’en aille. S’il exerce son métier avec résignation, prenant les gens et son pays comme ils sont, il a cependant une haute opinion de son rôle de policier qui doit servir la vérité et la justice. Aussi, il n’hésite pas à braver les ordres de sa hiérarchie pour faire aboutir son enquête. On le lui fera payer.

McKinty nous plonge dans le chaos de l’Irlande du Nord. L’ambiance maussade de Belfast, le temps pluvieux, la guerre civile, la crise sociale, le danger permanent, tout cela est parfaitement restitué par la belle écriture de l’auteur et une belle traduction d’Éric Moreau. Un personnage principal attachant et des personnages secondaires consistants contribuent également à rendre le livre captivant de bout en bout. L’humour et les références musicales nombreuses agrémentent la lecture.

Dans la rue j’entends les sirènes est le deuxième roman d’une trilogie mettant en scène Sean Duffy. Je n’ai pas lu le premier de la série (Une terre si froide) mais cela ne m’a pas manqué. On suit très bien les aventures de Sean Duffy en attaquant directement par le tome 2, mais évidemment on perd l’évolution du personnage.

McKinty réussit avec détachement et humour à rendre très agréable à lire un livre décrivant la guerre civile et le marasme économique. Une belle performance !

Extrait :
Sa remarque m’arrache un sourire. Dans aucun poste du RUC que j’ai visité on ne peut prétendre que ça baigne dans l’huile. Ceux qui bordent la frontière sont affligés par la crainte permanente que des roquettes importées de Lybie se mettent à pleuvoir sur eux, dans ceux de Belfast on redoute les émeutes ou les attaques au mortier, et dans les postes à la campagne, plus calmes et moins fortement défendus, on peut essuyer à tout moment une embuscade tendue par une unité entière de l’IRA ou un attentat à la voiture piégée. Aucun policier ne se sentait en sécurité, que ce soit chez lui, au volant de sa voiture, au ciné, au restaurant, nulle part. Jamais le moindre temps mort. Se brûler la cervelle semblait une assez bonne façon d’éviter de se faire tuer.

J’atteins la rue et salue mes voisines immédiates, Mrs Campbell et Mrs Bridewell, tandis que Barbra Streisand porte son interprétation de « Memory » vers un apogée théâtral, chargé en émotion, et les dames tamponnent leurs joues. Le ciel, la chanson, les larmes : ce moment se grave avec une telle précision qu’il m’en restera des réminiscences dans des dizaines d’années. Si Dieu me prête vie…

Barbara Streisand – Memory

Ma note : (4,5 / 5) danslarue-amb

 

 

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8 réponses à Dans la rue j’entends les sirènes – Adrian McKinty

  1. sergio calamai dit :

    Bonjour,
    Je n’ai pas encore lu ce livre et le précédent. Par contre j’ai adoré la trilogie  » A l’automne, je serai peut être mort », « Le fils de la mort » et « Retour de flamme » où le héros est au prise avec la mafia irlandais dans le 1er et 3ème opus et l’IRA dans le second. McKinty est vraiment un auteur très interéssant au niveau des personnages (des gentils pas toujours gentils et des méchants vraiment méchants), des lieux (très bien décrits) et des histoires qui vous tiennent en haleine avec un héros charismatique.
    Auteur vraiment à découvrir.

    • Ray dit :

      Pour ma part j’ai découvert McKinty avec ce dernier roman. Je suis d’accord avec vous : c’est un auteur intéressant. Je ne manquerai pas de revenir sur ses œuvres ultérieurement.

  2. Fabe dit :

    Un auteur que je ne connais pas du tout, merci pour cette découverte et ton avis qui donne envie de s’y atteler ma Poulette.

    • Ray dit :

      Salut Fabe,
      McKinty est un de ces auteurs qui à travers le polar font une observation attentive de la société. Le côté social du livre est aussi important que l’enquête elle-même. Si tu ne le connaissais pas, il est à découvrir.

  3. belette2911 dit :

    Salut mon chou !! Je note le titre que j’avais déjà noté parce que « Lire » en avait parlé en bien.

    Ta grosse nique ne fait qu’ajouter de l’eau à mon moulin ! 😉

    • Ray dit :

      Salut Belette,
      C’est un bouquin intéressant qui nous plonge dans le chaos irlandais de guerre civile mais l’humour et une sorte de détachement font que l’ambiance n’est pas sinistre. Le héros principal Sean Duffy est attachant, un peu tête de mule, ce qui rajoute à son charme. C’est un bon roman d’après d’après la revue « lire » et d’après moi aussi.

  4. Satrape dit :

    Je le note, car je ne connais pas cet auteur et autant commencer avec une valeur sûre !

    • Ray dit :

      McKinty nous donne une vision de son pays, l’Irlande, assez éloignée des prospectus touristiques. Le coté social et l’humour sont souvent présents dans ses romans. C’est un auteur à découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas.

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