Des morts bien pires – Francisco Gonzáles Ledesma

Par Raymond Pédoussaut

desmortsbienpiresDate de publication originale : 2013 (Peores marieras deLedesma morir)
Date de publication française : 2014 (Payot & Rivages)
Genre : Enquête
Personnage principal : Inspecteur Ricardo Méndes

 Une jeune femme est poursuivie par un tueur dans les rues de Barcelone. Son assassin la rattrape à la porte d’un appartement dans lequel elle tente de se réfugier. Dans l’appartement une gamine a tout vu. Il y aura deux victimes.
L’inspecteur Méndez est au placard, il est interdit d’enquête. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir son idée : ce double meurtre est lié à une affaire de traite des blanches. Bien que son chef lui ait formellement interdit de mettre son nez dans cette affaire, Méndez va mener sa propre enquête, en solo et en douce car lui n’oublie jamais les morts, encore moins s’il s’agit de jeunes femmes.

Dans ce roman nous retrouvons pour la dernière fois l’inspecteur Ricardo Méndez, l’inspecteur de police peu conventionnel, héros récurrent de Ledesma. Méndez est encore plus proche de la retraite que lors des précédents romans. Ses chefs et les autres policiers sont impatients de le voir partir. C’est que Méndez a sa façon de mener ses enquêtes, il a pour habitude d’entreprendre des actions illégales et se moque complètement de la loi officielle. Pour lui la seule loi qu’il respecte est la loi de la rue. En plus il manifeste beaucoup de compréhension, voire même de l’affection pour les paumés et les prostituées, ce qui n’est pas compatible avec son métier. Il est amoureux de sa ville, Barcelone, mais il se lamente de la voir autant changer. C’est un nostalgique, il a de nombreux souvenirs liés aux petites rues et aux bars. Méndez a un côté passéiste. Bref, c’est un vieux. Mais un vieux avec encore beaucoup de ressources, physiques et morales. Il est capable de débrouiller une enquête quand ses collègues patinent complètement. C’est encore le cas dans ce dernier roman.

Dans cette enquête il a affaire à un réseau international de prostitution qui réduit des jeunes femmes à l’esclavage. Cette organisation brasse de gros intérêts, à sa tête un riche et puissant importateur très bien implanté dans la bourgeoisie espagnole. Rien de bien nouveau. Ce qui fait l’originalité du livre c’est la personnalité de l’inspecteur Méndez et les nombreuses digressions sur la ville de Barcelone qui n’est plus ce qu’elle était, sur le temps qui passe, sur les souvenirs du policier des rues, sur son affection pour les femmes et sur la fascination que leurs jambes exercent sur lui.

Des morts bien pires est empreint de nostalgie. La nostalgie ressentie par le personnage principal mais aussi celle du lecteur conscient de lire la dernière aventure du sympathique Ricardo Méndez et l’ultime livre d’un auteur de polars de qualité.

Extrait : 
Méndez ne pouvait s’empêcher de penser à ce monde nouveau. Maintenant, toutes les ressources de la nation la plus puissante du monde existaient bien encore, mais elles étaient entre des mains privées. Les vieilles armées, les vieilles usines, les vieux arsenaux et les vieux fonds secrets constituaient maintenant des mafias.
Leur pouvoir s’étendait jusqu’au moindre recoin de la planète, y compris les petits recoins où se mouvait Méndez. Méndez n’était rien, et il était parfaitement conscient que ces mafias disposaient d’un grand avantage, à savoir l’ambition humaine la plus désespérée et la plus légitime : vivre mieux. Si les masses d’affamés du Guatemala, du Salvador, du Honduras ou du sud du Mexique en étaient à risquer le tout pour le tout (faim, soif, viols, vols, désespoir, mort) afin de trouver un avenir meilleur aux États-Unis, que ne feraient pas les femmes russes, roumaines ou polonaises pour gagner un eldorado où tout devenait possible ? Comment n’allaient-elles pas croire les paroles de gens, spécialistes en la matière, qui leur juraient qu’en un rien de temps elles auraient un monde nouveau à leur portée ?
Pour ces mafias, le matériel humain était inépuisable.
Pour ces mafias, le profit était éternel.

Ma note : (4 / 5)desmortsbienpires-amb

 

 

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