Le gardien invisible – Dolores Redondo

Par Raymond Pédoussaut

legardieninvisibleDate de publication originale : 2012 (El guardián invisible)Redondo
Date de publication française : 2013 (Stock)
Genres : Enquête, fantastique, croyances ancestrales
Personnage principal : Amaia Salazar, inspectrice de police

Amaia Salazar est inspectrice de police à Pampelune. Elle se voit confier la responsabilité de l’enquête sur un meurtre de jeune fille qui a eu lieu dans son village natal d’Elizondo. Le corps de la victime, découvert près de la rivière Baztán, a fait l’objet d’une mise en scène macabre. Peu de temps après une autre jeune fille est assassinée dans des conditions similaires, avec le même rituel de présentation du cadavre. On commence à penser à l’œuvre d’un tueur en série, d’autant plus que les meurtres vont continuer. Les croyances ancestrales basques vont ressurgir. On évoque le basujaun, un être mythique, vivant en forêt, 2,50 mètres de haut, baraqué, cheveux sur les épaules et plein de poils. Amaia est une femme moderne qui a fait un stage à Quantico, à l’académie du FBI, pour elle le meurtrier est quelqu’un de bien réel qui habite la région.

A priori la traque d’un tueur en série par un policier tenace ne se présente pas comme une intrigue très originale. Nous avons eu l’occasion de lire ce genre de roman moult fois, c’est un sujet rebattu. Pourtant ici Dolores Redondo arrive à en faire un récit original. D’abord à cause du personnage de l’inspectrice Amaia. C’est une femme en souffrance pour plusieurs raisons. La première étant son enfance : sa mère la haïssait, on ne sait trop pourquoi. La mère a fait subir à sa fille toute sorte de brimades et d’humiliations, elle est même allée jusqu’à essayer de la tuer et n’a échouée que de peu. Tout cela remonte à la surface dans son village d’origine où elle a subi tout cela. L’autre raison du mal être de l’inspectrice est son manque d’enfant. Malgré un mari formidable qui l’adore, elle n’arrive pas à être enceinte. Côté famille, ce n’est pas vraiment la joie : sa mère, démente, est internée, sa petite sœur, en rupture conjugale, déprime et sa sœur ainée n’arrête pas de faire des reproches et de culpabiliser les autres. Seule la tante qui l’a élevée est une personne ouverte et chaleureuse chez qui elle aime se réfugier.

Sujet d’originalité aussi, le cadre. Le Pays Basque espagnol, avec ses traditions et ses croyances, offre un décor peu commun pour une enquête sur un tueur en série. On y rencontre toute une palette d’êtres imaginaires, ou réels, allez savoir ! Le basajaun, c’est un genre de yéti des forêts, les belagiles sont des sorcières, les lamies sont des fées et les Mairu, sont les esprits des enfants mort-nés. Amaia est moderne, je l’ai dit, mais pour elle ces créatures sont bienfaisantes et elle y croit. Elle a raison car certaines vont lui souffler quelques renseignements intéressants.

Malgré le côté folklorique, à la limite du fantastique, l’intrigue tient la route. L’enquête est rationnelle et la découverte de l’assassin, l’aboutissement d’une démarche logique.

L’auteur(e) a réussi un roman original avec un thème qui ne l’est pas. La belle ambiance du Pays Basque, bien rendue par Dolores Redondo, contribue grandement à faire de ce livre une réussite.

Le gardien invisible est le premier volet de la trilogie du Baztán.

Extrait :
— Non, non, un basajaun est une créature réelle, un hominidé d’environ deux mètres cinquante, large d’épaules, les cheveux longs et bien sûr couvert de poils. Il habite dans les bois, auquel il appartient et où il agit comme une entité protectrice. D’après la légende, il veille à maintenir intact l’équilibre de la forêt. Et même s’il ne se montre guère, il est généralement amical envers les humains. Autrefois, la nuit, pendant que les bergers dormaient, le basajaun surveillait les brebis à distance et, si un loup s’approchait, il réveillait les bergers en sifflant fort, selon un code qui lui était propre et s’entendait à des kilomètres à la ronde. Il les prévenait aussi depuis les collines les plus élevées, à l’approche d’une tempête, pour qu’ils aient le temps de mettre les troupeaux à l’abri. Et les bergers le remerciaient en lui laissant sur une pierre ou à l’entrée d’une grotte un peu de pain, du fromage, des noix ou du lait de leurs brebis, puisque le basajaun ne mange pas de viande, expliqua Ros.

 Ma note : (4 / 5) legardieninvisible-amb

 

 

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