La justicière – Marc Aubin

Par Michel Dufour

lajusticiereDate de publication originale : 2015 (Apothéose)Aubin-Marc
Genres : Enquête, psychologique
Personnage principal : Gabriella, dominatrice

C’est le premier roman de Marc Aubin, jeune retraité qui n’a pas encore 50 ans, formé en neurobiologie, et homme d’affaires qui a fondé plusieurs entreprises dans le domaine médical. Son premier roman est, en fait, le premier d’une trilogie annoncée, projet ambitieux qui a, comme premier atout, une écriture simple : les 43 chapitres de 12 ou 13 pages se lisent facilement.

L’inspecteur Jacques Fournier de la Sûreté du Québec dirige une petite équipe pour enrayer une éventuelle série de meurtres d’une tueuse particulièrement sadique qui se nomme elle-même la Justicière. Elle rend justice, en effet, au sens où elle torture et assassine un bandit à col blanc, qui a ruiné des milliers de petits épargnants, un pédophile, qui a échappé à la justice, des violeurs ou tueurs de femmes (crimes d’honneur…) dont la sentence a été ridiculement douce. Non seulement Gabriella ne dissimule pas ses victimes, mais elle les expose et justifie publiquement ses gestes en prétendant réparer les insuffisances de notre système de justice.

L’équipe de Fournier, enrichie d’une sexologue spécialisée en sadomasochisme, et d’un spécialiste en infiltrations (une des stratégies des policiers est d’infiltrer le milieu sm de Montréal), tourne en rond et échoue dans des missions de filature et de protection de témoins. Les victimes sont de plus en plus massacrées et la dominatrice semble toujours avoir un pas de plus devant les inspecteurs. Y aurait-il une taupe dans le service ?

Deux chapitres sur trois décrivent les efforts de l’équipe de Fournier pour mettre la main sur la dominatrice, s’attardant un peu plus sur la vie et la personnalité de Fournier et de son assistante Annabelle. Un chapitre sur trois consiste en une autobiographie de Gabriella de sa petite enfance jusqu’à aujourd’hui. L’auteur ne cherche pas à excuser la Justicière par des traumatismes liés à une enfance malheureuse; au contraire, l’enfance de Gabriella a été très heureuse jusqu’à ce que ses parents se fassent tuer par un chauffard. L’idée de vengeance va aider à donner bonne conscience aux comportements de Gabriella, mais ses fantasmes de maltraiter des hommes s’enracinent plus profondément et sont difficilement séparables de sa personnalité de base. L’histoire de Gabriella finit par rejoindre l’histoire de l’enquête menée par Fournier (à partir du chapitre 28); quelques retours en arrière nous font assister aux meurtres de Pelletier et de Savoie[1]. Et c’est à partir de là que le lecteur s’aperçoit que ce qui intéresse vraiment Aubin, c’est le personnage de Gabriella, plus précisément c’est la progression des comportements sadiques de Gabriella et des autres dominatrices. Tandis que l’enquête piétine et qu’on ne voit pas tellement à l’œuvre les membres de l’équipe de Fournier. Le travail policier sert de toile de fond. C’est pourquoi, malgré une idée de départ à la Dexter, le récit d’ensemble ferait plutôt penser à un roman de Sade, du genre Justine ou mieux Juliette, et les prospérités du vice.

Comme roman psychologique et érotique, c’est un livre qui plaira à plusieurs car c’est assez bien fait.

Comme roman policier, par contre, ça ne vole pas haut. Est-ce seulement parce que c’est le premier roman de la trilogie ? On me permettra d’en douter parce que, pour le meilleur et pour le pire, il me semble que ce qui intéresse le plus Marc Aubin c’est la description des aventures piquantes de Maîtresse Gabriella.


[1] Sans doute par ironie, ces deux victimes portent le nom de deux de nos bons auteurs de romans policiers, JJ Pelletier et Jacques Savoie; pour ne rien dire du juge masochiste Michaud !

Extrait : 
− De quoi s’agit-il ? demande Gailloux (…)
− D’une lettre de la Justicière ! Chuchote Fournier, comme si c’était une évidence. En fait, il s’agit d’une copie de l’originale, nos spécialistes analysent présentement celle que j’ai reçue. Dès que j’en ai pris connaissance, j’ai informé le commandant Dupont. C’est alors qu’il m’a montré une copie identique à la mienne, scellée dans un sac de plastique. Il en avait également reçu une copie, comme tous les commandants de districts de la province, d’ailleurs. On dirait que la Justicière cherche à nous provoquer, à nous mettre au défi de la capturer. D’ailleurs, je commence à me demander si elle n’a pas fait exprès de laisser quelques pièces à conviction derrière elle à l’occasion du meurtre d’Oka.
Annabelle saisit l’enveloppe.
− Je peux ? S’enquiert-elle sur un ton pincé.
− Oui, vas-y, bien sûr, vas-y… répond Fournier, qui vient enfin de percevoir sa frustration (…)
Annabelle soulève le rebord, retire une feuille blanche qu’elle déplie, puis en effectue la lecture à voix haute :
« Le homicides de Pelletier et de Savoie ne constituent que le début d’une série de sanctions que je compte imposer à d’autres criminels. Je détiens en ce moment un certain John Peters, dont beaucoup se souviennent comme étant celui qui leur a volé sans scrupules leurs seules économies. Je prends plaisir à le torturer un peu plus chaque jour en attendant le traitement fatal que je lui réserve. Je présume que personne ne va pleurer la mort de cet enculé. La Justicière. »

Ma note : (3 / 5) lajusticiere-amb

 

 

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