Caucase Circus – Julia Latynina

Par Raymond Pédoussaut

CaucasecircusDate de publication originale : 2005 (Niyazbek)Latynina
Date de publication française : 2011 (Actes Sud)
Genre : Thriller géopolitique
Personnages principaux : Niyazbek Malikov, chef de bande – Vladislav Pankov, représentant du Kremlin dans les républiques du Caucase

Dans les républiques régionales du Caucase sous tutelle de la Russie, la prise d’otages est un sport national. Vladislav Pankov, un jeune russe est enlevé par un chef de bande tchétchène qui l’enferme dans une cave et l’oblige à jeter aux chiens les cadavres d’autres prisonniers russes morts en détention. Niyazbek, un autre chef de bande, vient libérer des co-détenus au nom des liens familiaux, sacrés dans le Caucase, et par la même occasion il rend sa liberté à Pankov. Neuf ans plus tard, Pankov revient dans le Caucase en tant qu’ambassadeur de la Russie dans la république régionale d’Avarie-Dargo-Nord, sous l’autorité de Moscou. Ici règne la corruption et le népotisme. Pankov est un homme intègre qui refuse les cadeaux des hommes de pouvoir local, à leur grand étonnement : ils n’avaient jamais vu ça : le prédécesseur de Pankov recevait des cadeaux d’anniversaire tous les mois. Pankov va découvrir une monstrueuse pagaille qui profite à tous ceux qui ont du pouvoir : les bandits se partagent le butin avec les services secrets russes, les séparatistes musulmans ne jurent que par la charia, la présidence de la république amasse une colossale richesse sur le dos de ses concitoyens. Le Kremlin laisse faire tant que la subordination à la Russie n’est pas mise en cause et certains en profitent pour se servir au passage. Seul le chef de bande Niyazbek a d’autres aspirations que l’enrichissement personnel.

Julia Latynina nous donne une image hallucinante des républiques du Caucase dépendantes de la Russie. Dans cette pétaudière tout s’achète : un poste de directeur d’usine, une place de député, de ministre … C’est selon ses moyens. Tout le monde est armé et se sert des armes. Quand un poste visé est déjà occupé, on le libère d’un coup de fusil-mitrailleur. Ce qui fait que tous les notables roulent en Mercedes ou quatre-quatre blindé, ce qui ne les met pas forcément à l’abri de la convoitise d’un concurrent qui ne va pas hésiter à utiliser un lance-roquette pour rendre vacante la place briguée. Ce foutoir généralisé ne déplaît pas aux représentants du pouvoir russe qui y trouvent leur compte. C’est pour cela que le nettoyage voulu par Vladislav Pankov suscite plus de réprobation que d’enthousiasme de la part des hiérarques russes.

Julia Latynina n’y va pas avec le dos de la cuillère. Elle sait de quoi elle parle, elle s’est bien documentée. Il faut lui reconnaître un grand courage pour oser des critiques aussi virulentes contre le pouvoir russe quand on connaît la longue liste des opposants à Poutine assassinés. Espérons qu’un jour son nom ne viendra pas s’ajouter à cette liste. Le ton n’est pas celui de la colère ni de la dénonciation. L’auteure décrit tous les crimes, magouilles, luttes de pouvoir, avec ironie, moquerie et impertinence, comme si tout cela était dérisoire et ridicule. Cependant la critique est féroce.

Pour une fois le titre donné par l’édition française illustre mieux le contenu du roman que le titre original Niyazbek. Caucase Circus est un excellent roman noir et sanglant de géopolitique qui nous éclaire sur les relations que la Russie entretient avec les républiques du Caucase. C’est édifiant.

Par l’originalité du sujet et la prise de risque qu’implique la publication d’un tel brûlot dans un pays gouverné par Poutine, on peut dire que Julia Latynina renouvelle le genre polar.

Julia Leonidovna Latynina est née en 1966. Journaliste économique, connue pour son opposition à Poutine et son franc-parler, elle signe régulièrement des articles montrant les liens entre le crime et l’économie. En France ses romans sont publiés par Actes Sud.
Caucase Circus est le premier tome de la Trilogie du Caucase. Il est suivi de Gangrène et de La gloire n’est plus de ce temps.

Extrait : 
En substance, leur rapport à la Russie tenait en ceci : les deux milliards, c’est le tribut du faible au fort, du boutiquier au rançonneur, de l’empire agonisant aux peuples arrogants des montagnes. Depuis quand le rançonneur refusait-il de tondre les marchands ? Deux milliards, c’était de l’argent ; cela permettait de corrompre l’élite de la république, même si le président en volait la moitié.
Deuxième raison. Niyazbek sentait que, encore un peu, et l’on aurait peur de lui plus encore que du président Aslanov. Le président Aslanov tuait des hommes, se faisait ériger des monuments et prenait des pots-de-vin. Mais le président Aslanov ne dirigeait pas la république, sauf à appeler “diriger” la possibilité de tuer ou d’arrêter n’importe qui sur son territoire. En matière de gouvernance, c’était le règne de la pagaille. Les deux tiers du pétrole de la compagnie dirigée par le fils du président s’envolaient par des trous percés dans les pipelines.

Ma note : (4 / 5)Village in valley

 

 

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