S.A.S.H.A. – Martin Michaud

Par Michel Dufour

sashaDate de publication originale : 2014 (vlb éditeur)Michaud-v2
Genre : suspense
Personnages principaux : Sasha, enfant surdoué – Elias Wallach

Sang d’Encre Polars a couvert les cinq premiers romans policiers de Martin Michaud, un des plus brillants écrivains québécois actuels. Le court roman d’aujourd’hui répond à une sorte de défi : VLB éditeur a demandé à quatre auteurs québécois de rédiger un roman à partir de la prémisse suivante : « Le 24 juin, le vol 459 en partance de Paris s’est abîmé en mer ».
Les trois autres écrivains à relever le défi :
➡ Pierre Szalowski, Elle était si jolie
➡ Aline Apostolska, Fleur de cerisier
➡ Claudia Larochelle, Les Iles Canaries

Sasha est le nom d’un petit garçon de 7 ans qui, accompagné d’un adulte sérieusement blessé, attend sa mère à l’aéroport Pierre Elliott Trudeau de Montréal. Ils ont au moins deux heures devant eux. L’attente est particulièrement pénible pour Elias, éclopé, affamé, épuisé par le stress et par le déplacement qu’il s’est imposé après que sa cabane où il vivait avec Sasha eût flambé il y a trois jours : tout a péri : nourriture, passeports, vêtements… Il s’est donné pour mission de protéger l’enfant et de le confier à sa mère, qui revient de Paris, et qui a manqué leurs deux premiers rendez-vous. Toujours sur ses gardes, il craint d’être suivi. La moindre rencontre risque d’être fatale. D’autant plus qu’Elias croit avoir reconnu dans la foule Costello, un des pires tueurs de la NSA (National Security Agency), appelé également l’Institut. Et ce foutu avion qui n’arrive pas ?!

Michaud a admis s’être mis en danger en écrivant cette maxi-nouvelle, craignant probablement que, dans un espace si étroit, « ses ailes de géant l’empêchent de voler ». Pourtant, c’est encore une réussite. Égayé de quelques clins d’œil comme pour nous empêcher d’être submergés par le drame qui se déroule devant nous (par exemple, Elias qui s’apprête à voler un Harry Potter et qui feuillette, mine de rien, Sous la surface[1]; ou encore le nom de Elias Wallach qui rappelle l’acteur américain Eli Wallach, sorte d’hommage à ce grand acteur, le truand de Leone, décédé le 24 juin 2014), – le roman de Michaud capte inévitablement notre intérêt et accapare notre sensibilité: si seuls et si vulnérables au beau milieu de la foule, malgré quelques rencontres, sympathiques mais ambigües, on sent bien que Sasha et Elias vivent les derniers moments d’une aventure pratiquement perdue d’avance, d’autant plus que nous nous savons bien que le vol 459 s’est abîmé en mer… Et nous savons aussi que l’acronyme S.A.S.H.A., nom donné à tous les enfants à leur arrivée à l’Institut, où on se livre à des expériences sur ceux qui présentent des facultés spéciales, signifie System for Advanced Surveillance of Human Activity. Des enfants dont le destin est de ne jamais connaître la liberté.

Et pourtant, ce n’est certes pas la dernière fois que Michaud va nous rouler dans la farine !


[1] Quatrième roman de M Michaud (Goélette, 2013)

Extrait :
Elias s’était levé pour consulter de nouveau l’écran annonçant les arrivées. En revenant rapidement à sa place, il jeta un œil attendri vers Sasha, qui était totalement absorbé par sa lecture, presque en transe. Il savait que le garçon brûlait d’impatience de retrouver Luana. Et il lui enviait cette capacité de se détacher complètement de son environnement pour se plonger dans une histoire. Au moment où Elias allait se rasseoir, le petit releva les yeux.
− Pourquoi l’avion est-il retardé ?
− Peut-être parce qu’il a fallu réparer une pièce avant le décollage.
De l’appréhension apparut sur le visage du garçon.
− Ça arrive souvent ?
Dans sa tête, les voix rugirent :
«  Bravo, Elias ! Tu vas faire peur à Sasha, maintenant. »
− Très souvent. Ne t’inquiète pas, dit-il pour se reprendre.
Rassuré par ces paroles, Sasha se détendit, mais l’excitation perçait dans sa voix.
− Je ne m’inquiète pas. Mais elle arrive bientôt, hein ?

Ma note : (4 / 5) sasha-amb

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