Dernier Désir – Olivier Bordaçarre

Par Raymond Pédoussaut

dernier_desirDate de publication originale : 2014 (Fayard Roman) Bordacarre
Genres : Suspense psychologique, roman noir
Personnages principaux : Jonathan et Mina Martin, jeune couple retiré à la campagne – Vladimir Martin, voisin sympathique et généreux

Jonathan et Mina Martin en ont eu assez de la vie parisienne, du monde consumériste, des désirs factices. Avec leur fils Romain, âgé de 10 ans, ils se sont installé à Neuilly-en-Dun, entre Bourges et Moulins, dans une modeste maison d’éclusier qu’ils ont retapée. Ils vivent une existence simple et solitaire : lui est ébéniste et producteur de miel, elle est guide touristique au proche château de Lienesse. Leur bel isolement est rompu quand vient se présenter leur nouveau voisin : Vladimir Martin. Un homonyme ! En plus Vladimir est sympathique, ouvert, poli, bien habillé, très classe en un mot. Ce nouveau venu est bien accueilli, c’est une chance d’avoir comme voisin quelqu’un de cette qualité. D’autant plus que Vladimir se révèle disposer d’énormes ressources financières. Il n’hésite pas à en faire profiter ses nouveaux amis. Cependant Vladimir a parfois un comportement étrange : il vend sa luxueuse voiture pour acquérir exactement le même modèle que ses voisins, il agence sa maison de la même manière qu’eux, il se fait faire la même coupe de cheveux que Jonathan et se laisse pousser la même petite touffe de poil, une mouche, sous la lèvre inférieure. Jonathan commence à tiquer et à se poser des questions. Par contre épouse Mina n’y voit qu’amitié et hommage. Mina et le jeune Romain sont sous le charme de cet homme riche, généreux et distingué. Même leur chienne l’apprécie beaucoup. Seul Jonathan trouve que quelque chose ne va pas. Il se sent dépossédé de son rôle de mari et de père. Maintenant la présence du voisin et son attitude deviennent source de conflit. La belle entente qui régnait dans la petite famille va s’étioler.

L’intrigue est simple : dans une famille unie où les époux ont apparemment les mêmes rêves et les mêmes aspirations, arrive un élément extérieur qui perturbe complètement cette harmonie familiale. L’arrivée de cet inconnu met en évidence la contradiction entre la façon de vivre dans l’éthique, la simplicité et les vraies valeurs, imposée par le mari Jonathan et les aspirations secrètes de son épouse révélées par ce riche voisin. L’auteur a très bien réussi à ménager la progressive et inexorable détérioration des liens amoureux. Le mystère qui entoure le nouveau voisin contribue à installer un bon suspense : qui est-il ? Que cherche-t-il ? D’autant plus que l’auteur ne cache pas que sous une apparence séduisante se cache un prédateur, manipulateur et cynique.

Les personnages sont bien rendus. Les disputes entre mari et femme très réalistes. Le voisin Vladimir est à la fois enjôleur, inquiétant et mystérieux. Vladimir, Vlad en abrégé, et ses étranges pouvoirs, évoquent Vlad Tepes (1431-1476), prince de Valachie , qui a inspiré au cinéma le personnage du comte de Dracula.

Je n’ai pas retrouvé l’écriture percutante et incisive du précédent roman de l’auteur La France tranquille. Ici le style est plus recherché, plus littéraire, à tel point que j’ai eu l’impression de ne pas avoir affaire au même auteur. Quelques longueurs superflues également, comme cette partie de pêche vécue côté poisson, racontée par un gardon famélique. Il y a  aussi cette séance de coiffure hallucinante dans laquelle la coiffeuse fait une petite gâterie à son client. Un bonus qui donne envie de se faire couper les cheveux et qui doit contribuer à augmenter considérablement la clientèle masculine.

L’auteur n’a pas écrit franchement un roman fantastique, mais il joue en permanence avec l’idée d’une créature maléfique mais charismatique et sophistiquée, dotée de pouvoirs surnaturels. L’identité et les motivations de Vladimir ne sont pas révélées contrairement à ce pourrait attendre le lecteur. Cela accentue le mystère autour de ce personnage. La reprise de la scène initiale à la fin du roman (épanadiplose narrative) renforce l’idée du vampire. Le roman se termine comme les histoires de vampires où celui qui est mordu devient lui-même un vampire.

Dernier Désir est globalement un bon roman, intéressant, malgré quelques petits défauts. C’est un suspense remarquable qui maintient le lecteur en alerte jusqu’à la fin.

Extrait :
Après avoir refermé la porte derrière lui, il prit le verre d’alcool tiède et le vida dans l’évier. Avec une réelle satisfaction, il avait noté l’expression d’un doute chez Jonathan. Il l’avait jouée fine, et son discours avait fait mouche. « Je peux être fier de moi, oui, je peux être très fier de moi ! » se dit-il. Gagné par une intense euphorie, il écarta les bras, le regard vers les belles poutres décapées. Comme chez eux. Il mit un disque de Jimi Hendrix et poussa le volume de « Red House » à fond. Les enceintes firent trembler les vitres dès les premières notes de l’introduction. Un blues lent et lourd. Compact.
Something’s going on here… (« Quelque chose est en train de se passer ici… »)

Jimi Hendrix – Red House

Ma note : (4 / 5) dernierdesir-amb

 

 

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4 réponses à Dernier Désir – Olivier Bordaçarre

  1. Fabe dit :

    Je n’ai encore rien lu de cet auteur. J’ai uniquement « La France tranquille » en magasin.
    Il faudrait que j’aborde son écriture, je suis curieuse.
    Mais ici, tu spoile en disant que l’hôte est devenu vampire ? 😀

  2. Ray dit :

    Ce n’est pas une histoire de vampires. Le vampire est simplement suggéré mais pas explicitement cité ni décrit. Le mot « vampire » n’apparait jamais dans le livre. C’est moi qui fais ce rapprochement, l’auteur fait ce qu’il faut pour qu’on le fasse. Je ne pense pas dévoiler grand chose en évoquant la fin qui ressemble à celle des histoires de vampires. Pour en revenir à Olivier Bordaçarre, je préfère La France tranquille à ce dernier livre. Si tu l’as déjà ne te prive pas de sa lecture. C’est percutant, ironique et acerbe. Un coup de cœur pour moi.

  3. Bien, bien, bien… j’en avais déjà entendu parler, de ce livre, mais là, tu titilles ma curiosité ! 😆 On a envie de craquer, mais je vais rester sobre, j’en ai déjà assez dans mon TAL.

    Quand à la coiffeuse qui suce, c’est pas banal ! Mon coiffeur ne m’offre pas de cochoncetés lorsqu’il me coiffe…

    • Ray dit :

      J’aime bien Bordaçarre, surtout son livre La France tranquille mais celui-ci n’est pas mal non plus.
      La coiffeuse la pauvre, elle fait ça contre sa volonté. Elle est sous l’influence d’une énergie plus forte qu’elle. Moi aussi je m’entraine à faire ça mais je n’y arrive pas. Dommage, j’irais plus souvent me faire coiffer.

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