Finsterau – Andrea Maria Schenkel

Par Raymond Pédoussaut

FinsterauDate de publication originale : 2012 (Finsterau)Schenkel
Date de publication française : 2015 (Actes Sud)
Genre : Enquête sur affaire classée
Personnage principal : Aucun

Dans une auberge de Bavière un client ivre confie au patron que la police laisse courir les meurtriers : lui, a été témoin d’un crime il y a 18 ans. La police n’a pas arrêté le bon coupable. Le lendemain le client n’est plus là mais à sa place se trouve une coupure de journal sur laquelle figurait le procureur Augustin, autre client assidu de l’auberge. Quant l’aubergiste montre la feuille de journal au procureur celui-ci ressort les vieux dossiers et rouvre l’enquête sur le meurtre d’Afra, une jeune fille du village de Finsterau et de son fils de deux ans, un bâtard qu’elle a eu avec un français en STO (Service du Travail Obligatoire). À l’époque, c’est le père de la jeune fille qui a été déclaré coupable et emprisonné.

C’est un roman sur une affaire classée (fameux cold case, rendu célèbre par la télévision). En 1947 le père d’Afra, Johann Zauner a été déclaré coupable du double meurtre de sa fille et de son petit-fils. Le pauvre avait tout contre lui : il était de notoriété publique que cet homme rude et pieux ne pardonnait pas à sa fille le déshonneur qu’elle faisait porter sur la famille d’avoir eu un bâtard avec un Français. Les querelles étaient violentes et nombreuses. Le vieux a été retrouvé prostré, une chemise ensanglantée dans les mains, à côté du cadavre de sa fille, son petit-fils mortellement blessé. Et en plus il a avoué le crime un peu plus tard. L’enquête a été courte, le coupable emprisonné. Mais les apparences étaient trompeuses.

Andrea Maria Schenkel nous restitue les événements tels qu’ils se sont passés à l’époque. Le récit chronologique est entrecoupé par les dépositions des policiers, procureur et témoin, enregistrées au moment des faits. Le montage est habile : il donne à la fois la réalité des événements et l’apparence qu’ils avaient alors pour les représentants de la loi. Le poids du contexte social est aussi mis en évidence de façon subtile : la honte du père, le caractère indépendant de la fille, le tout exacerbé par la misère de ces gens qui n’avaient pas grand chose, c’étaient des sans-terre. Il n’y a pas de personnage principal. L’auteure montre tour à tour le rôle joué par chacun des différents protagonistes. Le ton est distant et froid : on examine les faits, on ne fait pas dans les sentiments.

C’est une démonstration éclatante de la façon dont peut se produire l’erreur judiciaire. Même avec des policiers et magistrats intègres et scrupuleux, dans des conditions sociales et familiales défavorables, la vérité est particulièrement difficile à appréhender, masquée par des apparences illusoires.

C’est court, sobre, rigoureux et parfaitement réalisé. Une belle mécanique de précision allemande !

Extrait : 
La décision de la Cour me convenait. Les résultats de l’enquête ne nous laissaient aucun autre choix, et le verdict de la Cour était le bon ; quant à savoir s’il était juste, c’est une autre histoire.
Aucun tribunal au monde ne peut rendre la justice ; nous ne pouvons prendre nos décisions que sur la base des preuves dont nous disposons au moment du procès et, bien entendu, dans le cadre des possibilités légales. Malheureusement, notre interprétation de la vérité est trop souvent fausse ou, de notre point de vue, nous n’en voyons qu’une petite partie. La vérité est un enfant farouche et sa mère, la justice, est souvent aveugle.

Ma note : (4 / 5) finsterau-amb2

 

 

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