Six jours – Ryan Gattis

Par Raymond Pédoussaut

sixjoursDate de publication originale : 2015 (All Involved)Gattis
Date de publication française : 2015 (Fayard)
Genres : Roman noir, social
Personnage principal : aucun

Six jours c’est la durée des émeutes qui se sont déclenchées à Los Angeles suite à l’acquittement des policiers qui ont tabassé Rodney King. Elles ont commencé le 29 avril et se sont terminées le 4 mai 1992. Le roman de Ryan Gattis ne raconte pas le déroulement des émeutes mais rend compte des événements qui se sont déroulés en marge et qui n’ont rien à voir avec le sentiment d’injustice causé par le verdict. La police monopolisée pour tenter de contrôler la révolte a laissé le champs libre aux gangs qui en ont profité pour se livrer à de nombreux pillages et règlements de comptes. Six jours sans loi dans une grande ville américaine, c’est ce que décrit ce roman.

Six jours est un roman choral à dix-sept narrateurs. Un bon nombre parmi eux sont des membres de gang. Bien qu’ils soient tous impliqués (membres de gang), leurs motivations sont très différentes. Cela va de la vengeance, à la rage destructrice, en passant par l’opportunisme ou l’occasion de s’imposer. Tout un panel de vrais gangsters ou petits malfrats dont certains sont assez touchants. Comme Jeremy par exemple, qui est passionné par le tagbanging cette spécialité bizarre qui est un mix entre le graffiti et la vie de gangster. Ou encore Gabriel qui mémorise les images qu’il va dessiner plus tard, il remplit ainsi des carnets de croquis. À côté des gangs, il y a aussi ce jeune coréen incorporé dans une milice d’autodéfense qui va blesser, presque par hasard, un pilleur faisant ainsi la fierté de son père qui le méprisait jusqu’alors. Le pompier Anthony, conducteur de camion, voit son équipier gravement blessé par un voyou et l’infirmière Gloria fait tout ce qu’elle peut pour soigner les blessés, elle n’a pas dormi depuis le début des émeutes.

Ryan Gattis montre que pendant ces six jours d’émeutes à Los Angeles, bon nombre de pillages et de victimes n’avaient rien à voir avec les troubles liés à la contestation de la décision du jury. Ils représentaient simplement une opportunité pour certains de profiter de l’absence des forces de l’ordre pour se livrer impunément aux saccages, vols et meurtres. Mais l’auteur met également en évidence à travers la vision des événements de ces dix-sept personnes, la dimension humaine de ce chaos qui révèle la présence de cette Amérique cachée, invisible à ceux qui habitent les banlieue résidentielles, mais cependant bien présente. Cette Amérique est peuplée d’afro-américains et de latinos, lieu de toutes sortes de trafics, là s’applique une loi plus proche de la loi de la jungle que de celle de l’état de droit.

Six jours est un roman violent, édifiant non seulement sur les émeutes de 1992 à Los Angeles mais surtout sur les zones de non-droit de l’Amérique socialement défavorisée, à l’intérieur de la Grande Amérique.

Extrait : 
Il y a une certaine vérité là-dedans, quelque part, et peut-être s’agit-il de cela : il y a une Amérique cachée à l’intérieur de celle que nous montrons au monde entier, et seul un petit groupe de gens la voit véritablement. Certains d’entre nous sont enfermés dedans par leur naissance, ou la géographie, mais le reste d’entre nous, on ne fait qu’y travailler. Médecins, infirmières, pompiers, flics – nous la connaissons. Nous la voyons. Nous négocions avec la mort là où nous travaillons parce que, tout simplement, ça fait partie de notre boulot. Nous en voyons les diverses strates, son injustice, son caractère inéluctable. Et pourtant, nous livrons cette bataille perdue d’avance. Nous essayons de la contourner, et à l’occasion, parfois, nous la fuyons. Et quand vous rencontrez quelqu’un qui semble la connaître comme vous, vous ne pouvez pas vous empêcher de vous demander comment ce serait d’être avec cette personne capable d’éprouver de l’empathie.

Non, en musique de fond, c’est Toots and the Maytals, un de leurs albums live, la chanson sur le numéro de prisonnier, « 54-46 » et c’est bizarre de voir à quel point ça colle avec les circonstances.

Toots & The Maytals – 54-46 Was my Number

Sixjours-amb

Émeutes de Los Angeles en 1992

Ma note : (4 / 5)

 

 

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