Écrire le mal – Claude Champagne

Par Michel Dufour

écrire-couvDate de publication originale : 2014 (Druide)Champagne
Genres : noir, psychologique
Personnage principal : Jean Royer, écrivain

Claude Champagne a écrit pour la scène, la radio et la télévision. Il a publié pièces de théâtre et romans pour la jeunesse. Il enseigne actuellement la littérature. Écrire le mal est son premier polar.

Jean Royer est un écrivain victime de fréquentes crises d’angoisse, colérique et solitaire. Sa fille, Charlotte, est disparue il y a six ans. Sa femme, Lucie, est partie elle aussi, incapable de supporter la vie avec lui. Son père, avec qui il ne s’entendait pas tellement, vient de mourir. Il hérite de l’agence de détectives de son père. Ce n’est pas un travail qui l’intéresse vraiment; il a donc l’intention de vendre cette agence, peut-être aux deux détectives qui ont toujours travaillé avec son père, sauf qu’ils ne sont probablement pas assez riches pour l’acheter.

Au moment où il s’apprête à dire aux deux détectives qu’il projette de vendre l’agence, une femme vient se plaindre qu’on a tué son chien. Dans un boisé, il découvre plusieurs animaux torturés et tués. Il décide de retrouver le sadique qui a commis ces atrocités, imaginant une sorte d’analogie entre ce malade et celui qui a enlevé sa fille. Un ancien flic de l’escouade canine, Marcel Deschamps, et les deux détectives de l’agence, Fernand Levasseur et Roger Leduc, décident de l’aider.

Se produisent alors des événements mystérieux : il semble que le suspect Sébastien Marchand tue et mutile des gens en citant sur le mur des textes de jeunesse de Jean. Ce dernier voit là un lien entre les crimes actuels et l’enlèvement de sa fille. Il reçoit d’ailleurs des messages sur son ordi de quelqu’un qui prétend être sa fille. Marcel entreprend de remonter à l’origine des messages et se fait battre à mort. Jean suit la piste d’André Vadeboncoeur, le complice et mentor de Sébastien Marchand, découvre où il loge, le bat et l’étrangle presque. Estimant s’être trompé, il reprend ses esprits et fonce tête baissée dans un piège qui lui coûtera presque la vie.

J’ai essayé ici de mettre un peu d’ordre dans un récit d’autant plus déconcertant qu’il est raconté dans un journal de type fourre-tout (le journal que Jean commence après la mort de son père et la découverte des animaux mutilés). Dans ce journal, seront inclus le journal du père de Jean et du suspect Sébastien Marchand; une séance chez le psy; les démarches des enquêteurs et les réflexions et introspections de Jean. Les déplacements dans le temps n’aident pas à s’y retrouver. J’ai eu l’impression que l’imagination de l’auteur l’emportait de beaucoup sur la rigueur de la construction. Notre personnage principal parle beaucoup et analyse continuellement ses humeurs. Il se trouve lui-même assez anormal, ce qui permet à l’auteur de ficeler des dialogues entre Jean et Marcel, ou avec le policier, ou avec les deux détectives, qui sont peu crédibles. Le projet artistique des deux illuminés, moteur de toute cette histoire, est difficile à prendre au sérieux, sauf si on s’entend pour dire que ce sont de grands malades, et alors l’inconvénient c’est que, avec des malades, on peut dire et faire n’importe quoi. Tout ça pour dire que je n’ai pas été capable de prendre cette histoire au sérieux.

Des commentateurs ont souligné des points positifs : Champagne n’abuse pas des scènes de tortures d’animaux et, en fonction de l’ensemble du récit, on peut dire que leur place est justifiée. L’imagination est, sans doute, un des atouts de ce premier polar; j’apprécierais qu’elle soit plus encadrée par une structure rigoureuse. Autrement, on a l’impression que la confusion qui accable le lecteur est moins due à l’habileté machiavélique de l’auteur qu’à son laxisme. Enfin, l’enquête, si enquête il y a, n’aboutit pas vraiment : heureusement que les criminels voulaient se faire prendre, qu’ils donnent leur adresse et attendent la police. C’est en ce sens que d’aucuns pourraient considérer ce roman plus comme une étude psychologique que comme un polar.

Extrait : 
Comment me sortir de ce bourbier ? La police ne m’offrait aucune protection particulière. Au contraire, aux yeux des policiers, je représentais un suspect ! Je ne pouvais me fier à eux pour capturer rapidement le déséquilibré. Ils ne possédaient, de toute façon, pas toutes les informations. J’aurais pu leur en révéler plus… Cependant, j’avais encore en mémoire une phrase de Marcel. Il affirmait avoir ses raisons pour ne pas divulguer des pans de notre enquête aux policiers. La suspicion régnait d’un côté comme de l’autre dans cette affaire.
Quelles étaient mes options ? Soit je laissais tomber et je me cachais ou je m’enfuyais quelque part, le temps que ça se tasse. Soit je mettais tout en œuvre, aidé de Roger et de Fernand, pour retrouver moi-même le salaud. S’ils acceptaient, bien sûr. Ce n’était pas gagné, considérant l’attitude de Roger devant les policiers. Il n’était pas prêt à tout risquer.
L’idée d’un voyage avait quelque chose de séduisant. Partir. Loin. Longtemps. Et écrire. Jusqu’ici dans ma vie l’écriture m’avait servi de refuge. Je m’isolais du bruit et de la fureur du monde pour mieux percevoir mon vacarme intérieur.

Ma note : (3 / 5) écrire-amb

 

 

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