Le prix Nobel – Elena Alexieva

Par Raymond Pédoussaut

leprixnobelDate de publication originale : 2011 (Нобелистът)Alexieva
Date de publication française : 2015 (Actes Sud)
Genres : Enquête, social
Personnage principal : Vanda Belovska, inspectrice de police à Sofia

Eduardo Ghertelsman, prix Nobel de littérature, est invité à Sophia pour une conférence. Peu de temps après il disparaît. Sur une vidéo remise à la télévision bulgare on voit un homme cagoulé portant les mêmes vêtements que Ghertelsman, les mains liées dans le dos. Une rançon de deux millions d’euros est exigée contre la libération de l’otage. L’affaire est délicate pour la Bulgarie dont l’image internationale n’est déjà pas très reluisante. Contre toute attente l’enquête est confiée à l’inspectrice Vanda Belovska qui avait été mise au rancart suite à une de ses précédentes enquêtes qui avait dérangé des personnages hauts placés. Vanda va devoir en même temps faire face aux pressions de la hiérarchie et gérer ses problèmes personnels qui sont nombreux.

Plus que le déroulement de l’enquête, le roman décrit surtout la façon de vivre de l’inspectrice Belovska. Ce n’est pas le paradis : Vanda vit seule dans un petit appartement en compagnie de Henry. Henry n’est pas une personne c’est un jeune iguane. La conversation avec lui est limitée. Vanda n’a pas le moral, elle essaie de faire son travail consciencieusement mais elle se méfie en permanence du Système qui l’a déjà écartée quand elle est devenue dérangeante pour certains hiérarques. Elle n’a pas confiance en elle, ni aux autres. Son chef la tance et lui met la pression. Seul son collègue de bureau est digne de sa confiance et peut l’aider. Les relations avec son seul parent, sa mère, sont mauvaises et presque inexistantes. Bref, l’inspectrice Vanda Belovska n’est pas une super-woman. Elle est pleine de doutes et de questionnements de toutes sortes.

Le prix Nobel est un roman complexe. À travers l’enquête et les problèmes de cette héroïne atypique, le roman aborde de nombreux sujets :
– la société bulgare et sa gouvernance qu’elle appelle le Système : une machinerie politique qui se dresse au dessus d’elle et la menace en permanence ;
– la littérature : de belles pages sont consacrées à l’inspiration et à son tarissement, aux agents littéraires, aux éditeurs, à la lecture ;
– les journalistes, les villages abandonnés, les tsiganes, la solitude et la pauvreté sont également des thèmes abordés.

Un livre intéressant donc, en dehors des sentiers battus du polar classique. Mais l’auteur a tellement chargé son personnage principal en problèmes divers et variés que ça en devient un peu fatigant de voir l’inspectrice Vanda Belovska se débattre dans des difficultés aussi énormes. Personnellement j’attendais un événement qui renverse la tendance un peu trop négative du scénario. Faut croire qu’en Bulgarie ce n’est pas facile d’être positif.

Extrait : 
Nastassia Voks était la première à sentir le moment où un écrivain commençait à mourir. Les livres d’un écrivain en train de mourir ou déjà mort n’étaient pas mort-nés. C’étaient des livres fantômes errant désespérément autour d’autres livres que l’écrivain avait naguère écrits. Parfois, d’un point de vue purement technique ils étaient bien plus achevés que leurs prédécesseurs. On pouvait observer une légèreté déconcertante frisant l’ennui là où, lorsqu’il était jeune, l’écrivain était tombé dans le gouffre de sa propre exaltation. Il en résultait des livres qui étaient loin d’être mauvais. Il y avait des lecteurs qui les aimaient. Et des critiques qui chantaient leurs louanges en ayant recours à des mots pesants, jamais utilisés, comme s’ils les visaient avec des pierres. Les archives de l’agence étaient bourrées de recensions de ce genre et il en arrivait sans cesse de nouvelles. Les noms qui les ornaient, telles des couronnes de lauriers, étaient ceux d’authentiques aristocrates de la littérature. Les autres critiques, plus ordinaires, écrivaient plus simplement, mais leurs écrits étaient ennuyeux car on comprenait tout, or ils n’avaient pas toujours quelque chose à dire.
Oh, avec quelle frénésie le public se jetait parfois sur les mauvais livres de leurs écrivains préférés devenus célèbres !

Ma note : (3,5 / 5) leprixnobel-amb2

 

 

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