Sans pitié ni remords – Nicolas Lebel

Par Raymond Pédoussaut

sanspitieniremordsDate de publication originale : 2015 (Marabout) Lebel
Genre : Enquête policière
Personnage principal : Daniel Mehrlicht capitaine de police à Paris

Le capitaine de police Daniel Mehrlicht assiste à l’enterrement de son vieux copain et complice Jacques Morel. Jacques était un bon vivant qui adorait faire des blagues. Il en a fait une dernière juste avant sa mort. Il a légué à Mehrlicht une enveloppe contenant des grilles de jeu et un petit diamant. Sur le coup personne ne comprend l’intérêt de ces objets sauf le capitaine Kabongo, de l’OCBC (Office Central de lutte contre le trafic de Biens Culturels). Le diamant provient d’une statue de l’art bantou, Le Gardien des esprits. Elle faisait partie d’un lot d’œuvres d’art dérobé lors du transfert de certaines pièces du MAAO (Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie) vers le nouveau musée des Arts premiers du quai Branly. Montant du vol estimé à 4 millions d’euros. Jacques Morel devient un suspect, ce que Mehrlicht ne peut admettre. Parallèlement une vague de meurtres, camouflés en suicides, touche les anciens employés du MAAO. Pourquoi Douze ans après le vol quelqu’un cherche-t-il à se débarrasser de ceux qui pourraient être impliqués ? Que signifie ce retour de ceux qui se font appeler les Cavaliers de l’Apocalypse ?

L’intrigue est relativement complexe. Elle concerne le vol des œuvres d’art. Mais par ce sujet l’auteur aborde aussi le thème des organisations paramilitaires. Les deux sujets sont étroitement imbriqués. L’enquête elle-même est aiguillée par un jeu de piste élaboré par Jacques Morel avant sa mort. Il fallait que celui-ci ait drôlement confiance aux capacités de déduction de son ami Daniel Mehrlicht pour être certain qu’il viendrait à bout des énigmes sophistiquées qu’il a imaginées !

De nombreuses digressions permettent à l’auteur d’exprimer son point de vue sur des sujets aussi divers et variés que : – la passivité des voyageurs lors d’une agression dans le métro – l’homme africain – les faussaires dans l’art – le racisme et la xénophobie – l’état de guerre permanent. Par ailleurs les indices qui font avancer l’enquête ne sont pas conventionnels. Ici il faut jouer avec la cryptographie, la stéganographie, les acrostiches et les hémistiches pour progresser. L’auteur s’est aussi fait plaisir avec quelques fantaisies. Ainsi nous avons des vers des Fleurs du mal de Baudelaire en exergue des chapitres, ainsi que les coordonnées GPS et l’heure en fuseau horaire Zoulou (si vous ne savez pas ce qu’est le TUC, Temps Universel Coordonné, ni les fuseaux Zoulou et Alpha, vous aurez l’explication dans le bouquin). Tout cela n’est pas vraiment indispensable au déroulement de l’intrigue, cela apporte un peu d’originalité.

Côté personnages nous retrouvons le capitaine Daniel Mehrlicht et son équipe avec les lieutenants, Latour et Dossantos, déjà présents dans les ouvrages précédents de l’auteur. Mehrlicht, ce n’est pas James Bond ! La cinquantaine, petit, une face de grenouille. Des enfants se mettent à pleurer rien qu’en le voyant ! Ajoutons qu’il boit comme un trou et qu’il fume comme une cheminée. Mais il est efficace en tant que policier. Il va encore le prouver. La lieutenant Latour est logique, intelligente. Elle est aussi raisonnable sauf dans sa vie privée où elle héberge chez elle son fiancé, un sans-papier. L’autre lieutenant Dossantos est un grand balèze adepte des arts martiaux et intégriste du code pénal dont il cite, à l’occasion, des articles de mémoire. À cette fine équipe s’ajoute cette fois le traqueur d’objets d’arts volés, le distingué capitaine Kabongo. Un noir, calme, patient mais très persévérant. Le capitaine Cuvier remplace Mehrlict pendant ses congés. C’est un type exécrable qui concentre sur lui tous les défauts du monde : incompétent, autoritaire, raciste, antisémite, misogyne, stupide … la totale ! Un peu trop caricatural à mon avis. Il y a aussi des méchants : des psychopathes très dangereux, anciens légionnaires, experts en armes, organisés dans une structure clandestine. En toute modestie ils se nomment les Cavaliers de l’Apocalypse.

L’intrigue bien élaborée, des personnages attachants et un style personnel contribuent à rendre ce roman attrayant même si certains puristes du polar peuvent être agacés par des fantaisies superflues. D’autres au contraire les trouveront originales et plaisantes.

Extrait : 
On sait que les Cavaliers sont revenus. On ne sait pas vraiment pourquoi, mais les hypothèses ne manquent pas : récupérer la statue, faire taire leurs anciens complices, protéger le modus operandi de leurs casses à travers le monde… Et aussi, parce qu’on le soupçonne depuis le début, remplir une nouvelle mission criminelle. Or Esquebeux a un traitement différent des autres victimes. On peut imaginer qu’il a été mouillé dans les deux affaires : le musée des Arts d’Afrique et d’Océanie, et cette nouvelle opération, non ? On peut supposer qu’il est une pièce maîtresse, l’archange, dans deux affaires dont l’une est imminente.

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Le Gardien des esprits

Ma note : (4 / 5)

 

 

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