La Misère des Laissés-pour-compte – Maxime Houde

Par Michel Dufour

lamiseredeslaissesDate de publication originale : 2015 (Alire)houde
Genre : roman noir
Personnage principal : Stan Coveleski, détective privé

J’ai déjà commenté trois romans de Maxime Houde, dont deux mettant en vedette le privé Stan Coveleski, un détective de roman noir, sauf qu’il ne boit plus, ne s’adonne pas à la drogue, ne baise pas beaucoup, et il fume comme une cheminée. La série des Coveleski se passe à Montréal à la fin des années 40. La commission Caron s’apprête à dénoncer les liens entre la pègre, la police et les activités illicites. Coveleski a quitté les forces de l’ordre à cause de la violence que manifestaient ses collègues et des magouilles dans lesquelles traînaient plusieurs policiers.

Dans La Misère des Laissés-pour-compte (le septième de la série), un indic de Coveleski, en état de panique, Fernand Dubois, téléphone au détective, lui dit qu’il est pourchassé par deux sombres individus, et lui fixe un rendez-vous au Nite Cap, un club de nuit douteux. Stan s’y rend; Dubois n’y est pas, mais les deux malabars qui le suivaient font passer un mauvais quart d’heure au détective pour savoir où est Dubois et où est la marchandise. Et ce n’est pas la dernière fois que Stan se heurtera à Eddie et Lulu.

Tout en continuant de chercher Dubois, Stan accepte une nouvelle enquête : le père de sa fiancée Paméla, l’architecte Viateur Cormier, lui confie que le coffre-fort de son bureau a été cambriolé; Cormier apprécierait mettre la main sur le coupable.

On découvre le cadavre de Dubois, tandis que Jacques Ramsay, suspect dans le cambriolage de Cormier, disparaît à son tour. Les policiers O’Brien et Lebeau passent Stan à tabac pour savoir qui l’a engagé dans sa nouvelle enquête. Le chef Rivard le tire de là et espère sa collaboration. Stan lui remettra plus tard la monnaie de sa pièce.

L’enquête traîne un peu; on découvre un autre cadavre; puis la fameuse valise et son contenu étonnant. Derrière les apparentes évidences, Coveleski finit par comprendre l’imbrication des deux affaires sur lesquelles il travaillait, la logique de leur enchevêtrement, et la signification ultime d’une mise en scène rusée dont il fut la première victime.

Toute cette histoire se lit et se suit très bien. Mais il ne faut pas demander à Houde ce qu’il ne veut pas nous donner. Même s’il aime bien Chandler et Hammett, il ne se prend pas pour ces caïds du roman noir américain. Et, comme l’action se passe il y a plus de 60 ans, il sait bien qu’il ne peut pas produire les mêmes effets sur le public d’aujourd’hui. Mais, même si la violence est atténuée par le décalage temporel et par l’humour du personnage principal,  Houde construit de véritables pastiches des hardboiled américains des années 30 à 60, popularisés en France (et indirectement au Québec) par Marcel Duhamel, Gallimard, Série noire, créée en 1945) : nous avons donc droit à la femme fatale (ici, la secrétaire Bianca), à l’argent comme moteur de l’histoire, aux policiers violents et corrompus, et, par opposition, au flic intègre (même s’il est assez désabusé et critique de la société, Coveleski conserve un brin d’idéalisme), solitaire, et faussement froid (pour dissimuler sa vulnérabilité).

Ne reprochons pas à Coveleski de ne pas être Poirot, ou aux intrigues de Houde d’être moins rigoureuses que celles de Conan Doyle : par opposition aux romans à énigmes classiques, le roman noir utilise l’intrigue comme prétexte pour décrire et dénoncer une société corrompue ou injuste. C’est le côté réaliste du roman. Alors que, d’un autre côté, certaines scènes frisent la caricature : Stan a une capacité d’encaisser qui défie les statistiques et fait penser à Rocky. Ou encore : c’est vrai que l’articulation de l’histoire de l’indic et celle du cambriolage du coffre-fort de Cormier laisse une bonne part au hasard. Peu importe : le développement des relations entre Stan et son « beau-père » est beaucoup plus sérieux. Et il atteint un sommet, a point of no return, à l’occasion d’un rebondissement bien fignolé qui parachève plusieurs strates de l’histoire.

Un roman qui cherche, donc, moins à édifier qu’à divertir, tout en distillant, mine de rien, une critique sérieuse de la société.
Un sain divertissement, donc.

Extrait : 
Je m’apprêtais à me relever quand la crosse du Beretta s’écrasa contre mon occiput. Je poussai un juron et tentai de m’asseoir, mais me retrouvai allongé sur le dos.
La pièce tournait. Mon corps avait envie d’une sieste, alors que mon esprit voulait que je me lève. Comme ça arrive souvent dans des cas comme celui-ci, mon corps l’emporta.
(…)
Une main me secoua l’épaule. J’ouvris les yeux. Leduc, penché sur moi, esquissa un sourire.
− Beau spot pour piquer un roupillon.
Je me redressai et me tâtai l’arrière de la tête. Je grimaçai en y sentant une bosse de la grosseur d’un œuf.
− Je suis dans les pommes depuis combien de temps ?
− Sais pas. J’arrive. Je suis venu chercher quelque chose que j’ai oublié.
− T’as croisé un type, un vieux sac en cuir à la main ?
− Ouais. En sortant de l’ascenseur. Dis-moi pas que c’était…
Je me relevai sur une jambe, puis sur l’autre. Le bureau tanguait. Leduc qui s’était levé à son tour, m’agrippa un bras.
− Tu vas où comme ça ?
− Ta voiture est garée pas loin ? J’ai besoin que tu m’emmènes.
− Où ça ?
− Un hôtel de passe…
− C’est tentant, Stan, mais je suis marié,
− Oh, ferme-la.

Ma note : (4 / 5)lamisere-amb

 

 

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