Une douce flamme – Philip Kerr

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2008 (A quiet flame/Quercus)
Date de publication française : 2010 (Masque – Livre de Poche)
Genre : Enquête policière
Personnage principal : Bernie Gunther, ex SS reconverti en enquêteur
Aperçu intéressante sur Kerr et cette Douce flamme : http://www.lexpress.fr/culture/livre/a-berlin-avec-l-auteur-philip-kerr_897929.html

Je viens de relire le compte rendu que j’avais fait il y a trois ans de La mort, entre autres, après avoir bien aimé La Trilogie berlinoise et Investigations philosophiques. Je concluais : « Le rythme est lent et Gunther a bien de la chance. Le final est précipité, les circonstances trop favorables… Comme si l’auteur voulait racheter la légèreté d’un polar par le sérieux d’un roman historique. Beaucoup appris, un peu déçu. »

C’est encore un peu ça. C’est vrai que c’est long. Et, comme le choc de la nouveauté ne joue plus, ça se sent que c’est long. Pour briser une continuité lassante à laquelle résisterait mal le lecteur, Kerr nous déplace de Buenos Aires 1950 à Berlin 1932, et inversement. Le point commun : on demande à Gunther, exilé en Argentine, d’enquêter sur le cadavre d’une jeune fille mutilée et la disparition d’une autre. A Berlin, Gunther avait enquêté sur un meurtre analogue et n’était pas parvenu à boucler la boucle, la montée du fascisme et l’accession de Hitler à la chancellerie l’ayant écarté de l’enquête. A Buenos Aires, où les immigrés allemands fourmillent, on soupçonne que le même tueur (ou un imitateur) sévit, ce qui serait une bonne occasion pour Gunther de se reprendre.

On éprouve toujours le plaisir de rencontrer de véritables personnages historiques comme Eichmann, Mengele, Evita Peron et son triste sire… On fouille même leurs poubelles et le contenu de leur pharmacie (Kerr se documente sérieusement, mais n’hésite pas à répandre quelques potins). L’atmosphère de Berlin au moment où s’éteint la République de Weimar et de l’Argentine des Peron au début des années 50 est assez bien rendue, mais les différences pertinentes sont atténuées par le moule utilisé par Kerr pour décrire un régime totalitaire. Comme d’habitude, le cynisme de Gunther lui tient lieu d’intelligence et sa grande expérience ne le corrige pas de sa naïveté. Il ne tombe pas dans le manichéisme des bons alliés et des méchants nazis, même s’il hait personnellement les fascistes et les communistes, et sa manie de nous présenter le côté humain des tortionnaires vire un peu à la complaisance. Et plus Gunther se concentre sur la nécessité d’oublier ce qu’il a vécu pendant la guerre, plus la culpabilité par association le tenaille. Les dialogues autour des scènes d’amour sont ratés. Et l’énigme comme telle m’a laissé assez indifférent.

J’ai failli laisser tomber à quelques reprises, mais cet univers particulier a son charme sans avoir besoin de sympathiser avec ce détective paternaliste et désabusé. Je comprends que partager l’univers reconstruit par Kerr avec talent, en suivant les péripéties d’un guide laconique et fouille-merde, produit un certain plaisir. Mais il n’est pas facile de croire à ces histoires, donc de s’y investir pleinement.

Ma note :  3,5 / 5

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