Coups de feu au forum – Robert W. Brisebois

Par Michel Dufour

coupsdefeuDate de publication originale : 2015 (Hurtubise)Brisebois
Genres : Enquête, historique
Personnages principaux : Gilles Asselin, journaliste (L’Écho du matin) – Bill Brazeau, sergent-détective à la Police de Montréal

Robert W Brisebois s’est surtout fait connaître par des romans historiques centrés sur quelques personnages de notre histoire, comme le frère André (921 Queen Mary Road), le curé Labelle (Les Chemins du Nord) et le maire Camillien Houde (L’Épopée de Camillien). On pourrait donc croire que Coups de feu au Forum tournerait autour de Maurice Richard. Or, la fameuse émeute du 17 mars 1955 au Forum de Montréal n’est que le point de départ d’un polar : deux amis passionnés du hockey, l’avocat Antoine Lizotte et le comédien Bernard Lavigne, sont victimes d’un tireur au beau milieu de l’émeute occasionnée par la présence au Forum de Clarence Campbell, qui avait suspendu par un zèle douteux notre héros national jusqu’à la fin de la saison. L’enquête est confiée au redoutable sergent-détective Bill Brazeau de la Police de Montréal, qui s’adjoindra le journaliste Gilles Asselin et l’agent Bouillon.

Lizotte et Lavigne avaient comme compagne de jeux érotiques Nathalie Bayard, sœur de Claude, un louche individu, et ex-épouse de Jos Aspiro, mafieux apparemment retiré des affaires, mais dont le long bras pourrait encore causer des surprises. Or, cette Nathalie, quelque temps auparavant, est disparue mystérieusement de Floride où elle séjournait avec Lizotte et Lavigne. Les deux gars sont soupçonnés et interrogés par les policiers américains, puis relâchés. Finalement, on ignore s’il s’agit d’une fugue, d’un enlèvement ou d’un meurtre. Brazeau est profondément convaincu que la disparition de Nathalie est liée aux deux meurtres, dont le motif s’apparenterait à la jalousie ou à un désir de vengeance, ce qui désignerait Claude et Jos comme principaux suspects.

Une deuxième piste s’ouvre quand on apprend que Antoine et Bernard avaient joué un rôle important, après la guerre, dans le Parti communiste du Québec, rebaptisé en 1941 le Parti ouvrier progressiste, puis dans Les Chevaliers de Champlain, mouvement catholique en partie secret, dirigé par le Père Rainaldo Alvarez : « L’union fait la force et la solidarité catholique fait la force de l’union ». Le passage entre ces deux mouvements fort différents pour ne pas dire antagonistes s’explique par les attaques féroces du premier ministre Duplessis contre les communistes, auxquels il faisait perdre leur emploi. Se pourrait-il que dans l’un ou l’autre de ces groupes, fréquentés par des hommes au tempérament passionné et dogmatique, des inimitiés solides se soient formées, qui aient abouti aux meurtres du 17 mars ?

Brisebois s’amuse à écrire et veut amuser tout en réveillant une tranche de notre histoire. L’émeute du 17 mars est un bon point de départ mais l’auteur ne veut pas se livrer à une biographie de Maurice Richard comme il l’a fait pour le curé Labelle, le frère André et le maire Houde. Le focus est moins mis sur un personnage historique que sur la période comme telle, ses journalistes, ses policiers, ses magouilleurs… C’est difficile de ne pas comparer ce genre de romans avec The Main de Trevanian, les romans de Maxime Houde, le petit chef-d’œuvre de Charbonneau (Tout homme rêve d’être un gangster) et les excellents romans de Jacques Côté. L’aspect historique est plus développé chez Côté, les personnages plus fouillés chez Houde, l’ambiance plus réussie chez Trevanian et Charbonneau. Mais la comparaison est probablement assez injuste, parce que Brisebois se situe dans une catégorie plus légère. C’est vrai que les principaux personnages sont un peu caricaturés et peu attachants, que l’histoire est un peu invraisemblable, que l’intrigue est cousue de fil blanc, que le dénouement est rendu possible moins par les qualités des enquêteurs que par de beaux hasards, et que bien des portes restent ouvertes.

Mais Brisebois essaie surtout d’intéresser ses lecteurs à la période historique en question et de divertir sans trop nous compliquer la vie.
Pas de grandes émotions, donc, mais une détente certaine.

Extrait : 
Le sergent-détective et son scribe attitré s’étaient donné rendez-vous pour le dîner chez Schwartz, juste en face du quartier général du Parti progressiste ouvrier, où ils savaient qu’ils ne seraient pas les bienvenus. Ils appréhendaient le moment où ils se jetteraient dans la gueule du lion.
− Nous devons nous montrer prudents avec ces bolcheviques, déclara Brazeau. Ils vont être surpris de nous voir arriver. Sauf, peut-être, M. X … Mais nous ne savons pas s’il sera présent. Pour une fois, je ne sais vraiment pas à quoi m’attendre. Je ne pourrai sans doute interroger personne à ma guise. Enfin, allons à la pêche !
− Oui, mais en eau trouble ! commenta Asselin. Notre tâche serait plus simple si M. X avait bien voulu désigner les membres du parti les plus proches de Lizotte et Lavigne.
− Il a fait la moitié du chemin : à nous de faire la nôtre.
− La belle affaire ! Comment s’y prendre ? « Camarades ! Que ceux d’entre vous qui ont voulu faire la peau de Lizotte et Lavigne lèvent la main ! »
− Ostensoir ! Cesse de charrier. Je sais que ce n’est pas facile. Je te propose cette stratégie : moi, je rencontre quelques membres et je pose des questions; toi, pendant ce temps, tu observes attentivement les réactions des gens en essayant de repérer ceux qui sont les plus contrariés par notre présence. Après coup, nous convoquerons les plus suspects de ces messieurs au quartier général pour les interroger de façon plus soutenue.
Asselin préféra ne pas critiquer la stratégie de Brazeau, car il n’en avait pas de meilleure à proposer. Une fois avalée la dernière bouchée de leur smoked meat, ils quittèrent le restaurant et traversèrent la rue.

Ma note : (3,5 / 5) coupsdefeu-amb

 

 

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