Voleurs d’enfants – Maryse Rouy

Par Michel Dufour

voleursdenfantsDate de publication originale : 2015 (Druide)Rouy-M
Genres : Enquête, historique (Paris XIVe)
Personnage principal : Gervais d’Anceny, oblat, ex-drapier

Avec Maryse Rouy, c’est d’abord une question d’atmosphère générale : comment on vit dans les quartiers pauvres du Paris du XIVe siècle, l’omniprésence des enfants mendiants, souvent estropiés, regroupés en bandes. Puis, c’est le personnage de Gervais d’Anceny qui, s’efforçant de devenir un pieux oblat dans un monastère bénédictin, est souvent rattrapé par la réalité : l’an passé, il avait dû enquêter sur la mort d’une comédienne ambulante; cette année, il doit enquêter sur la disparition de son petit-fils.

Le petit Colin, en effet, fils de son fils Philippe, est disparu au marché. C’est une période propice aux vols d’enfants, et les autorités policières sont mal équipées pour lutter contre ce fléau. Après quelques jours d’enquêtes stériles, Philippe fait donc appel à son père.

Gervais demande l’aide de l’expérimenté Perrin, l’assistant de Philippe, et de Valentin, le messager débrouillard de Perrin. Parallèlement à cette recherche primordiale, Gervais s’efforce aussi d’aider Isabelle à s’insérer dans sa nouvelle famille : elle avait épousé Simon, le petit-neveu de Gervais, pour le sauver du gibet, mais il n’avait pas été clair qu’elle devrait passer sa vie avec lui.

À la tête du groupe de Gervais, le prévôt-adjoint Guillebert Coudrier coordonne les efforts. Comme il est souvent pris ailleurs, c’est, en réalité, Gervais qui oriente la stratégie d’ensemble. Il répartit les tâches et on se retrouve, le soir, pour mettre en commun les informations recueillies. Pendant plusieurs jours, les résultats sont minces. L’auteure en profite pour nous entraîner dans plusieurs recoins inconnus de Paris, du côté des Halles particulièrement. On se familiarise aussi avec le commerce du drap, le traitement des criminels, les bandes de jeunes qui volent à la tire, mangent peu et dorment dans les cimetières.

Les passionnés d’histoires de la vie quotidienne seront comblés, tandis que les amateurs d’intrigues complexes resteront un peu sur leur faim. Le finale ne me paraît pas réussi : très anti climatique. Les mobiles du coupable ne sont pas évidents et c’est un peu par hasard qu’on le découvre.

Avertissement : les lecteurs qui sont méfiants à cause du titre et qui craignent d’assister à des sévices dont seraient victimes les enfants n’ont pas à s’en faire. Bien sûr, certains enfants mendiants ont été estropiés pour susciter la pitié et la générosité. Mais nous sommes devant le fait accompli. Rouy nous présente un tableau assez noir de la vie parisienne des pauvres, mais ne se complaît pas dans l’exposition des souffrances infligées à autrui.

Bref, si on a aimé le précédent Meurtre à l’Hôtel Despréaux, on retrouvera avec plaisir les principaux personnages, la famille élargie de Gervais (mais pas le monastère dans cette deuxième chronique), les embouteillages de la circulation et la vie déjà trépidante des Halles. Par contre, l’aspect dramatisation policière apparaît plus comme un prétexte à description historique, ce qui ne manque pas aussi d’intérêt.

Extrait : 
Passées les premières heures où ils épinglaient quelques fêtards attardés, lorsque les patrouilleurs martelaient les pavés, les armes cliquetantes et les lanternes projetant sur les murs des formes étranges, ils semblaient être les seuls éveillés dans un monde figé. Mais qu’ils s’arrêtent un moment et des ombres furtives apparaissaient, des bruits parfois identifiables les faisaient sursauter. Il y avait des bêtes qui suivaient la base des maisons, se faufilant dans les remises et les entrées de jardin. Ce n’étaient pas les animaux domestiques qui leur étaient familiers : les chiens dormaient aux pieds de leurs maîtres, les chevaux étaient rentrés à l’écurie, les porcs égarés, rassemblés à grands cris par des gamins armés de baguettes, avaient retrouvé leurs enclos et les poules qui cherchaient leur provende dans la rigole, l’abri des appentis. Les bêtes de la nuit, c’étaient de gros rats qui montaient des berges de la Seine toute proche, quelque renard venu du fin fond d’un verger affriandé par l’odeur des volailles, des oiseaux nocturnes qui couvraient les guetteurs de leur ombre en faisant claquer les ailes. Leurs cris les troublaient, de même que l’apparition de chats qui traversaient soudainement devant eux à la poursuite d’une proie indistincte. En groupe, ils ne craignaient pas la nuit : ils faisaient assez de bruit pour qu’elle recule, mais aucun d’eux ne se serait aventuré seul sans hésitation, car la ville obscure, avec les dangers réels ou supposés, engendrait une peur insidieuse.

Ma note : (4 / 5) voleursdenfants-amb

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Ce contenu a été publié dans Enquête, Historique, Québécois, Remarquable, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*