La suicidée – Martin Cruz Smith

Par Raymond Pédoussaut

9782702153796-V02.inddDate de publication originale : 2013 (Tatiana)CruzSmith-Martin
Date de publication française : 2014 (Calmann-Lévy)
Genres : Enquête, roman sociologique
Personnage principal : Arkady Renko, inspecteur principal de police à Moscou

Sur une plage proche de Kaliningrad, Joseph, brillant interprète négociateur, est agressé. C’est son carnet de notes qui intéresse l’agresseur, mais ce carnet est codé selon un code tout à fait personnel qui le rend indéchiffrable. Pendant ce temps on enterre à Moscou un puissant homme d’affaires qui était aussi un mafieux notable. Simultanément on inhume Tatiana Petrovna, une journaliste d’investigation particulièrement dérangeante pour quelques dirigeants corrompus. Officiellement elle s’est suicidée. Mais ses amis ne le croient pas, ils réclament une enquête et une autopsie. L’autopsie est impossible puisque le corps a disparu. Arkady Renko, inspecteur principal de police, se trouve pris dans une bagarre entre skinheads et amis de la journaliste. Découvrant ainsi l’histoire de cette journaliste rebelle, il décide d’enquêter. Ses investigations le mèneront à Kaliningrad d’où semblent s’organiser des affaires fort juteuses entre chefs mafieux et dirigeants politiques.

Ce roman est un hommage à Anna Politkovskaïa, célèbre journaliste, militante des droits de l’homme et opposante à Vladimir Poutine. Elle a été assassinée dans des circonstancesAnna_Politkovskaia troubles le 7 octobre 2006 à Moscou. Le livre dénonce également la collusion entre des chefs mafieux et des dirigeants politiques dans le but de détourner des subventions d’état à leur profit. Dans sa volonté de mettre en exergue le manque de liberté et les détournements, l’auteur nous ressort la sombre histoire du sous-marin nucléaire Koursk qui a sombré le 12 août 2000 et le tragique destin de ses 118 hommes d’équipage. Le seul lien entre ces deux évènements, distants de six ans est le système politique opaque que l’auteur veut dénoncer. Si on comprend parfaitement bien cette dénonciation, l’intrigue imaginée pour le faire est assez confuse et manque de rigueur d’un point de vue de chroniqueur de polars. De même une certaine absence de rythme et une intensité dramatique un peu molle font qu’on reste quelque peu extérieur à cette histoire, comme un spectateur distant qui n’est pas complètement absorbé par les évènements.

La crédibilité des personnages est aussi discutable. L’inspecteur Arkady Renko est certes attachant mais comment ne pas s’interroger sur cette décision d’enquêter sur l’assassinat de la journaliste qu’il prend lui-même comme s’il décrétait que c’est un passe-temps valable pour s’occuper un peu. Son adjoint, Victor Orlov, est un grand alcoolique qui arrête miraculeusement l’alcool pendant une enquête. Pas convaincu non plus sur la façon dont le carnet de notes indéchiffrable de l’interprète est décodé par deux jeunes amateurs d’échecs.

L’objectif du roman, montrer une Russie gangrénée par la corruption et soumise à un manque de transparence politique, est parfaitement atteint. Il est louable de s’attaquer aux malversations et aux atteintes à la liberté. Le faire de façon rigoureuse et captivante donne un impact supplémentaire à la critique. C’est ce qui manque, à mon avis, dans ce livre de Martin Cruz Smith.

Extrait :
C’est un opus horribilis. Ou une chronique de la corruption, quel que soit le nom que vous voulez lui donner. Il y a un tel choix niveau corruption qu’il est difficile de savoir par où commencer. Imaginez un fournisseur de l’armée qui détourne trois milliards de roubles du budget qui lui a été alloué pour construire des hangars pour les sous-marins nucléaires. Ça correspond véritablement à cent millions de dollars qui ont été réinvestis dans l’immobilier. D’après la police, quand ils ont fait une descente dans l’appartement d’un des présumés escrocs, ils ont découvert de l’art, des bijoux et, devinez quoi… le ministre de la Défense en personne en compagnie de sa maîtresse.
— Mais ce n’est rien comparé aux sept milliards de roubles qui ont été siphonnés de notre système de navigation par satellites, ce qui explique peut-être tous nos lancements ratés. La liste continue encore et encore. Le ministre de la Défense a reconnu qu’un cinquième du budget disparaissait. On ne peut qu’imaginer ce qu’une enquête indépendante risquerait de découvrir.

Ma note : (3 / 5) lasuicidee-amb

 

 

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