Deep Winter – Samuel W. Gailey

Par Raymond Pédoussaut

DeepwinterDate de publication originale : 2014 (Deep Winter)Gailey
Date de publication française : 2014 (Gallmeister)
Genres : Roman noir, thriller
Personnage principal : Danny Bedford, homme-enfant

Dans la petite ville de Wyalusing, en Pennsylvanie, Danny Bedford suit ses habitudes quotidiennes : nettoyer la laverie automatique où il travaille, aller prendre son déjeuner au bar restaurant où officie Mindy, son amie d’enfance … Danny est particulier : c’est un colosse de 120 kilos avec un esprit d’un gamin de huit ans. Presque tout le monde se moque de lui, l’humilie, le maltraite. Seuls le propriétaire de la laverie où il travaille et son épouse le traitent bien, ils le paient pour l’entretien des locaux et lui procurent aussi un logement, une petite chambre au-dessus de la laverie. Et puis il y a Mindy, l’amie de jeunesse, qui est toujours gentille avec lui. Elle le protège contre les gens méchants et grossiers. Et il y en a à Wyalusing, notamment l’adjoint au shérif, Sokowski et son acolyte Carl qui le suit et lui obéit comme un petit chien. Danny a un don pour sculpter dans le bois de petits animaux. Le jour de l’anniversaire de Mindy il a particulièrement soigné ce rouge-gorge qu’il a façonné pour elle. Pour lui offrir son cadeau, il se rend au mobil-home où habite son amie, et là il trouve Mindy morte. Aussitôt l’adjoint Sokowski le désigne comme coupable. Danny est arrêté et blessé. Il réussit cependant à s’enfuir, il se réfugie dans la forêt. En plein hiver, avec la neige et le froid. La chasse à l’homme est lancée.

Comme dans une tragédie classique, l’intrigue se déroule en 24 heures. Cette concentration des évènements donne un suspense intense. Par ce côté ce roman s’avère être un excellent « page turner ». On est rapidement accroché et il faut se faire violence si on a décidé de ne pas passer une nuit blanche à lire. Mais ce roman est bien plus qu’un thriller réussi. Il y a aussi toute une palette de personnages finement esquissés. Le livre est structuré en une série de chapitres, chacun consacré à un personnage. Nous trouvons ainsi : – le grand benêt attardé qui ne ferait pas de mal à une mouche (Danny) – la fille sympathique qui commence à vieillir et s’interroge sur sa vie (Mindy) – le vrai salaud, brutal et méchant (Sokowski) – le lâche qui culpabilise (Carl) – le shérif débonnaire et bienveillant (Lester) – l’alcoolique qui essaie de cacher son addiction (Taggart) et d’autres encore, tous bien analysés. Ces portraits se complètement et s’assemblent pour former un puzzle sombre et tragique. Au passage l’auteur réussit aussi à décrire d’une façon saisissante le rejet de ceux qui sont différents, la méchanceté qui s’exerce contre eux. Il y a quelques scènes d’une effrayante cruauté. En plus de tout cela, c’est bien écrit et superbement traduit par Laura Derajinski. C’est clair, efficace, percutant.

Si l’on veut reprocher quelque chose à l’auteur ce serait peut être l’utilisation d’artifices : Danny est un homme démuni qui n’est pas de taille à résister aux méchants, alors pour l’aider, il y a une petite voix dans sa tête qui lui donne des conseils forts judicieux. Une biche à trois pattes le guide également en pleine forêt. L’aide du ciel en quelque sorte. Une touche de fantastique qui offre des facilités.

Deep Winter est un bon polar. C’est le premier roman de Samuel W. Gailey. C’est un début réussi.

Extrait :
Dans sa large paume gauche, Danny serrait une petite figurine en bois, un rouge-gorge qu’il avait lui-même sculpté. Ses mains étaient plus grandes que la moyenne – pareilles à celles d’un joueur de foot américain. Mais Danny ne jouait ni au football ni à aucun autre sport de balle ou de ballon car il n’était pas doué.
T’es bien trop lent, nom de Dieu, et bien trop maladroit, répétait toujours oncle Brett.
Les longs doigts de Danny agrippaient l’oiseau en bois qui s’enfonçait dans sa paume moite et douce, au point de lui laisser des petites indentations en croissants de lune. Il baissa les yeux vers la figurine, la fit tourner plusieurs fois, toucha son bec, ses ailes, les plumes de sa queue, puis la posa près de la tête de Mindy, prenant garde de ne pas tacher l’oiseau dans le sang.

 

Ma note : (4 / 5) deepwinter-amb

 

 

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