Le prix de l’Hérésie – S.J. Parris

Par Michel Dufour

leprixdelheresie-2Date de publication originale : 2010 (Heresy)Parris-SJ
Date de publication française : 2011 (Éd. 10/18)
Genres : Enquête, historique
Personnage principal : fra Giordano Bruno (1548-1600)

S.J. Parris est le nom de plume de Stephanie Merritt, journaliste au Guardian et à l’Observer. Née en 1974 dans le Surrey, étudiante à Cambridge, elle rédige une thèse sur l’influence de l’occultisme dans la littérature de la Renaissance et se passionne pour l’histoire de l’Angleterre sous les Tudor et pour l’Europe de la Renaissance. C’est ainsi qu’elle rencontre Giordano Bruno, qui la fascine, et qui deviendra le cœur de ses romans d’enquête historique. À partir de 2010, après deux romans en 2002 et 2005, elle entreprend la série des aventures de Giordano Bruno : Heresy (2010), Prophecy (2011), Sacrilege (2012) et Treachery (2014).

L’action du Prix de l’hérésie se situe dans la cité universitaire d’Oxford en 1583. Poursuivi par l’Inquisition pour hérésie, Bruno s’exile en France où il est protégé par Henri III. Chercheur impénitent, comme son prédécesseur Copernic et son successeur Galilée, libre penseur au sens où il ne considère pas la Bible comme un manuel scolaire et associe la connaissance au travail de l’observation et de la raison, Bruno est à la recherche d’un traité écrit ou inspiré par Hermès Trismégiste, personnage mythique de l’Antiquité gréco-égyptienne, qui aurait émis l’hypothèse de l’héliocentrisme. Pour Bruno aussi, la terre tourne autour du soleil et l’espace est infini.

Enseignant à la Sorbonne, Bruno est convoqué à Londres par sir Francis Walsingham, principal secrétaire d’État de la reine Élisabeth, et responsable en chef de sa protection. Ce n’est pas une mince tâche à une époque où le protestantisme cherche à s’établir en Angleterre, alors que les catholiques cèdent peu de terrain et cherchent même à assassiner la reine. Walsingham croit même que plusieurs professeurs d’Oxford cachent leur fidélité au Pape derrière une apparente obéissance à l’autorité royale. Tout en facilitant les recherches de Bruno en lui ouvrant les portes de Londres, et d’Oxford en particulier, le secrétaire de la reine lui offre également quelques bonis substantiels, dans les cas où le vaillant italien parviendra à dépister et à dénoncer les universitaires oxfordiens encore fidèles au Pape.

À peine installé à Oxford, le lendemain de son souper chez le recteur Underhill, Bruno est un des premiers témoins du meurtre cruel du sous-recteur Roger Mercer, attaqué et mutilé par un chien de chasse affamé pour tuer, dans une allée du campus aménagée plutôt pour la marche et la méditation. C’est le premier d’une série de meurtres dont la mise en scène vise à reproduire les supplices et la mort de quelques grands martyrs du christianisme. D’espion, Bruno devient enquêteur. Il est rapidement décontenancé du fait que tout le monde lui ment. Sa curiosité, un certain sens de la justice et un goût certain pour la vérité le plongent rapidement dans une situation qu’il ne peut plus contrôler; plusieurs fois, il échappe à la mort, poursuivi par les papistes aussi bien que par les anglicans. À défaut d’être honoré comme martyr, il deviendra héros malgré lui et se sentira envahi par une tenace amertume.

C’est tout un livre qu’a écrit S.J. Parris. Non seulement ça ne se lit pas rapidement, mais on doit, au contraire, y mettre le temps pour apprécier le décor et les détails de la vie quotidienne en 1583 en Angleterre et dans une célèbre cité universitaire en particulier. Contrairement à d’autres romans policiers historiques, on n’est pas noyé ici sous un fatras d’érudition et le souci historique ne chasse pas au second plan l’énigme policière, ni quelques grands moments d’émotion. Le développement de l’intrigue est sans doute assez lent et nous n’avons pas affaire à un thriller (sauf les 100 dernières pages). Chaque chapitre insiste sur des nombreux personnages qui traversent le roman (22 chapitres de 20 à 30 pages). L’unité de l’ensemble tient au fait que c’est Bruno qui nous raconte l’histoire. Le lecteur doit vraiment apprécier le cadre historique (sociologique, religieux, philosophique) de toute l’affaire. Et accepter de renoncer à un monde hanté par les téléphones intelligents pour se soumettre au rythme d’un genre de vie où les gens prennent le temps de se parler mais aussi de se taire.

Et nul doute qu’on revient transformé d’un tel voyage au XVIe siècle.

Extrait : 
Au même moment, on entendit un bruit sourd. Du coin de l’œil, j’aperçus un léger mouvement et, tournant la tête, je vis Coverdale changer de position. Le recteur hurla et me saisit par le bras. Moi-même je poussai un cri et, traversé d’un frisson d’horreur, me demandai un instant s’il était possible qu’il fût resté aussi longtemps à souffrir les affres de l’agonie. Le cœur battant, j’avançai d’un pas hésitant et me rendis compte que c’était simplement le nœud de la corde qui avait commencé à glisser.
« Tout va bien, recteur Underhill », dis-je doucement.
À en juger par la main crispée qui serrait mon bras, lui aussi avait connu une belle frayeur et aurait bien eu besoin de la bière forte de Cobbett.
« Ce n’était que la corde. Mais il faut détacher le corps.
− Pourquoi est-il vêtu seulement de sa chemise ?
− Eh bien, il paraît évident qu’il est venu sous la contrainte. Le meurtrier l’a peut-être surpris alors qu’il se changeait. »
Pendant que je lui répondais, mon attention avait été attirée par quelque chose près de la fenêtre. À côté de l’arc, des vêtements avaient été soigneusement pliés et posés à même le sol. Je m’approchai pour les ramasser. C’était une longue robe d’enseignant, celle d’un docteur en théologie d’après sa coupe, que le sang séché avait raidie, en particulier sur le devant et les manches.
« C’est la robe de James, dit Underhill.
− Je pense que le meurtrier l’a portée par-dessus ses propres vêtements pendant qu’il commettait son crime. Je me demandais comment il avait pu traverser le collège avec des affaires souillées par une telle quantité de sang.

S.J. Parris présente Le prix de l’Hérésie

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Université d’Oxford

Ma note : (4,5 / 5)

 

 

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