Derniers pas vers l’enfer – Maxime Houde

Par Michel Dufour

dernierspasverslenferDate de publication originale : 2014 houde
Genres : enquête, thriller, série noire
Personnage principal : Daniel Martineau, enquêteur au SPVM

Houde a déjà écrit six romans policiers mettant en scène un privé des années 1945-1950, Stan Coveleski, aux prises avec des crimes montréalais privés et mafieux et avec ses problèmes personnels, la mort de sa femme, l’abandon de sa secrétaire (son principe de réalité) et la noyade dans l’alcool. J’ai lu trois de ces romans, attiré par le décor montréalais habilement reconstitué, mais méfiant de ce genre de polars qui s’inscrivent dans la lignée de la série noire américaine. Ça n’enlève évidemment rien au talent de Maxime Houde, reconnu par le Grand prix du roman policier de Saint-Pacôme de 2012 pour L’Infortune des bien nantis (voir octobre 2013).

Dans ces Derniers pas vers l’enfer, Houde abandonne les années 40 et Coveleski, et campe son drame ici (Montréal) et maintenant (2013-2014, époque des commissions d’enquête québécoises sur les rapports entre la pègre, les gouvernements, les firmes d’ingénieurs, les magouilleurs chargés d’augmenter les caisses électorales à tous les niveaux, les têtes syndicales…).

L’inspecteur Daniel Martineau n’est pas chanceux : depuis la mort de sa jeune fille adolescente (accident mortel), ça s’est gâté entre sa femme et lui, il a raté des examens pour une promotion au SPVM (Service de police de la Ville de Montréal), ce qui n’a pas amélioré ses relations avec ses collègues, et il a cherché à compenser par la bouteille et surtout par le jeu. Comme on s’en doute, il a plus perdu que gagné, d’où les sommes substantielles qu’il a empruntées à plusieurs mafieux, dont les deux grands rivaux qui se disputent Montréal : Big Ed Sachetti, qui a une tête d’ancien boxeur et laisse courir la rumeur qu’il a déjà terrassé un des frères Hilton; et Vincenzo Blanco, grand sec qui a l’allure d’un homme d’affaires, qui en brasse d’ailleurs de grosses, spécialement la nuit sur le marché noir.

Malgré tous ses déboires, Martineau est confiant de s’en sortir; lorsque Sachetti lui demande de retrouver un de ses gars, il négocie avec lui une réduction de sa dette. Heureux hasard, l’autre caïd, Blanco, lui demande de surveiller Sachetti, qui lui a proposé une sorte d’union pour se partager la ville : qu’est-ce qu’il mijote ? Autre réduction de dette si Martineau fournit des informations pertinentes. Même manège avec Joe Campana, époux possessif de son ex-blonde Caterina, gestionnaire du casino Garden, qui vise à supplanter Sachetti. Tous semblent à la recherche d’une liste qui contiendrait les noms de tous les collaborateurs qui occupent des postes importants dans l’administration municipale et provinciale.

En plus d’être surveillé par les clans ennemis, Martineau est l’objet d’une enquête par ses collègues qui le soupçonnent d’être un ripou. Même chez lui, il est continuellement harcelé par une épouse jalouse et alcoolique. Toujours optimiste, Martineau voit le salut dans l’arrivée à Montréal de Salvatore Greco, un puissant nettoyeur de New York, chargé de mettre de l’ordre : si c’est lui qui va prendre les commandes, aussi bien de lui offrir la liste; restera à la trouver.

Les morts se multiplient. La tension grimpe en flèche. Plus moyen de se fier à qui que ce soit. Martineau n’ose même plus prendre sa Camry. Mais, il entrevoit une lueur au bout du tunnel, par où il pourrait s’enfuir avec Catie et jouir enfin d’une heureuse retraite. Réussira-t-il ce dernier gros coup ?

Bien écrit, bon rythme, bonne histoire. Les personnages sont correctement décrits et, en général, ne manquent pas trop de crédibilité, sauf peut-être dans le cas de l’incorrigible optimiste Martineau, mais les amateurs de série noire préfèrent les excès émotifs aux subtilités des enquêteurs. Et je pense que c’est comme ça qu’il faut lire ces Derniers pas vers l’enfer : un pastiche des polars américains des années 40. De ce point de vue, c’est une réussite. Pour ma part, ce n’est pas un genre que j’affectionne particulièrement, mais j’apprécie toujours un travail bien fait.

Extrait :
Martineau essaie la poignée. Déverrouillée. Il entrebâille la porte juste assez pour jeter un œil de l’autre côté. Un couloir sombre traverse la maison. Martineau est sous l’escalier qui mène à l’étage. Il se faufile dans le couloir, s’adosse contre le mur. Rien. Aucun son. Il se dirige vers l’arrière de la maison en brandissant son Walther devant lui, au bout de ses bras tendus.
Il aboutit dans la cuisine (…)
Cette pièce-ci communique avec le salon. Martineau s’y avance. Le mobilier d’origine ressemble maintenant à des meubles trouvés à la décharge. Des graffitis obscènes et des tags ornent les murs. Des seringues usagées et des cuillères noircies traînent sur une caisse en bois qui sert de table.
A l’autre bout de la pièce, sous les fenêtres bouchées par des contreplaqués, s’étend un canapé usé.
Un homme surgit de derrière, comme un diable à ressort.
Une flamme jaillit de son poing droit.
Une balle claque à l’oreille de Martineau qui, par réflexe, presse la détente du Walther. L’arme tressaille au bout de ses bras tendus en direction de l’inconnu, une, deux, trois fois. Les balles arrachent des morceaux de la rembourrure du sofa et, dans une gerbe de sang et de cervelle, la moitié droite du visage de l’homme, qui s’écroule derrière sa barricade, hors de la vue du policier.

Martineau se reconnaît, coincé, comme dans la chanson de Dylan, Mississipi :

Bob Dylan – Mississipi


Ma note :
(4 / 5) dernierspasverslenfer-amb

 

 

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