Le projet Morgenstern – David S. Khara

Par Michel Dufour

leprogetmorgensternDate de publication originale : 2013 (Libre Expression) Khara
Genres : Aventure, thriller
Personnages principaux : Eytan Morgenstern

Ray avait déjà lu sans trop de conviction le premier roman de David S Khara, Les Vestiges de l’aube. Après quoi, Khara a lancé une trilogie : Le Projet Bleiberg, Le Projet Shiro et Le Projet Morgenstern. Grande publicité et forts tirages. Très différent du monde des vampires des Vestiges, et thématique intrigante autour des expériences sur les enfants que les nazis ont mené durant la guerre.

Né à Bourges en 1969, Khara vit maintenant en Bretagne. D’abord journaliste, il s’est spécialisé dans les problèmes de communication et des nouveaux média. Ses premières publications officielles dans le domaine des romans d’aventures datent de 2010.

Le Projet Morgenstern (2013) clôt une trilogie commencée en 2010. Khara continue de flirter avec une forme de fantastique, précisément la bio-technologie, encore qu’il n’est plus facile aujourd’hui de distinguer ce qui relève de la fiction et ce qui relève des secrets militaires. Eytan Morgenstern a subi, pendant la guerre, des traitements qui l’ont rendu résistant à la douleur et qui ralentissent son vieillissement. Il s’est évadé, est devenu résistant dans un groupe de Polonais, s’est engagé dans le Mossad, a démissionné, mais continue à vouer une haine farouche à ses éventuels ennemis. Mais les tortionnaires d’il y a 70 ans sont décédés ou à la retraite avancée. Heureusement, un groupe occulte et puissant, le Consortium, semble vouloir mettre la main sur Eytan pour étudier comment il a été programmé. Pour le faire sortir de sa tanière, des tueurs s’en prennent à ses amis, le libraire Jeremy Corbin et la policière Jacqueline Walls. A l’aide de ses amis du Mossad, Eytan récupère Jacqueline et Jeremy, avec qui il se lance à la poursuite de ses poursuivants. Au cours de violents combats, Eytan se rend compte que plusieurs de ses adversaires, qui paraissent être par ailleurs des militaires américains, sont dotés de prothèses bioniques. Le petit groupe d’Eytan élimine bien du monde pour parvenir à affronter la tête apparente des adversaires. Muni d’une arme secrète, Eytan a bien des chances de l’emporter, mais ça risque de lui coûter cher. Le dessous des cartes révèle finalement le cynisme disproportionné du camp militaro-industriel.

Khara a accumulé un grand nombre de bons éléments qui auraient pu l’amener à concocter un thriller à la Forsyth accommodé à la sauce Michael Crichton. Mais une partie du problème, justement, c’est qu’il y en a trop : trop de temps, trop de lieux, trop de personnages, trop de trames. Pour aménager tout cela dans une progression dramatique cohérente, il faut des outils, ou un talent, que l’auteur n’a pas encore acquis. Les personnages sont caricaturaux, définis par des caractéristiques superficielles (Eytan est chauve et musclé; Jacqueline est jolie et spontanée…); de sorte que quand des amis d’Eytan périssent au combat, ça ne nous touche pas. Eytan lui-même est-il censé être un héros? Plutôt une grosse brute, ce qui est sans doute dû à son enfance malheureuse, mais faut vraiment avoir la faiblesse d’un Jeremy pour aduler ce genre de phénomène. Évidemment, je n’ai pas lu les deux premiers romans de la trilogie; mais je ne crois pas que j’aurais appris quelque chose de plus significatif sur les personnages.

L’histoire elle-même n’est pas tellement crédible : j’ai eu l’impression de tourner les pages d’une bande dessinée où l’histoire est un prétexte. Mais je n’ai pas compris un prétexte à quoi. Jean-Jacques Pelletier aurait pu faire une grande œuvre avec tous ces éléments. Mais l’auteur était peut-être pressé par le temps; ou il a voulu trop bien faire. Comme il est encore jeune, il n’est pas impossible que l’avenir nous ménage de bonnes surprises. Khara s’est mis depuis peu à l’écriture de scénarios de film, et c’est certain qu’un réalisateur habile pourrait tirer un bon film d’action d’un roman comme celui-ci. La relation intimiste avec un roman exige une écriture bien ciselée et une composition claire et précise, alors que la relation à un film focalise notre attention sur les images. Le scénario n’est qu’un point de départ, comme le livret à l’opéra.

Extrait :
Jeremy hésitait entre sauter partout dans la pièce et se précipiter sur le colosse chauve qui se tenait face à lui, goguenard. Son cerveau générait un flux de questions qui se télescopaient au point de créer un embouteillage. Le bug du siècle. Au final, il ne fit rien. Du tout.. Il ne bougea pas, ne parla pas et détailla d’un regard bovin son ami : pantalon de treillis, veste assortie, tee-shirt kaki ras du cou et bottes de bûcheron canadien. Aucun doute : le Géant vert était de retour.
– Tu as l’air en forme, commenta Eytan, avec un fond d’inquiétude dans la voix.
Échec de la tentative de réponse. Fonction parole indisponible.
– A l’avenir, continua-t-il en aidant Greg à se relever, je te saurais gré de ne plus essayer de tuer mes agents.
Agent. Greg. Traitement informatique impossible.
– Jay? Fit Eytan en passant la main devant les yeux hagards du libraire.
– Il est en état de choc, diagnostiqua Greg, amusé.
Redémarrage système nécessaire.
Jeremy cligna des paupières, secoua la tête et souffla un grand coup.
– Oui… pardon… je suis là, balbutia-t-il, satisfait de recouvrer ses moyens.

Parfait, lança Eytan, rassuré. Embarque la petite, nous partons sur-le-champ.

Eytan renonce au pistolet, se dit que ce sera plus satisfaisant à mains nues : aujourd’hui, un pauvre type verrait bien plus déplaisant que des trombes d’eau lui tomber dessus (…) Lorsqu’il quitta l’appartement, Eytan sifflottait It’s Raining Again, de Supertramp :

Supertramp – It’s Raining Again

Ma note : (3 / 5) leprojetmorgenstern-amb

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Ce contenu a été publié dans Aventure, Français, Moyen, Thriller, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*