Sur les ossements des morts – Olga Tokarczuk

Par Raymond Pédoussaut

surlesossementsDate de publication originale : 2010 Tokarczuk
Date de publication française : 2012 (Éditions Noir sur Blanc) – 2014 (Libretto)
Genres : Polar ethnique, crimes mystérieux
Personnage principal : Janina Doucheyko, femme retraitée, défenseur des animaux

Janina Doucheyko vit dans un petit hameau de la campagne polonaise. L’hiver elle a peu de voisins. La plupart des habitants du hameau se retirent en ville pendant cette période de l’année, ils ne reviennent qu’au printemps. Un matin son voisin vient la chercher : Grand Pied est mort. Grand Pied est le surnom qu’elle donne à son autre voisin. Celui-ci semble s’être étranglé avec un petit os d’animal. C’est le début d’une série de décès bizarres. La police enquête mollement, sans résultat. Janina, elle, a une explication : c’est une vengeance des animaux. Toutes les victimes étaient des « criminels », des chasseurs impénitents. Quand elle expose sa théorie, les gens la prennent pour une douce foldingue.

Le roman est centré sur le personnage de Janina. C’est une femme vieillissante, qui souffre de problèmes de santé récurrents. Pour les gens du coin, c’est une gentille petite vieille, un peu farfelue, qui protège les animaux. Outre les animaux, Janina a deux passions : les horoscopes et l’œuvre de William Blake. Son apparence ne laisse pas supposer que Janina est quelqu’un de cultivé. Elle est ingénieur des Ponts et Chaussée : elle a construit des ponts en Syrie, au Liban et en Pologne. La maladie a mis fin à sa carrière d’ingénieur, elle est devenue ensuite institutrice. À sa retraite, elle s’est retirée dans ce coin perdu. Elle fait maintenant du gardiennage pour ces voisins, ceux qui migrent vers la ville pendant l’hiver, elle surveille leurs maisons. Pendant le reste du temps, elle étudie et traduit William Blake, en compagnie d’un de ses anciens élèves. Elle élabore aussi des horoscopes. À l’aide de son ordinateur portable, elle poursuit un projet : déterminer la date de la mort d’une personne en fonction de son thème astrologique. Et ça marche pour ceux qui sont morts brutalement ces derniers temps : c’était écrit dans les astres ! Autre trait de caractère de Janina : elle a des théories sur un peu tout, complètement différentes des idées communément admises : les enfants, le fonctionnement du corps humain, l’attirance … et bien sûr les animaux. Autre manie de la dame : elle donne un surnom aux gens, le nom qui leur convient le mieux, leur vrai nom. Une sacrée bonne femme, Janina Doucheyko !

Le roman est bien écrit et bien traduit par Margot Carlier qui a su transcrire en français l’humour pince-sans-rire permanent.
Surprenant polar ! On y trouve du mystère, du fantastique, de l’humour, et de la poésie. Un excellent roman que toutefois certains chasseurs pourraient ne pas apprécier.

Quelques mots sur l’auteure : Née en 1962, elle a étudié la psychologie à l’Université de Varsovie. Elle est l’auteur polonais contemporain le plus traduit dans le monde. Cinq de ses livres ont déjà été publiés en France : Dieu, le temps, les hommes et les anges (1998), Maison de jour, maison de nuit (2001), Récits ultimes (2007), Les Pérégrins (2010) et Sur les ossements des morts (2012). A reçu le prix Niké (équivalent polonais du Goncourt) pour Les Pérégrins.

Extrait : 
 J’ai la conviction profonde que ces hommes ont été victimes d’un meurtre, et je fonde cette conviction sur deux types d’observations.
Premièrement : à chaque fois, des animaux étaient présents sur la scène du crime. Dans le premier cas, le témoin Swierszczyiïski et moi-même avons vu un groupe de biches (alors que leur camarade, dépecée, se trouvait déjà dans la cuisine de la victime). Pour ce qui est du Commandant, des témoins, parmi lesquels la soussignée, ont remarqué un grand nombre d’empreintes de sabots sur la neige autour du puits dans lequel son corps a été découvert. Malheureusement, les conditions météorologiques défavorables à la police ont provoqué la destruction rapide de ces preuves capitales, qui nous menaient tout droit vers les auteurs de ces deux crimes.
Deuxièmement: j’ai analysé quelques informations significatives dans le cosmogramme (couramment appelé horoscope) des victimes ; dans les deux cas, il apparaît avec évidence qu’elles ont très bien pu subir une agression mortelle de la part des animaux. Il s’agit d’une conjonction extrêmement rare des planètes sur laquelle je voudrais attirer votre attention. Je me permets de joindre les deux horoscopes en question à cette missive dans l’espoir qu’ils seront étudiés par l’astrologue de la police, qui pourra confirmer ainsi mon hypothèse.

 

Ma note : (4,5 / 5) surlesossements-amb

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Ce contenu a été publié dans Ethnique, Humour, Polonais, Remarquable. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

6 réponses à Sur les ossements des morts – Olga Tokarczuk

  1. Ingannmic dit :

    J’avais moi aussi apprécié ce juste équilibre entre divers genres. Un roman vraiment original, qui donne envie de s’intéresser de plus près à la littérature de l’est, un peu méconnue..

    • Ray dit :

      Du coup, je suis allé lire ta chronique. En effet, nous avons tous les deux notés un mélange des genres assez heureux, pour une fois. J’ai aussi vu que la première couverture de Noir sur Blanc que tu présentes est beaucoup plus impressionnante que cette dernière de Libretto.

  2. Valentyne dit :

    Un plaisir de relire cet extrait 🙂
    Bonne soirée
    Et je me note d’emprunter les « Pérégrins » à la bibli 🙂

    • Ray dit :

      Pérégrins, que je n’ai pas lu, est très différent de Sur les ossements des morts m’a-t-on dit. Ce livre a été récompensé par le prix Niké (équivalent polonais du Goncourt).

  3. La lettrie dit :

    Un roman, en effet, très original et au dénouement… surprenant. Comme beaucoup de romans, polars ou non, d’Europe Centrale. Belle chronique !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*