Dans le grand cercle du monde – Joseph Boyden

Par Raymond Pédoussaut

DANS_LE_GRAND_CERCLE_DU_MONDE_JAQUETTE_Mise en page 1Date de publication originale : 2013 (The Orenda)Boyden
Date de publication française : 2014 (Albin Michel)
Genres : Historique, aventures
Personnages principaux : Oiseau, chef Huron – Christophe Corbeau, missionnaire français – Chutes-de-Neige, jeune Iroquoise

Dans les contrées sauvages du Canada, au 17ème siècle, les Hurons et les Iroquois se livrent une guerre sans merci. Ce sont des peuples indiens très proches ce qui ne les empêche pas de se massacrer avec entrain. Parmi les Hurons se trouve un intrus. Il s’agit d’un prédicateur français qui s’est donné comme mission de porter la bonne parole aux « sauvages ». Sa soutane noire lui vaut l’appellation de corbeau chez les indiens. Il est plus ou moins admis : les indiens le traînent comme un boulet et ne lui font pas de cadeau. Mais c’est un tenace. Il amènera ces sauvages à la vraie foi, la sienne. Il n’en doute pas, Dieu est avec lui. Chez les Hurons, leur chef nommé Oiseau, est un grand guerrier qui a perdu sa femme et ses deux filles, victimes des Iroquois. Son désir de vengeance est grand. Il mène souvent des opérations contre le peuple ennemi. Au cours de l’une d’elle, il massacre une famille entière mais recueille Chutes-de-Neige, une adolescente rescapée. Il décide de l’adopter, ce sera sa fille de substitution. Mais Chutes-de-Neige est rebelle, elle n’accepte pas facilement son nouveau père.

Ce roman épique est conté par trois personnages qui donnent en alternance leur vision des événements : – Christophe Corbeau, le prédicateur français – Oiseau le chef Huron et – Chutes-de-Neige, jeune fille iroquoise. Ce procédé permet à l’auteur de montrer la différence de croyance et de conception de la vie entre les tribus indiennes et l’avant garde de la colonisation européenne représentée par les missionnaires catholiques, les corbeaux. Pour Christophe, le corbeau, sa mission est simple et grande : il doit sauver l’âme de ces sauvages qui se sont fourvoyés dans l’idolâtrie et les amener à reconnaître le Grand Génie et son fils Jésus-Christ. En vivant parmi eux, Christophe va découvrir que les indiens ne sont pas des sauvages simples et cruels, qu’ils sont organisés en communautés complexes, avec leur propre culture et des valeurs qui valent bien celles des européens.
Pour façonner le personnage de Christophe, Joseph Boyden s’est inspiré de la vie de Jean de Brébeuf, missionnaire venue de Normandie et mort tragiquement, capturé par les Iroquois.

Les personnages incarnent non seulement leur propre destin mais aussi quelque chose de plus grand qu’eux : leurs croyances et leur culture. L’auteur a parfaitement réussi à faire passer dans son roman cette dimension supérieure.

Le titre original The Orenda, signifie l’âme chez les indiens, donne mieux la dimension supérieure de l’homme que le titre français un peu trop ronflant à mon goût et beaucoup mois évocateur.

Dans le cercle du grand monde est un livre parfois violent (quelques scènes de tortures sont difficiles à supporter), toujours intéressant et instructif. Le tout dans une histoire qui reste captivante de bout en bout. Un excellent roman.

Extrait : 
– Tu essaies de les convaincre que ce qu’ils savent avec certitude est en réalité faux, dit Petite Oie.
– Je leur montre juste une meilleure voie, une chance de vivre différemment.
– En voulant faire cela, tu détruis l’équilibre des générations, réplique-t-elle. Tu vas diviser ce village, affaiblir tous les Wendats. Alors, les Haudenosaunees le sauront et ils passeront à l’action.
– Tu m’accordes trop de pouvoir. Je n’ai pas celui de diviser une nation.
– Les paroles de ton wampum sont à l’opposé de nos croyances, déclare Petite Oie comme si elle ne m’avait pas entendu.
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Ton wampum affirme que tout dans le monde a été créé pour le bénéfice de l’homme. Ton wampum affirme que l’homme est le maître et que tous les animaux sont nés pour le servir.
– Et ce n’est pas vrai ? »
Elle secoue la tête, sourit. « Notre monde n’est pas le même que le tien. Les animaux de la forêt ne se donnent à nous que s’ils jugent bon de le faire.
– Tu prétends donc que les animaux sont capables de raison ? Qu’ils ont une conscience ?
– Je dis que les humains sont les seuls dans ce monde à avoir besoin de tout ce qu’il contient. » Petite Oie lâche la natte d’Isaac. « Or, ce monde ne contient rien qui ait besoin de nous pour survivre. Nous ne sommes pas les maîtres de la terre. Nous en sommes les serviteurs.
– Et moi, je suis ici pour être leur serviteur. » Je lève les bras en me tournant vers l’assistance. Je sais que je n’aurai pas le dessus dans cette discussion avec Petite Oie. Il faut de l’habileté et du temps pour vaincre le Démon. « Disons une prière avant notre repas. »

Ma note : (4 / 5) danslegrandcercle-amb

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Ce contenu a été publié dans Aventure, Canadien, Historique, Remarquable, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*