Donnybrook – Franck Bill

Par Raymond Pédoussaut

DonnybrookDate de publication originale : 2012 Bill_Franck
Date de publication française : 2014 (Gallimard)
Genre : Roman noir
Personnages principaux : Marine Earl pugiliste – Angus la Découpe, fabriquant et trafiquant de drogue

Marine Ears n’arrive pas à nourrir ses deux enfants et son épouse. Il braque une armurerie et prend 1000 dollars et pas un cent de plus. C’est la somme nécessaire pour s’inscrire au Donnybrook. Le Donnybrook est un tournoi clandestin durant lequel les concurrents s’affrontent à poings nus pendant trois jours. Le dernier debout empoche une prime de 100 000 dollars. L’organisateur, Bellmont McGill, empoche beaucoup plus. Des hordes de spectateurs, assistent aux combats en descendant des litres d’alcool bon marché en s’empiffrant de grillades. Les paris vont bon train, l’argent entre en masse dans la caisse de McGill.

Angus la Découpe et Liz dirigent la fabrication et la distribution de méthamphétamine (la meth). Après un accident de production, Angus se sépare de ses deux collaborateurs. Autrement dit, il les bute. Il part ensuite en compagnie de Liz chercher une ferme abandonnée qui doit lui servir de nouveau laboratoire. Liz, à son tour en a marre d’Angus, elle va s’acoquiner avec Ned, un voyou qui trafique et doit de l’argent à beaucoup de monde. Elle cherche à se débarrasser d’Angus avant de partir vers le Donnybrook avec Ned. Le shérif Whalem poursuit Ned, il va découvrir le cadavre du dernier membre de sa famille et le nom de l’assassin, en route lui aussi vers le Donnybrook. Il part à sa poursuite bien décidé à le faire payer. En chemin il rencontre un étrange chinois, Fu, qui en a aussi après Ned. Tout ce beau monde converge vers le Donnybrook. Le prochain tournoi du Donnybrook va être particulièrement agité.

Il y a dans ce roman une sacrée galerie de portraits. Angus, ancien combattant à poing nus, invaincu, est une vraie grenade dégoupillée. Il est extrêmement dangereux, n’a peur de rien et ce n’est pas les scrupules qui le gênent.  Le riche McGill est un sadique qui se repaît de ces spectacles sanglants. Il est cynique et a le sens des affaires. Il y a aussi des personnages étranges. Purcell est un vieux bonhomme qui a des visions prémonitoires. Le sauvageon Gravier vit dans les bois et n’avait aucun contact avec le monde extérieur jusqu’à ce qu’Angus et Liz débarquent dans son environnement. Fu est un chinois qui sert d’homme de main à un certain M. Zhong. Il pratique des techniques de combat et de neutralisation inconnues. Il joue également un rôle de mentor dans une mystérieuse organisation. Si les hommes sont pour la plupart complètement barjos, il ne faut pas compter sur les femmes pour apporter un peu de modération et de douceur. Elles sont aussi cinglées que les mecs. Liz, par exemple, ne pense qu’à s’envoyer des doses de drogue et des mecs bien montés. Elle n’est pas très portée sur l’amour fraternel : elle commanditera la liquidation de son frère pour lui piquer ses doses de meth. Le seul personnage positif, c’est Marine Earl, qui devient voleur pour une bonne cause. Et là on dirait que Franck Bill ne sait plus faire, confondant personnage positif et un peu idiot. En effet Marine est un voleur qui a une éthique : il ne pique que la somme strictement nécessaire pour pouvoir s’inscrire au tournoi du Donnybrook. En plus il a l’intention de rembourser quand il aura gagné. On peut se demander si c’est de la niaiserie ou de la naïveté : s’il se fait choper, voler 1000 ou 2000 dollars ne ferait pas une grosse différence devant la justice. En volant un peu plus que la somme nécessaire à l’engagement au Donnybrook il aurait pu nourrir ses enfants tout de suite au lieu de les laisser crever de faim en attendant de se faire démolir ou une hypothétique victoire au tournoi. Marine, voleur éthique mais couillon ! Personnage raté à mon avis. D’ailleurs les protagonistes de ce roman se distinguent plus par leur penchant pour l’action sans se poser de question que par leur finesse psychologique.

L’histoire ne se finit pas vraiment, elle est suspendue en attendant probablement une suite dans un prochain livre. Franck Bill semble être devenu un adepte de ces romans à épisodes. J’espère qu’il finira par nous éclairer sur ces mystérieux chinois qui nous parlent de choses incompréhensibles : l’enseignement de Si-Bok Lao, Sifu, l’art du combat … car dans le bouquin présent tout ça paraît bien obscur. Il reste un goût d’inachevé lorsqu’on referme ce livre.

Franck Bill nous montre une Amérique profonde totalement décadente. Les hommes ne pensent qu’au fric, à se défoncer à l’alcool, à la meth ou à grands coups de poings dans la tronche. Le Donnybrook, c’est le retour à la barbarie. L’ambiance de sauvagerie présente dans ce roman rappelle celle de Le Diable, tout le temps de Donald Ray Pollock. Malgré sa violence et sa noirceur le livre se lit facilement. Il y a une formidable énergie dans ce roman. L’action et le suspense sont si présents que le lecteur est complètement accaparé. Donnybrook ne donne pas une image idéale de L’Amérique. Encore un fossoyeur du rêve américain !

Extrait :
Le champ d’herbes en friche contenait assez de véhicules cabossés, dégueulasses et rouillés pour remplir dix stades de football, peut-être plus. Les spectateurs avaient sorti leurs chaises pliantes, leurs glacières. Ils s’étaient installés. Les feux de camp au-dessus desquels grillaient les poulets, les quartiers de chevreuil, les chèvres, les écureuils, lapins et autres ratons laveurs empestaient l’atmosphère. Il en serait ainsi pendant trois jours. Ils vendraient leur nourriture, accompagneraient les cachetons et la came de grandes rasades de bourbon ou d’alcool de contrebande. Ils regarderaient une vingtaine d’hommes pénétrer sur le ring de cent mètres carrés délimité par du fil de fer barbelé, puis combattre jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Ensuite, on appellerait les vingt suivants. Dimanche, les vainqueurs de chaque groupe s’affronteraient. Seul le gagnant demeurerait debout. La gueule en sang, édenté, il attendrait de récupérer son dû en espèces.

Elle emporta sa monnaie et sa bière fraîche jusqu’au juke-box. Les obsédés du cul, prolos ou poivrots à plein temps, la suivirent du regard. Deux dollars dans la machine. Liz étudia la sélection et opta pour du Skynyrd. «The Ballad of Curtis Loew» et «Call Me the Breeze».

Lynyrd Skynyrd – The ballad of Curtis Loew

Ma note : (4 / 5) donnybrook-amb-3

 

 

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2 réponses à Donnybrook – Franck Bill

  1. belette2911 dit :

    Coucou ma Poulette ^_^

    Justement, l’auteur a sans doute fait ça pour prouver à quel point Marine est stupide ! Il vole la somme exacte, veut rembourser, mais il a cassé la gueule du type à mort et le tout en oubliant de foutre sa cagoule :/ Le CON ! Oui, il est con, il a des idéaux, de l’éthique, mais de l’éthique mal placée… Dans sa petite tête, il ne se pose la question de se dire « avec la somme, je donne à bouffer de suite à mes gosses » ou, comme tu dis, voler plus pour donner plus (sarko, sors de ma tête).

    Bon, tu as moins bien aimé, mais on sait pourquoi. Moi, il m’a emballé. 😉

    • Ray dit :

      Salut Belette,
      Je me demande si l’auteur a voulu montrer que Marine Earl est stupide ou s’il a raté ce personnage qu’il aurait voulu plus « gentil » que les autres. Je penche pour la deuxième possibilité, mais je peux me tromper.

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