Riches à en mourir – Frédéric Andréi

Par Raymond Pédoussaut

RichesaenmourirDate de publication originale : 2014 (Albin Michel) Andrei
Genres : Thriller, société
Personnages principaux : Nicholas Dennac, charpentier, ancien journaliste – Tina Wards, riche veuve, maîtresse de Nicholas

Quelques unes des plus grandes fortunes mondiales reçoivent une lettre bleue contenant une menace de mort si les instructions jointes ne sont pas suivies. En cas de rejet de l’ultimatum, le jour et l’heure de leur trépas sont précisés. Ce n’est pas une menace en l’air : déjà plusieurs riches sont morts exactement à l’heure annoncée, à la seconde près. Malgré les protections renforcées des services de sécurité, ils meurent comme s’ils étaient frappés de crise cardiaque. Leur décès a l’apparence d’une mort naturelle. Quand on est une des plus grosses fortunes mondiales, on n’est pas forcément condamné à mourir l’aorte explosée. On peut y réchapper en faisant le « bien » : partager en donnant la moitié de sa fortune, verser un quart à l’administration fiscale de son pays et un autre quart pour financer les infrastructures des pays pauvres. Il y a de quoi faire : on a dénombré 12 millions de riches dans le monde.

La mort des richards sème la consternation et la peur chez les nantis. Elle exaspère les services de renseignements de tous les pays qui n’arrivent pas à endiguer l’hémorragie des arrêts cardiaques brutaux chez les friqués. Les gouvernements, eux, se réjouissent en douce de recevoir une manne inespérée qui leur permet de réaliser des projets qui ne l’auraient jamais été sans cela. Quant aux pays pauvres, ils sont ravis de voir un miracle se réaliser : argent et compétences affluent pour réaliser des réseaux de distribution d’eau, des écoles, des hôpitaux. Trucider des capitalistes argentés peut rapporter gros aux pauvres.

L’intrigue est originale et bien conçue. D’entrée la curiosité du lecteur est attisée avec cette histoire de Robin des bois moderne. Une partie du suspense réside dans la façon dont les milliardaires sont exécutés : comment peuvent-ils être zigouillés le jour et l’heure prévus, dévoilés à l’avance, alors qu’ils sont entourés de la fine fleur des services de sécurité ? L’autre partie du suspense est dans la découverte de l’identité du ou des tueurs : une organisation mondiale, un loup solitaire ?

On ne va pas s’attarder sur la crédibilité de l’arme du crime imaginée. Il fallait bien trouver un moyen de faire assez peur aux milliardaires pour les contraindre à céder la moitié de leur fortune. Ce moyen utilisé relève plus de la science fiction que de la réalité actuelle mais il permet une mise en situation : tous les fortunés de la planète sont aux abois, certains se voient obligés de choisir entre partager leur fortune ou mourir. Cela fait, Andréi peut développer quelques réflexions intéressantes que je livre en vrac :
richesaenmourir-amb2– La seule façon d’abattre le capitalisme c’est de tuer les capitalistes.
– Il faut contraindre les gens qui ont de l’argent à partager avec ceux qui n’en ont pas.
– Pour sauver les pauvres de la malnutrition et de la maladie on peut sacrifier quelques riches.
– Si une classe en opprime une autre, pour avoir des résultats, il faut supprimez la classe qui opprime. C’est le meilleur moyen de changer les choses : pas de révolution donc économie de vies humaines et résultat optimum.
– La révolution n’est pas la solution. Elle n’est pas efficace, elle ne sert qu’à remplacer un pouvoir par un autre. Aucune révolution n’a réglé les problèmes de l’injustice et de la pauvreté.
– Pourquoi s’émouvoir de la mort de quelques milliardaires alors que celles de millions de pauvres nous laisse indifférents ?
– L’argent est là, il est caché dans des paradis fiscaux, il doit servir à combattre la misère.

Folie, démagogie ou pensée visionnaire ? Je me garderai bien de prendre position. L’auteur ne le fait pas non plus, il se contente d’exposer des points de vue opposés à travers les personnages.

Les personnages sont forts avec des caractères bien trempés. Ils se distinguent par leur dynamisme, leur vitalité et leur esprit de décision.

L’écriture est fluide et alerte. Le ton est humoristique et sarcastique. Les dialogues souvent savoureux. Cependant l’auteur a parfois tendance à en faire un peu trop et à forcer la dose côté dérision. Par moments l’auteur se laisse aller à des explications un peu trop longues et emphatiques qui cassent le rythme du roman. Un peu plus de sobriété n’aurait pas fait de mal.

Riches à en mourir est un livre intéressant qui peut se lire comme un simple thriller. On peut y voir en plus une source de réflexion sur des sujets de société tels que le capitalisme ou le partage des richesses.

Extrait :
– Vous pouvez retourner le problème dans tous les sens, Nicholas Dennac. Si les peuples se soulèvent, c’est qu’ils n’ont plus que cette solution pour mettre fin aux inégalités et aux injustices sociales. Alors, moi qui suis un homme de l’entreprise et du concret, j’ai la culture du résultat et je cherche la solution concrète à ce problème concret, et si l’une de ces solutions est politique, l’autre est concrètement financière. Obligez tous ceux qui ont de l’argent à partager avec ceux qui n’en ont pas ! Vous débouchez ainsi le tuyau où le fric est bloqué depuis des siècles et des siècles ! C’est basique, concret, mais l’argent est là ! Et avec 732 morts vous réussissez parfaitement à effrayer les douze millions d’humains qui en ont plein les poches et qui, comme vous et moi, ont peur de la mort ! Alors quand vous avez terrorisé ces douze millions de riches, soudain ils relâchent tous ensemble leurs sphincters pour déverser toute leur montagne de fric ! Vous voyez, Dennac, nous avons juste inventé le laxatif qui débouche le transit des nantis !

Ma note : (4 / 5) Richesaenmourir-amb

 

 

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4 réponses à Riches à en mourir – Frédéric Andréi

  1. Robert PONDANT (Belgique) dit :

    Bonjour Raymond,
    Merci pour cette belle analyse qui me donne vraiment envie de lire ce bouquin un livre qui m’a l’air très jouissif un peu dans le style du livre de Petros Markaris dans « Liquidations à la grecque », livre que je considère personnellement comme un coup de coeur
    Merci pour ce super boulot dans ce blog dont je suis assidu

    Robert PONDANT (Belgique)

  2. Ray dit :

    Bonjour Robert,
    Tu as raison le livre est assez jouissif. Imagine quelqu’un qui aurait trouvé le moyen de contraindre les super-riches à partager leur fortune ! Après, l’auteur développe aussi quelques idées qui sont plus une réflexion sur des sujets de société qu’un réel engagement politique.
    Merci de nous suivre assidument.

  3. hugo dit :

    Livre très bien écrit, histoire originale, personnages attachants, style richement imagé. L’un des meilleurs polars que j’ai pu lire.

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